Publié le 13 février 2026 19:45:00. La Russie accélère le développement de la Route maritime du Nord (RSN), un corridor arctique stratégique, avec un programme ambitieux de construction de brise-glaces et d’infrastructures pour soutenir une augmentation significative du trafic maritime au cours de la prochaine décennie.
- La Russie prévoit de construire dix brise-glaces et 46 navires de sauvetage d’ici 2035.
- Le trafic sur la RSN a atteint des niveaux records en 2025, avec une augmentation de 50 % du nombre de voyages et une hausse de 160 % du tonnage de conteneurs.
- Des porte-conteneurs chinois devraient emprunter la RSN en 2026, témoignant de l’attrait croissant de cette voie maritime.
Moscou investit massivement dans la Route maritime du Nord, un axe de transport transarctique dont le développement est une priorité pour le gouvernement russe. Le vice-Premier ministre Youri Trutnev a détaillé les plans, qui incluent la construction de trois bases de flotte de sauvetage le long de la RSN afin de garantir une navigation toute l’année dans l’Arctique. Ces efforts s’inscrivent dans un projet plus vaste visant à transformer la RSN en une voie maritime majeure, capable de rivaliser avec les routes traditionnelles.
Rosatom, l’entreprise publique chargée de superviser la RSN, exploite actuellement huit brise-glaces nucléaires, dont les plus anciens, le 50 Allons Pobedy (mis en service en 2007), le Vaygach (1990) et le Taïmyr (1989). La nouvelle génération de brise-glaces, le projet 22220, est en cours de déploiement avec l’Arctique (2020), le Sibérie (2021), l’Oural (2022) et l’Yakoutie (prévu pour 2025). Le cinquième navire de cette série, le Tchoukota, a vu ses réacteurs nucléaires achevés et est actuellement en phase d’essais à quai.
La construction du sixième brise-glace du projet 22220, le Léningrad, est également en cours. En novembre dernier, lors d’une cérémonie à laquelle a participé Vladimir Poutine par visioconférence, la quille du prochain brise-glace, baptisé Stalingrad en hommage à la victoire de l’Armée rouge pendant la Seconde Guerre mondiale, a été posée. Selon les responsables de Rosatom, le chantier est achevé à quatre pour cent et l’utilisation de la préfabrication permet d’accélérer le processus de construction, réduisant le temps nécessaire à la construction de 4,5 ans contre cinq pour les navires précédents. Des améliorations de conception, basées sur l’expérience acquise avec les premiers navires du projet 22220, sont également intégrées.
Chaque navire du projet 22220 mesure 173 mètres de long et est propulsé par deux réacteurs commerciaux d’une puissance thermique de 175 mégawatts chacun. Ils sont capables de briser des plaques de glace d’une épaisseur allant jusqu’à trois mètres et atteignent une vitesse maximale de 22 nœuds.
La construction navale n’est qu’un volet du plan global de développement de la RSN, qui comprend 155 projets prévus pour la prochaine décennie. Ces projets incluent la création d’une base de fret et la modernisation des infrastructures existantes. Le développement de la voie de navigation elle-même est également une priorité.
Lors de la cérémonie de pose de la quille en novembre, Alexei Likhachev, PDG de Rosatom, a annoncé que le trafic sur la RSN en 2025 avait maintenu les niveaux records de 2024. Il a précisé que les expéditions en transit atteindraient 3,2 millions de tonnes, avec une forte croissance des volumes de conteneurs. Au total, 23 voyages avaient été effectués au 18 novembre, soit une augmentation de 50 % par rapport à 2024. Le tonnage des conteneurs a augmenté de 160 %, atteignant un record de 400 000 tonnes.
Rosatom anticipe de nouvelles perspectives positives pour 2026, notamment avec le passage des premiers porte-conteneurs chinois, dont le Sea Legend, qui a achevé son transit de la Chine vers le Royaume-Uni en un peu plus de 20 jours en octobre. La ligne russe Aurora a également établi un record en effectuant un transit entre Saint-Pétersbourg et la Chine en 28 jours en octobre. Selon Alexei Likhachev, d’autres pays devraient effectuer des voyages internationaux via la RSN en 2026, ce qui témoigne de l’attrait croissant de cette voie maritime. Le transport de marchandises le long de la RSN devrait atteindre 170 millions de tonnes d’ici 2035.