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La Russie pourrait bientôt avoir du mal à payer ses soldats

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Le budget militaire russe sous haute tension face à la guerre d’usure en Ukraine

Trois ans et demi après le début de l’invasion russe, le conflit ukrainien s’est mué en une guerre d’usure coûteuse pour Moscou. L’incapacité des forces russes à percer les défenses ukrainiennes, notamment leur « mur de drones », et les efforts de Kiev pour paralyser le secteur énergétique russe mettent à rude épreuve les finances du Kremlin, comme le souligne Forbes.

La Banque centrale russe s’est efforcée de soutenir l’économie de guerre, mais les dépenses militaires massives et la lutte contre l’inflation ont entraîné une hausse des taux d’intérêt à 17%. Cette situation pénalise fortement le secteur privé, tandis que l’Ukraine intensifie sa production de drones et de missiles nationaux, misant de plus en plus sur les armes autonomes, ce qui accentue la pression sur la Russie.

La « mortonomie » au cœur de l’économie russe

Pour maintenir ses efforts, la Russie s’appuie sur les revenus du pétrole et du gaz afin de financer les salaires des soldats et d’indemniser les familles des victimes. Cependant, cette stratégie pourrait se révéler insuffisante. Selon le Washington Post, les primes d’engagement pour les soldats russes peuvent atteindre 28 000 dollars (environ 24 000 euros), s’ajoutant à une solde mensuelle de 3 200 dollars (2 740 euros) et des primes de première ligne. Ces dépenses ont atteint la somme record de 2 000 milliards de roubles (20,8 milliards d’euros) au premier semestre 2025, représentant près de 10% des dépenses fédérales.

L’économiste russe Vladislav Inozemtsev a qualifié cette dynamique de « mortonomique ». Il souligne que dans les régions les plus pauvres de Russie, un soldat tué après un an au front peut laisser à sa famille jusqu’à 150 000 dollars (environ 128 400 euros), une somme dépassant potentiellement ses gains sur toute une carrière. Cette « économie de guerre » a paradoxalement créé une nouvelle classe moyenne dans les régions industrielles, alimentée par les salaires des militaires, les indemnités de décès et la hausse des rémunérations dans les usines de défense. Pour beaucoup, la paix pourrait signifier un retour à la précarité, instaurant une incitation perverse à poursuivre le conflit.

L’Ukraine frappe au portefeuille

Consciente de cette réalité, Kiev a orienté sa stratégie pour cibler les revenus de la Russie. L’Ukraine a investi dans des drones longue portée capables de frapper les raffineries de pétrole et les infrastructures énergétiques, sources de financement du trésor de guerre russe. « L’Ukraine construit lentement cette capacité de dissuasion, dont elle aura également besoin à l’avenir », résume Volodymyr Dubovyk, directeur du Centre d’études internationales de l’Université nationale Mechnykov d’Odessa.

La Russie fait face à une crise du carburant sans précédent. Les prix ont grimpé en flèche en août, augmentant de 50% depuis janvier. Une pénurie a contraint de nombreuses stations-service à fermer, notamment 50% de celles situées en Crimée. Moscou perdrait environ 720 millions de dollars (616,3 millions d’euros) par mois en revenus pétroliers, suite à une réduction d’environ 30% de ses exportations de carburant.

Le Kremlin envisage d’augmenter la TVA de 2 points en 2026 et de relever de 5% la taxe sur les jeux d’argent pour tenter de redresser la situation. Cependant, l’efficacité de ces mesures reste incertaine. La Russie craint de ne plus pouvoir rémunérer ses troupes, indispensables au soutien de ses offensives. Ces difficultés financières pourraient contraindre Vladimir Poutine à réduire l’intensité de ses opérations militaires.

À retenir

  • Le budget militaire russe est sous pression en raison de la guerre d’usure en Ukraine.
  • Les indemnisations militaires créent une incitation économique à poursuivre le conflit dans certaines régions russes.
  • L’Ukraine cible stratégiquement les infrastructures énergétiques russes pour affaiblir son économie de guerre.

Contexte

Le conflit, débuté il y a trois ans et demi, a entraîné une reconfiguration des rapports de force. La défense ukrainienne, renforcée par une technologie innovante comme les drones, a transformé la guerre en un long et coûteux affrontement.

Ce qui change

Les dépenses militaires record en Russie pèsent sur l’économie nationale, tandis que l’Ukraine développe ses capacités de production d’armes autonomes et frappe les revenus pétroliers russes. Les prix du carburant en Russie ont atteint des sommets, entraînant des pénuries.

Prochaines étapes

Il sera crucial d’observer l’impact des mesures fiscales envisagées par le Kremlin et la capacité de la Russie à maintenir le financement de ses troupes dans le contexte d’une économie sous tension.

Chiffres clés

  • Coût d’engagement d’un soldat russe : jusqu’à 28 000 $ (~ 24 000 €)
  • Solde mensuel moyen d’un soldat russe : 3 200 $ (~ 2 740 €)
  • Dépenses militaires au premier semestre 2025 : 2 000 milliards de roubles (20,8 milliards d’euros)
  • Indemnisation maximale pour une famille de soldat décédé : jusqu’à 150 000 $ (~ 128 400 €)
  • Augmentation des prix du carburant en Russie (depuis janvier) : 50%
  • Pertes mensuelles de revenus pétroliers russes : environ 720 millions de dollars (616,3 millions d’euros)

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