Publié le 2025-10-16 18:33:00. Une nouvelle étude internationale, présentée à l’ESMO 2025, révèle que la santé du thymus, organe central du système immunitaire, est étroitement liée à l’efficacité des traitements anticancéreux par inhibiteurs de points de contrôle immunitaire. Ces découvertes pourraient révolutionner l’évaluation des patients et améliorer la stratification des traitements.
- Une meilleure santé thymique est associée à une réduction significative du risque de progression du cancer et de mortalité chez les patients traités par immunothérapie.
- L’intelligence artificielle permet d’évaluer la santé thymique à partir de scanners thoraciques standards, offrant un nouveau biomarqueur non invasif.
- Cette approche pourrait compléter les biomarqueurs actuels axés sur la tumeur et aider à personnaliser les stratégies thérapeutiques en oncologie.
Les inhibiteurs de points de contrôle immunitaires ont marqué une avancée majeure dans le traitement de divers cancers, mais leur efficacité reste limitée pour une partie des patients. Le Dr Simon Bernatz, auteur principal de l’étude et rattaché à AI in Medicine au Mass General Brigham de Boston, souligne que les biomarqueurs actuels tels que PD-L1 ou la charge mutationnelle tumorale (TMB) se concentrent principalement sur les caractéristiques de la tumeur, négligeant ainsi le potentiel immunitaire intrinsèque du patient.
Cette recherche novatrice a évalué près de 3 500 patients traités par inhibiteurs de points de contrôle immunitaires. Grâce à un outil d’intelligence artificielle utilisant des techniques d’apprentissage profond, les chercheurs ont analysé la taille, la forme et la structure du thymus sur des scanners thoraciques de routine. Cette évaluation de la « santé thymique » a ensuite été corrélée aux résultats cliniques des patients.
Les résultats sont probants : une meilleure santé thymique a été associée à une diminution de 35 % du risque de progression du cancer et à une réduction de 44 % du risque de décès chez un sous-groupe de patients atteints de cancer du poumon non à petites cellules. Une corrélation positive a également été observée pour d’autres types de cancers, incluant les mélanomes, les cancers du rein et du sein.
La validité de cette approche a été confirmée par une analyse approfondie du séquençage des récepteurs des lymphocytes T et de leurs protéines associées chez un sous-ensemble de patients. Les données obtenues sur la différenciation et la fonction des lymphocytes T se sont avérées corrélées à la santé thymique évaluée par l’outil d’IA, renforçant la fiabilité de cette nouvelle méthode.
« L’immunothérapie repose sur la libération des cellules T, et c’est dans le thymus que ces cellules mûrissent. Notre étude démontre que la santé thymique est associée à de meilleurs résultats sous immunothérapie pour différents types de cancer. »
Dr Simon Bernatz, auteur principal du programme AI in Medicine au Mass General Brigham, Boston, États-Unis
Le Dr Bernatz envisage que la santé thymique puisse devenir un biomarqueur non invasif de la compétence immunitaire adaptative, particulièrement utile pour la stratification des patients en oncologie de précision. Il appelle à la réalisation d’essais cliniques randomisés pour valider ces découvertes en pratique clinique, suggérant que la santé thymique pourrait combler un manque dans les panels de biomarqueurs actuels, en intégrant la capacité immunitaire du patient dans les décisions de traitement aux côtés des marqueurs tumoraux.
La Dre Alessandra Curioni-Fontecedro, professeure d’oncologie à l’Université de Fribourg (Suisse), non impliquée dans l’étude, a souligné la nécessité d’une validation prospective de ces résultats. Cependant, elle a reconnu la qualité de l’étude, notamment l’inclusion d’une cohorte de validation, et le fait que les scanners thoraciques soient déjà couramment utilisés chez les patients atteints de cancer. Elle a rappelé l’importance de développer de nouveaux biomarqueurs pour l’immunothérapie, afin de mieux guider les décisions thérapeutiques, qu’il s’agisse de proposer une immunothérapie seule ou combinée, et d’améliorer le pronostic de chaque patient.