Publié le 20 février 2024. Une exposition prolongée à la pollution atmosphérique, même à des niveaux relativement faibles, pourrait augmenter significativement le risque de développer la maladie d’Alzheimer, selon une vaste étude américaine portant sur près de 28 millions de personnes âgées.
- L’étude révèle un lien direct entre la pollution de l’air et la maladie d’Alzheimer, suggérant que les particules fines affectent le cerveau directement.
- Les personnes ayant des antécédents d’accident vasculaire cérébral (AVC) semblent particulièrement vulnérables aux effets néfastes de la pollution sur la santé cérébrale.
- Les résultats soulignent l’importance de réduire la pollution atmosphérique comme stratégie potentielle pour protéger la santé cognitive des populations vieillissantes.
La maladie d’Alzheimer, la forme de démence la plus répandue, touche actuellement environ 57 millions de personnes dans le monde. Si l’on savait déjà que la pollution de l’air était un facteur de risque pour diverses maladies chroniques – hypertension artérielle, AVC, dépression – les mécanismes précis par lesquels elle pourrait influencer le développement de la maladie d’Alzheimer restaient flous. Les chercheurs se demandaient si la pollution agissait indirectement, en exacerbant ces autres affections, ou si elle pouvait endommager le cerveau de manière plus directe.
Pour tenter de répondre à ces questions, une équipe de l’Université Emory, aux États-Unis, a analysé les données de 27,8 millions de bénéficiaires américains de Medicare âgés de 65 ans et plus, sur une période allant de 2000 à 2018. L’étude a consisté à croiser les niveaux d’exposition à la pollution atmosphérique de ces individus avec l’incidence de nouveaux cas de maladie d’Alzheimer, en tenant compte d’autres facteurs de risque et problèmes de santé préexistants.
Les résultats de cette vaste analyse ont révélé une corrélation significative : les personnes exposées à des niveaux plus élevés de pollution atmosphérique présentaient un risque accru de développer la maladie d’Alzheimer. Ce lien était particulièrement marqué chez les personnes ayant déjà subi un AVC. En revanche, l’hypertension et la dépression n’ont pas semblé amplifier de manière significative le risque lié à la pollution.
Ces découvertes suggèrent que la pollution de l’air pourrait agir principalement par un effet direct sur le cerveau, plutôt que par le biais d’autres maladies chroniques. Les particules fines (PM2,5) seraient particulièrement impliquées dans ce processus. Les chercheurs soulignent également que les antécédents d’AVC semblent rendre le cerveau plus vulnérable aux effets nocifs de la pollution.
« Dans cette vaste étude nationale menée auprès d’adultes âgés, nous avons constaté qu’une exposition à long terme à la pollution atmosphérique par de fines particules était associée à un risque plus élevé de maladie d’Alzheimer, en grande partie par des effets directs sur le cerveau plutôt que par des maladies chroniques courantes telles que l’hypertension, les accidents vasculaires cérébraux ou la dépression. »
Yanling Deng, Université Emory
« Nos résultats suggèrent que les personnes ayant des antécédents d’accident vasculaire cérébral pourraient être particulièrement vulnérables aux effets nocifs de la pollution de l’air sur la santé cérébrale, mettant en évidence une intersection importante entre les facteurs de risque environnementaux et vasculaires. »
Yanling Deng, Université Emory
L’étude, publiée le 17 février dans la revue PLOS Medicine, renforce l’argument en faveur de politiques publiques visant à améliorer la qualité de l’air, non seulement pour la santé respiratoire et cardiovasculaire, mais aussi pour la protection de la santé cognitive des populations vieillissantes. Réduire la pollution atmosphérique pourrait ainsi constituer une stratégie préventive prometteuse pour diminuer l’incidence de la maladie d’Alzheimer.
Ce travail a été soutenu par les National Institutes of Health (R01 AG074357 à KS et R01 ES034175 à YL).