Publié le 11 février 2024 20:19:00. Plus de 170 organisations de lutte contre le VIH mettent la pression sur le laboratoire Merck pour garantir un accès mondial équitable à un nouveau traitement préventif prometteur, le MK-2587, et craignent que des restrictions d’accès ne compromettent les efforts de lutte contre la pandémie.
- 177 organisations de la société civile exigent de Merck une stratégie d’accès globale pour le MK-2587, incluant des prix abordables (inférieurs à 40 $ par an pour les pays à revenu faible et intermédiaire) et des licences volontaires.
- Le MK-2587, une pilule mensuelle de prophylaxie pré-exposition (PrEP) à un stade avancé de développement, pourrait représenter une avancée significative dans la prévention du VIH.
- Les organisations craignent que des coupes budgétaires dans les programmes de prévention du VIH, combinées à des restrictions d’accès au MK-2587, n’entraînent une augmentation des nouvelles infections.
Une coalition de 177 organisations de premier plan impliquées dans la lutte contre le VIH à travers le monde a adressé une lettre ouverte au PDG de Merck, Robert M. Davis, afin de l’inciter à s’engager fermement en faveur d’un accès mondial équitable au MK-2587. Ce nouveau médicament, une pilule de PrEP à action prolongée administrée mensuellement, suscite de grands espoirs dans la prévention des infections au VIH.
La lettre, disponible ici, réclame une tarification transparente et un prix maximal de 40 $ par an pour le MK-2587 dans tous les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI). Ce tarif serait comparable à celui de la PrEP orale quotidienne générique actuellement disponible. Les organisations demandent également à Merck de s’engager dès à présent dans des accords de licence volontaire non exclusifs, idéalement via le Medicines Patent Pool (MPP), afin de permettre une production générique rapide et à grande échelle du médicament.
Les signataires de la lettre soulignent l’importance d’inclure tous les PRFI dans cette stratégie d’accès, et pas seulement les pays à faible revenu ou ceux fortement touchés par le VIH. Ils mettent en garde contre le risque d’aggraver les inégalités en matière de santé et de prolonger inutilement la pandémie si certains pays étaient exclus.
Le contexte est particulièrement préoccupant, car plus de 1,3 million de personnes contractent le VIH chaque année. Les experts prévoient même une augmentation des nouvelles infections en raison des réductions budgétaires opérées par l’administration Trump dans de nombreux programmes de prévention du VIH, notamment ceux financés par le gouvernement américain pour la PrEP orale quotidienne.
« Nous n’accepterons pas une stratégie d’accès de Merck qui nous exclurait à nouveau, même si nous participons aux essais cliniques de Merck. Nous refusons qu’on nous dise que nous devons nous contenter d’options de prévention du VIH de qualité inférieure, alors que nos communautés sont rendues encore plus vulnérables au milieu des coupes dans le financement du VIH et de l’intolérance croissante ciblant les populations clés. La responsabilité sociale signifie que Merck doit se conformer aux politiques, principes et capacités de notre système de santé publique. »
Vériano Terto, vice-président de l’Association interdisciplinaire brésilienne de lutte contre le SIDA (ABIA)
Les organisations pointent également du doigt les erreurs passées de Merck en matière d’accès aux médicaments. Elles rappellent que le laboratoire n’a pas fait d’efforts pour autoriser sa combinaison de doravirine/islatravir, malgré sa soumission à la FDA américaine. De plus, Merck n’a accordé des licences bilatérales de doravirine qu’à deux entreprises génériques, leur permettant de fournir le médicament à seulement 86 pays d’Afrique subsaharienne et à faible revenu, alors que le besoin est bien plus important.
« Merck ne doit pas répéter ses erreurs – il a l’occasion de faire les choses différemment. »
Source non spécifiée dans le texte original
Les organisations appellent donc Merck à tirer les leçons du passé et à s’engager immédiatement dans des accords de licence ouverts pour le MK-2587, couvrant tous les PRFI, par exemple via le MPP, afin de garantir un accès rapide et abordable aux génériques et d’accélérer la fin du SIDA.