Une nouvelle convention tarifaire pour les taxis conventionnés, applicable dès le 1er novembre, menace directement la viabilité de nombreux chauffeurs, notamment ceux spécialisés dans le transport médical à Saint-Étienne. Cette mesure, qui prévoit une réduction drastique du tarif kilométrique, pourrait entraîner des pertes financières conséquentes, poussant certains professionnels à envisager des licenciements ou à quitter la profession.
Sur le parking de l’hôpital Nord de Saint-Étienne, l’activité bat son plein, mais l’inquiétude est palpable. Pour Lucile, atteinte d’un cancer des os, ces taxis représentent une bouée de sauvetage : « Heureusement qu’ils sont là… sans ça, je ne pourrais pas rentrer chez moi. Après des examens, je suis fatiguée, je n’ai pas la force de prendre le volant. C’est une prescription du médecin ». Pourtant, cette aide précieuse, financée par la Sécurité sociale, est sur le point de devenir beaucoup plus rare.
La cause de cette potentielle diminution des services réside dans le changement des prix de la nouvelle convention tarifaire. Le tarif kilométrique passera de 2,16 euros à seulement 1,08 euros. Pour un conducteur, les conséquences sont directes. Un taxi, exerçant à Saint-Victor-sur-Loire, a calculé ses pertes : « Je vais donc perdre 6 euros par aller, et 12 euros par aller-retour jusqu’à l’hôpital. J’en fais 5 dans la journée, donc 70 par jour. Sur 200 jours travaillés dans l’année, je perds 14 000 euros », explique-t-il devant le CHU.
Ces transports médicaux ne sont pas un simple complément d’activité pour les taxis ; ils constituent leur gagne-pain principal. En moyenne, ces courses représentent trois courses sur quatre, une proportion encore plus importante en zone rurale. Karim Bahri, chauffeur et président du syndicat des artisans taxis de la Loire, témoigne : « 90% de mes courses arrivent ou partent de l’hôpital Nord ». Ses pertes potentielles sont alarmantes : « Facilement entre 30 et 40 % de perte au total. Mentalement, c’est très compliqué. »
Au-delà de la seule baisse du tarif kilométrique, la méthode de calcul de la rémunération va également être modifiée. Désormais, seuls les kilomètres réellement parcourus seront pris en compte, excluant la « marche lente », c’est-à-dire le temps passé dans les embouteillages ou lors des attentes. « Que je mette une heure ou dix minutes pour faire un trajet, on va me payer le même prix. C’est une décision qui va à l’encontre même du métier de taxis. On est payé malgré ce qu’il se passe sur la route normalement. Même s’il y a de l’attente », déplore Karim Bahri.
Face à cette situation, la crainte est grande pour les quelque 400 chauffeurs du département de la Loire. « Je ne suis pas Nostradamus. Mais il va y avoir de la perte, et de la casse. Surtout pour les taxis qui ont des employés par exemple. Il va y avoir des licenciements. Et ça va être tendu aussi pour les petits jeunes qui s’installent, qui ont encore les crédits de leurs voitures ou de leurs licences à rembourser. Honnêtement, ça va être compliqué », anticipe Karim Bahri.
Le syndicat des artisans taxis de la Loire appelle à l’abrogation de la convention afin d’ouvrir de nouvelles négociations. Cette nouvelle convention, mise en place par l’Assurance Maladie, vise à réaliser plus de 300 millions d’euros d’économies d’ici 2027, tout en luttant contre les abus et les hausses jugées excessives des dépenses liées au transport sanitaire.