Une simple blessure au talon a failli coûter à une femme de 49 ans l’usage permanent de sa jambe. Une grave infection et une gangrène menaçaient de la paralyser, mais grâce à des prouesses de microchirurgie, ses médecins ont réussi à reconstruire son tendon d’Achille, lui laissant l’espoir de retrouver 80 à 90 % de ses capacités de marche.
Initialement, la plaie au talon de la patiente n’avait été traitée que superficiellement, recousue sans que la rupture du tendon d’Achille ne soit décelée. Son incapacité à marcher normalement a finalement conduit à un diagnostic de rupture tendineuse et à une première intervention chirurgicale dans un autre établissement. Malheureusement, cette opération a été suivie de complications graves : un abcès, une nécrose sévère et une infection ont envahi la plaie, rendant nécessaire une seconde intervention pour nettoyage. L’état de la patiente demeurait critique : la plaie refusait de cicatriser, suintait en permanence, le tendon d’Achille était nécrosé sur 10 à 12 centimètres, et les tissus mous autour du talon étaient détruits, privant la patiente de presque toute mobilité.
Face à cette situation d’une extrême complexité, le Dr Duong Manh Chien, chirurgien plasticien à l’Hôpital central des maladies tropicales, a expliqué la démarche adoptée : « Face à une blessure complexe avec une infection profonde et une perte de tendons et de peau, nous avons dû intervenir en deux étapes. Dans la première étape, nous avons coupé et nettoyé le tissu nécrotique, nettoyé l’abcès et utilisé un système d’aspiration à pression négative (VAC) pour contrôler l’infection. »
Une fois le terrain assaini, l’équipe a eu recours à une technique de microchirurgie sophistiquée baptisée « lambeau en grappe ». Cette méthode a consisté à prélever un lambeau de tissu sur la cuisse, comprenant à la fois le tendon et la peau, reliés par leur propre système sanguin. Ce greffon a ensuite été greffé sur la région du talon et connecté au réseau vasculaire local.
La particularité de cette intervention réside dans l’utilisation d’un tendon du muscle tenseur du fascia lata, connu pour sa robustesse, son élasticité et sa résilience, afin de reconstruire le tendon d’Achille. Ce tendon prélevé a été roulé et modelé pour épouser la forme du tendon d’origine avant d’être solidement fixé à l’os du talon. Simultanément, un lambeau de peau vascularisé a été transféré pour recouvrir le large défect cutané. L’anastomose microvasculaire des deux greffons a été réalisée sous un microscope opératoire de pointe, offrant un grossissement jusqu’à 40 fois, ce qui a permis une manipulation d’une précision extrême, y compris sur des capillaires plus fins qu’un cheveu.
Le Dr Duong Manh Chien a souligné l’importance de cette avancée : « C’est la première fois que l’Hôpital central des maladies tropicales réalise simultanément une reconstruction des tendons et de la peau vascularisée en utilisant la technique de microchirurgie des lambeaux dans le cadre d’une infection grave. Très peu d’institutions au Vietnam ont actuellement la capacité de réaliser cette technique. » Le système de microscope microchirurgical moderne a joué un rôle déterminant, augmentant le grossissement de l’image de 4,5 fois à 40 fois, offrant ainsi une vision détaillée des capillaires et réduisant le risque d’occlusion vasculaire ou de nécrose du greffon.
Au-delà de la prouesse technique, le succès de cette procédure a nécessité une maîtrise complexe du contrôle des infections, une capacité à distinguer les tissus sains des tissus nécrosés, et la sélection de matériaux de remplacement présentant une grande similitude biomécanique. Grâce à cette intervention, la patiente a pu retrouver presque intégralement sa fonction de marche, le tendon d’Achille étant essentiel à la force propulsive du pas.
Le Dr Duong Manh Chien a tenu à mettre en garde : « Les blessures aux tendons et aux tissus mous doivent être soigneusement examinées dès le début. Suturer la peau en évitant le tendon peut entraîner de graves pertes de fonction. Si une plaie ne guérit pas ou présente des signes d’écoulement, d’enflure ou de douleur, les personnes concernées doivent immédiatement consulter un médecin. » Il a conclu en affirmant que « Dans le cas de blessures complexes telles que celles évoquées ci-dessus, seuls les centres dotés d’une expertise microchirurgicale et d’équipements modernes peuvent les traiter efficacement et aider les patients à maintenir leurs fonctions motrices et leur qualité de vie. »