Publié le 18 février 2026. Une enquête indépendante révèle que la mort d’un chauffeur de moto-taxi à Jakarta, en août 2025, a été un facteur déterminant dans l’escalade des violences et des émeutes qui ont secoué l’Indonésie, touchant finalement 76 villes.
- La Commission d’enquête (KPF) estime que la brutalité policière ayant conduit à la mort d’Affan Kurniawan est à l’origine des troubles.
- Les manifestations, initialement pacifiques, ont pris une tournure violente après l’incident, avec des pillages et des affrontements.
- L’enquête a analysé des milliers de données, des témoignages et des images pour reconstituer la chronologie des événements.
Selon Ravio Patra, chercheur à la Commission d’enquête, les émeutes qui ont éclaté lors des manifestations nationales d’août dernier ont été directement intensifiées par des cas de brutalité policière. Il affirme que la mort d’Affan Kurniawan, un chauffeur de moto-taxi, a été un point de bascule.
« Si on nous demande ce qui a causé les violences, les émeutes, les pillages et la destruction, ce sont les actions brutales des policiers qui ont conduit à la mort d’un citoyen. »
Ravio Patra, chercheur à la Commission d’enquête (KPF)
Affan Kurniawan a été mortellement renversé par un véhicule tactique de la brigade mobile de la police (Brimob) le 28 août 2025 dans le quartier de Bendungan Hilir à Jakarta. Les témoignages recueillis par la KPF indiquent que le véhicule de police s’est immobilisé pendant environ sept secondes à 19h28, heure locale. Des riverains ont alors encerclé le véhicule et demandé aux policiers de s’arrêter, mais ceux-ci ont redémarré et ont écrasé Affan. Il a été transporté à l’hôpital, mais déclaré décédé à 19h58.
La Commission d’enquête a conclu que la mort d’Affan Kurniawan était un meurtre. Cet événement a immédiatement déclenché des protestations à l’échelle nationale. Le lendemain de sa mort, le 29 août 2025, les manifestations se sont multipliées, passant de 25 à 49 villes. Le 30 août, elles se sont étendues à 76 villes, certaines dégénérant en violences. À Makassar, dans le sud de Sulawesi, quatre personnes ont perdu la vie et cinq ont été blessées après avoir été piégées dans un incendie déclenché dans les locaux de la Chambre des représentants régionale.
Ravio Patra souligne que les trois premiers jours de manifestations avaient été relativement pacifiques. La mort d’Affan Kurniawan a agi comme un catalyseur, incitant de nombreux citoyens à rejoindre le mouvement.
« Les conducteurs d’Ojol ont rejoint les manifestations, ils étaient partout. Les citoyens ordinaires qui n’avaient auparavant aucune raison de manifester se sont joints à nous parce qu’ils étaient en colère. Les étudiants qui auparavant se contentaient de suivre ont maintenant une raison. »
Ravio Patra, chercheur à la Commission d’enquête (KPF)
Selon la KPF, l’État aurait pu éviter cette escalade en réagissant rapidement et de manière décisive face à la mort d’Affan Kurniawan. L’enquête réfute l’idée que les troubles aient été provoqués par des publications sur les réseaux sociaux ou des affiches de protestation. Elle affirme que le meurtre d’Affan Kurniawan est le principal déclencheur des événements.
Le rapport de la Commission d’enquête, intitulé « La plus grande opération visant à faire taire les jeunes depuis la Réforme », a été publié le 18 février 2026 après des mois de travail. Il s’appuie sur l’examen de 115 dossiers d’enquêtes policières, des milliers de données accessibles publiquement et les témoignages de 63 informateurs. Les chercheurs ont également retracé les événements dans huit provinces, 18 villes et trois sites à l’étranger entre septembre 2025 et février 2026.
L’équipe de recherche était composée d’Andrie Yunus, Arif Maulana, Aqwam Fiazmi Hanifan, Fadilah Rahmatan Al Kafi, Khaerul Anwar, M. Islah Satrio, M. Yahya Ihyaroza, Nurkholis Hidayat, Ravio Patra, Rizaldi Ageng Wicaksono et Vebrina Monicha.
Pour en savoir plus sur les arrestations massives qui ont suivi les troubles d’août 2025, consultez cet article.
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