Publié le 14 février 2026 à 13h37 GMT. Le Royaume-Uni et plusieurs de ses alliés européens accusent le Kremlin d’être responsable de la mort d’Alexeï Navalny, empoisonné selon eux avec une toxine extrêmement rare extraite d’une grenouille d’Amérique du Sud.
- Une analyse d’échantillons prélevés sur le corps d’Alexeï Navalny a révélé la présence d’épibatidine, une toxine mortelle.
- Le Royaume-Uni, la Suède, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas imputent la responsabilité de cet empoisonnement au gouvernement russe.
- Moscou nie toute implication et dénonce une « campagne d’information ».
Deux ans après la mort soudaine d’Alexeï Navalny dans une colonie pénitentiaire sibérienne, les soupçons se portent désormais officiellement sur le Kremlin. Londres et ses alliés affirment que des analyses ont mis en évidence la présence d’épibatidine, une neurotoxine extrêmement puissante, dans des échantillons prélevés sur le corps de l’opposant russe.
Selon les autorités britanniques, seul le gouvernement russe disposait des moyens, de la motivation et de l’opportunité d’utiliser cette toxine contre Navalny pendant sa détention en Russie. La ministre des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a déclaré lors de la Conférence de Munich sur la sécurité : « Seul le gouvernement russe avait les moyens, le motif et l’opportunité d’employer cette toxine mortelle contre Alexeï Navalny pendant son emprisonnement en Russie. »
Une déclaration commune a été publiée par le Royaume-Uni, la Suède, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas, confirmant cette accusation. Les alliés ont souligné que l’épibatidine, présente naturellement dans les grenouilles dardoises d’Amérique du Sud, n’est pas produite par les grenouilles captives et ne se trouve pas naturellement en Russie. Ils estiment qu’il n’y a aucune explication innocente à sa présence dans le corps de Navalny.
Moscou a immédiatement rejeté ces accusations, qualifiant la découverte de la toxine de « campagne d’information » destinée à détourner l’attention des problèmes de l’Occident, selon l’agence de presse Tass. La porte-parole du Kremlin, Maria Zakharova, a tenu ces propos, sans apporter d’explication à la présence de l’épibatidine.
L’épibatidine est une neurotoxine 200 fois plus puissante que la morphine, agissant sur le système nerveux central et pouvant provoquer des spasmes musculaires, des paralysies, des convulsions, un ralentissement du rythme cardiaque, une insuffisance respiratoire et, finalement, la mort, explique l’experte en toxicologie Jill Johnson au service russe de la BBC. Elle souligne que cette toxine est extrêmement rare, ne se trouvant que dans une espèce spécifique de grenouille sauvage, et seulement lorsque celle-ci suit un régime alimentaire particulier, rendant son obtention et son utilisation intentionnelle particulièrement inhabituelles.
Navalny, figure de proue de l’opposition russe et militant anti-corruption, est décédé le 16 février 2024 à l’âge de 47 ans alors qu’il était incarcéré dans une colonie pénitentiaire de l’Arctique. Il avait déjà été victime d’un empoisonnement au Novitchok en 2020, avant d’être soigné en Allemagne et arrêté à son retour en Russie.
Sa veuve, Ioulia Navalnaïa, a toujours affirmé que son mari avait été assassiné par empoisonnement. Elle a salué l’annonce des résultats de l’enquête, déclarant : « Dès le premier jour, j’étais certaine que mon mari avait été empoisonné, mais maintenant il y a des preuves. » Elle a remercié les États européens pour leur travail minutieux et leur détermination à faire la lumière sur cette affaire.
Source des images, Ministère fédéral allemand des Affaires étrangères/Getty Images
Le Premier ministre britannique, Sir Keir Starmer, a salué « l’immense bravoure » de Navalny, soulignant que « sa détermination à révéler la vérité a laissé un héritage durable ». Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a rendu hommage à Navalny, affirmant qu’il était « mort pour son combat pour une Russie libre et démocratique ».