La dernière demande de repas d’un condamné à mort au Texas, en 2011, a entraîné une modification radicale des traditions carcérales américaines. Lawrence Russell Brewer, exécuté pour son rôle dans le meurtre de James Byrd Jr., a vu sa requête extravagante mettre un terme à une pratique de longue date : la possibilité pour les détenus de choisir leur dernier repas.
L’homme, âgé de 44 ans au moment de son exécution le 21 septembre 2011, n’avait montré aucun remords pour son implication dans le meurtre brutal de James Byrd Jr. Alors qu’il était en droit de commander un dernier repas avant sa mort, Brewer a choisi de marquer les esprits, non pas par ses regrets, mais par une commande d’une ampleur sans précédent. Une commande qu’il a, de manière tout aussi surprenante, refusé de consommer une fois servie, invoquant un manque d’appétit.
Le menu concocté sur demande de Brewer défie l’entendement : un triple cheeseburger au bacon, une pizza « meat lover », une omelette au fromage garnie de bœuf et de légumes, trois fajitas, deux escalopes de poulet frites accompagnées de sauce et d’oignons, un grand bol de gombo avec du ketchup, un demi-kilo de viande de barbecue, une demi-miche de pain, un fudge au beurre de cacahuète parsemé de cacahuètes concassées, une pinte de glace, et trois bières de racine. Cette abondance de nourriture, une fois livrée, est restée largement intacte. « Je n’avais tout simplement pas faim », aurait déclaré Brewer aux autorités pénitentiaires.
Ces agissements jugés scandaleux par les responsables ont eu des répercussions immédiates. Quelques heures à peine après l’exécution de Brewer, le Texas a suspendu le privilège du dernier repas pour les autres détenus. Désormais, les condamnés à mort reçoivent le même repas que l’ensemble de la population carcérale, y compris pour leur ultime plat. Le Texas Department of Criminal Justice (TDCJ) a officialisé ce changement quelques jours plus tard.
La requête de Brewer fut la « goutte d’eau qui fit déborder le vase » pour le système carcéral, selon les autorités américaines de l’époque. Le sénateur John Whitmire s’était publiquement insurgé, déclarant : « Assez, c’est assez. Il est profondément inapproprié d’accorder un tel privilège à une personne condamnée à mort. C’est un privilège que le meurtrier n’a pas accordé à sa victime. »
Cette décision d’abolir les repas sur mesure intervient près de vingt ans après une autre demande singulière. En 1991, James Edward Smith avait demandé un morceau de terre, une requête que les autorités avaient jugé trop bizarre et refusée. Plus d’une décennie après la réforme au Texas, le débat sur ces restrictions strictes des derniers repas continue d’animer les discussions publiques. Sur des plateformes comme Reddit, certains internautes estiment que « pour être honnête, je n’aurais pas beaucoup d’appétit si je savais que ma mort était imminente », tandis que d’autres suspectent Brewer d’avoir simplement voulu tromper les gardiens : « Je doute vraiment qu’il ait commandé toute cette nourriture en pensant pouvoir la manger et puis, tout d’un coup, il a décidé qu’il n’avait pas faim. Il a trop commandé, en prévoyant de ne pas la manger, pour se moquer d’eux. »