Publié le 2025-10-22 17:29:00. Une avancée majeure dans la lutte contre la peste porcine classique a été révélée : des chercheurs britanniques ont développé une méthode de modification génétique rendant les porcs totalement résistants au virus. Cette technique prometteuse pourrait révolutionner la prévention de cette maladie dévastatrice, bien que son application commerciale se heurte encore à des obstacles réglementaires en Europe.
- Une modification ciblée du génome rend les porcs immunisés contre le virus de la peste porcine classique (PPC).
- La technique utilise les ciseaux génétiques CRISPR/Cas pour altérer un acide aminé crucial à la réplication virale.
- Les porcs modifiés sont en bonne santé, ne contractent pas la maladie et transmettent cette résistance à leur descendance.
La peste porcine classique, maladie virale hautement contagieuse, décime les élevages de porcs à travers le monde, entraînant des pertes économiques considérables, souvent chiffrées en milliards. Le virus, étroitement apparenté à ceux responsables de la diarrhée virale bovine et de la maladie des frontières chez les ovins, se propage non seulement par contact direct, mais aussi via les produits carnés, les déchets d’abattage, les véhicules et divers objets contaminés. Face à la difficulté de contrôler les épidémies, qui conduisent fréquemment à l’abattage massif d’animaux, une solution de résistance génétique ouvre de nouvelles perspectives.
Une équipe de scientifiques britanniques, menée par Helen Crooke de l’Agence britannique de santé animale et végétale, a identifié une protéine clé, DNAJC14, sur laquelle le virus de la PPC s’appuie pour se multiplier dans les cellules porcines. Des recherches antérieures avaient suggéré qu’une modification minime de cette protéine, le remplacement d’un seul acide aminé, suffirait à bloquer la réplication virale. Grâce à l’outil CRISPR/Cas, les chercheurs ont réussi à implanter cette modification génétique précise chez des porcs.
Les animaux ainsi génétiquement modifiés se sont développés normalement, sans aucun problème de santé apparent. Confrontés au virus de la PPC, ils n’ont montré aucun symptôme d’infection, et aucune trace du virus n’a été détectée dans leur organisme. Leur système immunitaire est resté stable, sans réaction inflammatoire ni production d’anticorps.
« Ces résultats démontrent que les porcs génétiquement modifiés étaient totalement résistants à l’infection. »
Konrad Fischer, Université technique de Munich
La transmission de cette résistance à la descendance a également été confirmée, suggérant une protection durable pour les générations futures. Le professeur Fischer précise que cette résistance est susceptible d’être permanente car le gène modifié est hérité et essentiel à la multiplication du virus. Il estime peu probable que le virus mute pour contourner cette défense, étant donné le rôle central de DNAJC14 dans son cycle de vie.
Concernant la sécurité pour les consommateurs, Nicolas Ruggli, du Département fédéral de l’intérieur suisse, assure qu’elle ne pose pas de problème. Il souligne qu’il s’agit d’une modification interne du génome, sans ajout de gène étranger, et que le principal enjeu est de s’assurer de l’absence de conséquences indésirables sur la santé et le bien-être des animaux.
Aux États-Unis et dans certaines régions d’Amérique du Sud, des animaux génétiquement modifiés, résistants au syndrome dysgénésique et respiratoire porcin (SDRP), sont déjà autorisés dans la production alimentaire. Cependant, l’Union européenne interdit actuellement la commercialisation de denrées alimentaires ou d’aliments pour animaux issus d’organismes génétiquement modifiés (OGM). Malgré ces restrictions, l’intérêt pour les porcs résistants à la PPC est considérable.
Le professeur Fischer met en avant l’avantage économique et agricole majeur de ces animaux, capables d’éviter des pertes importantes lors d’épidémies. Nicolas Ruggli rappelle cependant l’existence de vaccins efficaces contre la PPC, qui ont contribué à contenir la maladie dans certaines régions du monde. Il suggère que la combinaison de l’abattage, de la vaccination et éventuellement de porcs résistants génétiquement pourrait offrir une stratégie de contrôle optimale, particulièrement dans les zones endémiques. Il note toutefois qu’il n’existe pas encore de solutions similaires pour la peste porcine africaine (PPA), une autre maladie grave dont des cas sont actuellement signalés en Allemagne.
En conclusion, cette étude met en lumière le potentiel des modifications génétiques ciblées comme outil moderne et prometteur pour développer un bétail résilient face aux maladies infectieuses, améliorant ainsi le bien-être animal et la durabilité de l’agriculture.