Home Santé La maladie d’Alzheimer se propage discrètement et secrètement depuis des décennies – DiePresse.com

La maladie d’Alzheimer se propage discrètement et secrètement depuis des décennies – DiePresse.com

0 comments 56 views

Publié le 12 octobre 2025 08:00:00. Des protéines mutées, à l’origine de la maladie d’Alzheimer, pourraient se propager silencieusement dans le cerveau pendant des décennies avant l’apparition des premiers symptômes. Des recherches récentes jettent un nouvel éclairage sur les mécanismes de cette maladie neurodégénérative dévastatrice.

Les cellules immunitaires du cerveau, appelées microglies, combattent activement les protéines mutées qui s’agrègent et forment des plaques, entraînant la mort neuronale. Cependant, avec l’âge, ces cellules de défense s’épuisent, permettant aux altérations de se propager comme une onde de choc. Les travaux du neurobiologiste Christian Humpel, de l’Université médicale d’Innsbruck, confirment ce modèle de propagation, notamment dans des études menées sur des souris.

Initialement spécialisé dans la maladie de Parkinson, le professeur Humpel s’est ensuite tourné vers la maladie d’Alzheimer. Ses recherches ont porté sur le rôle de facteurs de croissance tels que le NGF (Nerve Growth Factor), une protéine protectrice pour les neurones impliqués dans la mémoire. L’inhibition de la dégradation de l’acétylcholine, un messager chimique essentiel à la mémoire, est d’ailleurs déjà utilisée pour atténuer les symptômes légers à modérés de la démence.

Une propagation silencieuse et insidieuse

« Je me suis demandé pourquoi ces cellules nerveuses meurent dans la maladie d’Alzheimer et comment nous pourrions prévenir cette mort cellulaire », explique Christian Humpel. Pour répondre à ces interrogations, il a développé une méthode innovante de « tranche de cerveau organotypique » en trois dimensions, appliquée à des souris génétiquement modifiées. Cette technique lui a permis d’étudier l’hypothèse de la propagation des dépôts protéiques sur des tranches de cerveau d’une épaisseur de 150 micromètres.

Les recherches se concentrent sur la forme la plus courante de la maladie, dite « acquise », plutôt que sur ses rares formes héréditaires. Dans ce cas, les premières altérations – mutations du fragment protéique bêta-amyloïde et de la protéine tau – surviennent des décennies avant l’apparition des symptômes cliniques. Ces dysfonctionnements se diffusent alors de manière exponentielle d’une région cérébrale à l’autre. C’est seulement lorsque les dépôts deviennent massifs et qu’une part importante des neurones est détruite que les troubles de la mémoire se manifestent. Ces travaux, soutenus par le Fonds autrichien pour la science (FWF), viennent conforter l’hypothèse de la dissémination des plaques amyloïdes.

L’alimentation, une piste explorée ?

La maladie d’Alzheimer se caractérise par la présence simultanée des pathologies liées aux protéines bêta-amyloïde et tau. « C’est beaucoup plus complexe. Nous observons une inflammation et une activation des cellules immunitaires qui protègent le cerveau », précise le professeur Humpel.

Le neurobiologiste Christian Humpel considère que des vaisseaux sains, comme le cœur, sont essentiels à la santé du cerveau.

Le neurobiologiste Christian Humpel considère que des vaisseaux sains, comme le cœur, sont essentiels à la santé du cerveau. Med-Uni Innsbruck

D’où proviennent ces protéines défectueuses ? Des théories avancent que des protéines mutées, comme celles impliquées dans la maladie d’Alzheimer, pourraient être ingérées par le biais de l’alimentation, évoquant des analogies avec des maladies comme Creutzfeldt-Jakob. Cependant, une hygiène de vie saine, incluant une alimentation équilibrée, une activité physique régulière, un apprentissage continu, des interactions sociales et l’abstinence de tabac et d’alcool, est reconnue pour réduire le risque. Christian Humpel souligne également l’importance capitale de la santé cardiovasculaire.

Vers des diagnostics précoces et fiables

Alors que le risque de développer la maladie d’Alzheimer augmente avec l’âge, une recrudescence significative du nombre de cas est anticipée. Étant donné que les traitements doivent idéalement débuter avant l’apparition des symptômes, la mise au point de diagnostics simples et abordables est primordiale. Les biomarqueurs présents dans le liquide céphalo-rachidien (LCR) sont actuellement la référence clinique, bien que leur prélèvement soit invasif. La recherche s’oriente désormais vers l’identification de ces mêmes biomarqueurs dans le sang ou même la salive, avec une certification des laboratoires pour leur détermination.

« Je pense que nous pourrons intégrer des biomarqueurs sanguins pertinents dans la pratique clinique d’ici 2026 », se montre confiant Christian Humpel.

Portrait

Christian Humpel, 63 ans, est professeur de psychiatrie expérimentale à la Med-Uni Innsbruck. Il est le lauréat de plusieurs distinctions, dont le prix d’État en 2000 pour sa méthode de coupe de cerveau optimisée, le prix Otto Loewi en 2001, et plus récemment le « Prix Tuba » pour l’ensemble de sa carrière.

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.