Publié le 23 octobre 2025. Une étude récente suggère que l’intelligence artificielle (IA) pourrait améliorer significativement la détection des polypes lors des coloscopies, tout en soulevant des questions sur l’interprétation clinique de certaines découvertes.
- La coloscopie assistée par IA a montré une augmentation des taux de détection des polypes (ADR) et des adénomes avancés (APC) par rapport aux méthodes standards.
- Cependant, les taux de détection des adénomes avancés et des lésions festonnées sessiles (SSL) n’ont pas montré de différence significative entre les deux approches.
- Plusieurs études antérieures ont déjà mis en évidence l’efficacité de l’IA dans l’augmentation de la détection des polypes, mais des limitations méthodologiques ont freiné leur application clinique.
L’objectif de cette étude était d’évaluer l’efficacité de la coloscopie assistée par intelligence artificielle (IA) dans un contexte d’usage réel. Les résultats indiquent une amélioration notable des taux de détection des adénomes (ADR) et des polypes coloréctaux (APC) dans le groupe utilisant l’IA, atteignant respectivement 35,9 % contre 26,4 % et 0,69 contre 0,43 par rapport à la coloscopie standard. Néanmoins, les taux de détection des adénomes avancés et des lésions festonnées sessiles (SSL) sont restés similaires entre les deux groupes.
Cette constatation fait écho à plusieurs essais contrôlés randomisés (ECR) antérieurs, dont une méta-analyse récente incluant 21 ECR, qui ont confirmé que la coloscopie assistée par IA augmente le taux de détection des polypes (EIM). Toutefois, deux obstacles majeurs ont limité la transposition de ces résultats dans la pratique clinique : le manque de procédures en aveugle, qui pourrait introduire un biais en faveur du groupe IA, et les conditions expérimentales strictes, éloignées des réalités du terrain comme la fatigue des praticiens ou les contraintes de temps. Bien qu’une étude en double aveugle ait montré une augmentation des effets indésirables avec l’IA, un manque d’études similaires rend la conclusion prématurée.
Pour pallier ces limites, des études observationnelles non randomisées ont été menées en conditions réelles. Une méta-analyse de Patel et al. n’a ainsi détecté aucune amélioration significative de la détection de polypes grâce à l’IA dans ces contextes, tandis qu’une autre revue systématique a relevé une légère, mais statistiquement significative, augmentation des effets indésirables (36,3 % contre 35,8 %, p=0,04). Face à ces résultats divergents, l’étude actuelle apporte des preuves substantielles en faveur de l’IA, démontrant une hausse des effets indésirables dans le groupe assisté par IA. D’autres travaux corroborent ces conclusions : une étude monocentrique rétrospective a observé une amélioration significative de l’ADR (47,9 % contre 38,5 %, p=0,03) avec l’IA, et une étude coréenne a rapporté un taux d’effets indésirables plus élevé dans le groupe IA (45,1 % contre 38,8 %, p=0,010).
Concernant les SSL, le taux de détection global a augmenté de 3,0 % à 5,5 %, sans atteindre la significativité statistique (p=0,076), possiblement en raison d’une taille d’échantillon limitée. Ce résultat reste néanmoins remarquable si l’on considère que les taux de détection de SSL hors systèmes d’aide à la détection (CADe) se situent généralement entre 2 % et 2,5 %. Une étude récente a également rapporté une augmentation du taux de détection de SSL (de 2,5 % à 5,7 %, p=0,001) avec un système CADe, bien qu’une autre étude n’ait pas montré de changements significatifs, illustrant la controverse persistante sur ce point. La morphologie plate des SSL les rend particulièrement difficiles à repérer, soulignant l’importance de recherches approfondies sur le rôle de l’IA dans l’amélioration de leur détection.
À l’inverse, d’autres recherches indiquent que la coloscopie assistée par IA n’améliore pas significativement les effets indésirables dans la pratique courante. Bien que l’étude actuelle ait observé un effet positif, cette constatation pourrait être influencée par la conscience des endoscopistes d’être surveillés, modifiant potentiellement leur comportement. De plus, plus des deux tiers des lésions détectées mesuraient moins de 5 mm. Cette augmentation pourrait donc résulter de la détection accrue de polypes de petite taille, dont la pertinence clinique reste à clarifier, compte tenu de leur croissance lente et de leur évolution bénigne généralement observée.
En outre, aucune différence significative n’a été constatée dans la détection des adénomes avancés entre les groupes IA et standard, ces lésions étant plus faciles à identifier sans assistance. Une limite des systèmes CADe réside dans la fréquence des faux positifs, générés par des plis de muqueuse ou des résidus, pouvant entraîner des résections inutiles, un allongement des procédures et une augmentation des coûts.
Bien que le CADe soit un outil précieux, le rôle de l’endoscopiste demeure essentiel pour une exposition adéquate de la muqueuse et l’identification des anomalies. Les analyses de sous-groupes dans cette étude n’ont révélé aucune différence significative dans les effets indésirables chez les praticiens affichant un faible taux de détection (20 % contre 19,3 %, p=0,945). En revanche, le groupe de praticiens à haut taux de détection a montré un ADR numériquement plus élevé (45,8 % contre 39,2 %, p=0,162) et une augmentation statistiquement significative du SSLDR (8,0 % contre 3,3 %, p=0,043) avec l’assistance de l’IA. Ces résultats suggèrent que les bénéfices additionnels du CADe, même associés à une augmentation des effets indésirables, pourraient être limités si l’endoscopiste n’effectue pas un examen minutieux. Il convient toutefois de noter que ces différences reposent sur un nombre restreint d’endoscopistes (deux par groupe), limitant la généralisation de ces observations.
Concernant l’expérience des praticiens, le CADe a été associé à une augmentation des effets indésirables chez les stagiaires (51,5 % contre 27,2 %, p=0,023) lors de l’analyse de sous-groupes, bien que la petite taille de l’échantillon puisse affecter la fiabilité des résultats. Des études antérieures ont montré que le CADe aidait les stagiaires à améliorer leur ADR, réduisant ainsi l’écart de performance avec les experts. L’IA pourrait donc accélérer la courbe d’apprentissage des novices et améliorer les résultats de dépistage en les aidant à identifier des lésions potentiellement manquées.
Une limite de la coloscopie assistée par IA est son incapacité à détecter des lésions dans des zones mal exposées. Des dispositifs d’amélioration de l’exposition de la muqueuse, tels que les capuchons transparents et l’Endocuff Vision, ont fait l’objet d’études approfondies. L’Endocuff, conçu pour lisser les plis du côlon et améliorer la visibilité, a démontré une amélioration significative de l’ADR en ECR. Une étude comparant la combinaison CADe et Endocuff au CADe seul a révélé un ADR significativement plus élevé dans le groupe combiné. Une autre étude a également montré que l’association Endocuff et CADe améliorait l’ADR (58,7 %) par rapport au CADe seul (53,8 %) ou à une coloscopie standard (46,3 %).
L’efficacité des capuchons transparents pour améliorer les effets indésirables reste toutefois débattue, avec des résultats contradictoires selon les études. Dans la présente étude, l’utilisation des capuchons transparents était laissée à la discrétion des endoscopistes, rendant difficile l’évaluation de leurs effets spécifiques en association avec le CADe. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour définir la combinaison optimale de dispositifs d’exposition de la muqueuse et de CADe.
La conception observationnelle non randomisée de cette étude renforce sa pertinence pour la pratique clinique. De plus, l’appariement par score de propension a permis de réduire les biais de groupe, améliorant la fiabilité des résultats. Les caractéristiques démographiques et cliniques de base, telles que l’âge, le sexe et l’IMC, n’ont montré aucune différence significative et ont été davantage minimisées dans la cohorte appariée, témoignant d’un contrôle efficace des biais. L’utilisation d’un groupe témoin simultané constitue un autre atout majeur, minimisant les différences liées aux variations temporelles et aux facteurs externes par rapport aux contrôles historiques.
Cette étude présente cependant certaines limites. Elle a été menée dans un seul centre, ce qui restreint la généralisabilité des résultats et plaide pour des études multicentriques. L’absence d’insu au sein de l’étude expose à un risque de biais de sélection, bien que l’appariement par score de propension ait visé à atténuer ce biais. Le nombre relativement faible d’endoscopistes, dont deux présentaient un ADR inférieur à 25 %, a pu influencer les conclusions. L’inclusion d’endoscopistes ayant des taux de détection de base faibles pourrait avoir contribué à l’augmentation globale des effets indésirables observée. Des études futures tenant compte des taux de détection de base des praticiens permettraient une évaluation plus précise de l’impact réel de l’IA. De surcroît, la connaissance de l’utilisation de l’IA par les endoscopistes a pu les inciter à redoubler de vigilance, potentiellement biaisant les résultats. L’implémentation d’une conception en aveugle pourrait offrir des perspectives plus fiables.
L’étude a également exclu les patients souffrant de pathologies coliques complexes, limitant l’applicabilité des résultats à ces populations. Les recherches futures devraient donc inclure un plus large éventail de patients. Par ailleurs, aucun lien n’a été établi entre l’amélioration des effets indésirables et les bénéfices cliniques à long terme, tels qu’une réduction de l’incidence du cancer colorectal (CCR), soulignant la nécessité d’études complémentaires sur ces aspects. Enfin, une analyse distincte des taux de détection des tumeurs à propagation latérale (LST), et particulièrement du sous-type non granulaire (LST-NG), qui sont difficiles à détecter et à réséquer complètement, n’a pas été réalisée. Le taux de détection des LST devrait être considéré comme un indicateur clé dans l’évaluation des systèmes CADe, nécessitant de futures études à grande échelle pour aborder cette question.
En conclusion, la coloscopie assistée par IA semble avoir amélioré de manière significative les effets indésirables dans des contextes réels, démontrant son potentiel à optimiser la qualité du dépistage et à faciliter la détection précoce des polypes. La synergie entre les systèmes CADe et une observation attentive de l’endoscopiste ouvre des perspectives prometteuses pour la prévention du cancer colorectal.