Publié le 2025-10-09 12:43:00. Une jeune femme de 20 ans atteinte de mucoviscidose a été condamnée à six ans de prison à Moscou pour trafic de drogue, malgré la loi russe qui dispense les malades de cette pathologie d’incarcération. Sa santé se dégrade rapidement en détention, soulevant de vives inquiétudes quant à sa survie.
- Evguenia Lomakova, diagnostiquée jeune, risque de mourir en prison faute de soins et de médicaments adaptés.
- Les autorités pénitentiaires russes contestent son diagnostic, affirmant qu’elle n’est pas atteinte de la maladie.
- Sa famille lutte pour obtenir sa libération et des soins adéquats, dénonçant une peine qu’elle considère comme une condamnation à mort.
La mucoviscidose est une maladie génétique grave qui affecte le fonctionnement des muqueuses, rendant la respiration difficile et entraînant des complications pulmonaires, digestives et d’autres organes. Malheureusement, la loi russe, qui prévoit des exemptions d’emprisonnement pour les personnes atteintes de cette pathologie, semble n’avoir pas été appliquée dans le cas d’Evguenia Lomakova. Son diagnostic remonte à ses deux ans, une période où sa sœur aînée, Alexandra, alors âgée de 10 ans, était déjà consciente de la gravité de la situation, le pronostic initial étant qu’elle ne dépasserait pas 18 ans.
Arrêtée en décembre 2024, Evguenia a été accusée de trafic de drogue, les enquêteurs affirmant avoir trouvé chez elle 27 grammes de méphédrone, des balances et du matériel d’emballage. Elle a partiellement reconnu les faits, expliquant avoir arrêté de vendre avant son interpellation et ne détenir que des restes de substances, le tout par désespoir financier face à une pension d’invalidité de 26 000 roubles (environ 320 dollars) insuffisante pour couvrir ses besoins, notamment ses médicaments. Malgré ces circonstances atténuantes et son état de santé, un tribunal moscovite l’a condamnée en juin 2025 à six ans de prison, une peine réduite par rapport aux 12 ans requis par l’accusation.
Les médias russes, tels que The Insider et Novaïa Gazeta, soulignent que la mucoviscidose avec manifestations pulmonaires et insuffisance respiratoire de grade III est explicitement mentionnée dans les décrets gouvernementaux comme condition excluant la détention. Cependant, le tribunal n’aurait pas pris en compte de preuves médicales suffisantes dans le dossier d’Evguenia, rendant son cas particulièrement opaque.
Après son arrestation, Evguenia a d’abord été assignée à résidence avant d’être transférée dans un centre de détention. Sa sœur a rapporté des soins médicaux inadéquats durant son séjour à Matrosskaïa Tichina, où elle n’a reçu qu’un inhalateur inefficace et où le personnel médical semblait ignorer la gravité de sa maladie. Son transfert au centre de détention n°6 a permis un début de traitement antibiotique. Un examen médical récent, organisé par sa sœur avec le Dr Stanislav Krasovsky, a révélé une détérioration alarmante de sa fonction pulmonaire, tombée à 32%. Désormais affaiblie et ne pesant que 45 kilogrammes, Evguenia a besoin quotidiennement du médicament Trikafta, dont la délivrance est complexe et n’a pu être initiée avant sa condamnation.
La famille fait face à des difficultés pour se procurer les autres médicaments essentiels à sa survie, des traitements rares même pour les personnes atteintes de mucoviscidose. De plus, détenue dans une cellule surpeuplée de 36 détenues, Evguenia est exposée à un risque élevé d’infection. Ses codétenues lui auraient même refusé l’accès à son inhalateur et l’auraient menacée. Dans ses lettres, elle exprime sa peur de mourir en prison, citant les avertissements d’une ancienne compagne de cellule qui redoute qu’elle ne survive pas au transfert.
Malgré les demandes répétées de l’avocat d’Evguenia pour un examen médical, aucune réponse satisfaisante n’a été apportée par l’administration pénitentiaire. La famille a alerté le Service pénitentiaire fédéral russe (FSIN) et d’autres autorités. Le 1er octobre, une commission du FSIN a statué qu’Evguenia ne présentait aucun problème de santé grave justifiant une exemption de détention, une décision survenue juste avant une audience d’appel cruciale le 2 octobre.
« Pour le moment, la question est de savoir si je vais survivre. J’ai une maladie génétique rare. Mon insuffisance pulmonaire s’aggrave. Du pus se forme dans mes poumons et c’est difficile à arrêter. Mon état ne peut être géré qu’avec des médicaments. Les personnes atteintes de mucoviscidose ne vivent pas longtemps. J’ai tellement peur d’aller en prison. Je ne sais pas si j’y arriverai. Pour moi, ce serait une condamnation à mort. »
Evguenia Lomakova
« Mon état ne s’améliore pas. Si j’arrête le traitement intraveineux, mon état ne fera qu’empirer. J’ai 20 ans et j’ai peur que ma vie s’arrête ici. S’il vous plaît, laissez-moi mourir chez moi, entourée de ma famille. Très peu de personnes atteintes de cette maladie vivent au-delà de 30 ans. Je veux juste être avec mes proches. J’ai tellement peur. Je ne veux pas mourir si jeune. Je sais que j’ai fait quelque chose de mal, mais je ne pense pas que ma punition devrait être la mort. »
Evguenia Lomakova
L’équipe de défense d’Evguenia cherche désormais à faire requalifier l’accusation en simple possession de stupéfiants sans intention de distribuer, afin d’obtenir une peine non privative de liberté. L’audience d’appel, initialement prévue le 2 octobre, a été reportée au 16 octobre par le tribunal municipal de Moscou.