Publié le 18 février 2026 à 06h12. La Colombie a enregistré en 2025 un déficit commercial record de 16,377 milliards de dollars américains (FOB), une situation alarmante qui met en lumière une fragilité croissante de l’économie nationale face aux chocs extérieurs.
- Le déficit commercial colombien a atteint un niveau historique de 16,377 milliards de dollars (FOB) en 2025.
- Les importations ont augmenté de 10 % pour atteindre 70,502 milliards de dollars (CIF), principalement en raison de la demande de produits manufacturés et agricoles.
- Les exportations ont progressé de seulement 1,3 %, avec une baisse significative des volumes, compensée par une hausse des prix unitaires.
La Colombie a clôturé l’année 2025 avec un déficit commercial sans précédent, atteignant 16,377 milliards de dollars américains (FOB), selon les données préliminaires du Departamento Administrativo Nacional de Estadística (DANE). Ce chiffre alarmant, le plus élevé jamais enregistré, témoigne d’un déséquilibre croissant entre les importations et les exportations, et marque une rupture avec la période d’excédents commerciaux observée jusqu’en 2013, lorsque le pays avait enregistré un solde positif de 2,206 milliards de dollars (FOB).
Les importations ont connu une croissance soutenue de 10 % en 2025, atteignant 70,502 milliards de dollars (CIF). Cette augmentation est principalement imputable à une forte demande de produits manufacturés, qui représentent à eux seuls 75 % du total des importations, ainsi que de produits agricoles. Parallèlement, les exportations n’ont progressé que de 1,3 %, s’élevant à 50,2 milliards de dollars (FOB). Une analyse plus approfondie révèle que cette faible croissance est due à une diminution de 13,2 % des volumes exportés, compensée par une augmentation de 16,6 % des prix unitaires. En d’autres termes, la Colombie a davantage bénéficié de prix plus élevés que d’une augmentation réelle des quantités vendues à l’étranger.
Ce déficit commercial record dépasse non seulement les niveaux observés pendant la pandémie de Covid-19 (10,13 milliards de dollars en 2020 et 15,259 milliards de dollars en 2021), mais également le précédent record de 2015, qui s’élevait à 15,581 milliards de dollars (FOB). Selon Diego Montañez, chercheur en macroéconomie à l’Université Eafit, cette situation reflète un changement profond dans la dynamique extérieure du pays.
« La valeur exportée est restée presque stable (50,2 milliards de dollars FOB), avec une croissance de seulement 1,3 % par rapport à 2024. Cependant, en analysant le volume, celui-ci a baissé de 13,2 %, ce qui implique que le prix unitaire implicite a augmenté de près de 16,6 %. En ce sens, les exportations ont été soutenues davantage par les prix que par les quantités. »
Diego Montañez, chercheur en macroéconomie à l’Université Eafit
La reprise de la demande intérieure a également contribué à l’aggravation du déficit commercial, avec une augmentation à deux chiffres (10 %) des importations, qui ont atteint 66,577 milliards de dollars (FOB). José Manuel Restrepo, ancien ministre des Finances et recteur de l’Université EIA, estime que cette situation est le résultat d’une mauvaise gestion économique.
« La confiance des investisseurs s’est affaiblie et des secteurs clés tels que l’énergie et les mines, qui soutiennent les exportations, ont ralenti. Dans le même temps, il n’a pas été possible de promouvoir une stratégie de diversification productive et les importations ont été autorisées à croître sans contrôle, en l’absence d’une politique industrielle et commerciale cohérente. »
José Manuel Restrepo, ancien ministre des Finances et recteur de l’Université EIA
Les données du DANE révèlent également une évolution préoccupante dans la composition des exportations. Les envois de fonds ont dépassé les recettes générées par les exportations de pétrole et de charbon, traditionnellement les principaux moteurs de l’économie colombienne. Les exportations de pétrole et de charbon ont chuté de 31 % et 17 % respectivement, réduisant leur part dans le total des exportations de 45 % à 35 %.
Enfin, l’appréciation du taux de change, résultant des opérations de change menées par le ministère des Finances dans le cadre de sa stratégie de financement, a également joué un rôle dans l’augmentation des importations, en rendant les produits étrangers moins chers. Catalina Tobón, responsable de la stratégie d’investissement chez Skandia, souligne que cette appréciation du change, combinée à une politique budgétaire expansionniste, a stimulé la consommation et donc les achats à l’étranger.
« L’appréciation du change est un facteur qui contribue positivement à l’augmentation des importations, en rendant les achats à l’étranger moins chers. »
Catalina Tobón, responsable de la stratégie d’investissement chez Skandia