À Dar es Salaam, la vie reprend timidement ses droits ce mardi, mais la peur demeure. Quelques Tanzaniens osent sortir dans les rues de la capitale économique, au lendemain d’une levée partielle des restrictions drastiques imposées suite aux élections du 29 octobre. Un couvre-feu a été levé, et l’accès à Internet, coupé presque totalement depuis le début des manifestations, se rétablit par intermittence. La scène contraste avec l’éclatement de violences dont l’opposition accuse le pouvoir, évoquant des centaines de morts.
La commission électorale du pays a proclamé la victoire écrasante de la présidente Samia Suluhu Hassan, créditée de 98 % des voix. Une affirmation balayée d’un revers de main par l’opposition, qui qualifie le scrutin d’« imposture ». Dans ce contexte, obtenir des informations fiables en provenance de ce pays d’Afrique de l’Est reste un défi majeur. Un journaliste de l’AFP a néanmoins constaté un retour progressif à une certaine normalité, marqué par le retour des transports publics et une présence policière certes toujours sensible, mais moins oppressante qu’au cours des derniers jours.
Malgré le retour de l’activité, l’angoisse est palpable. « J’espère que la violence ne se reproduira plus », confie Rehema Shehoza, vendeuse de nourriture âgée de 32 ans. « Certains d’entre nous mourraient de faim si je ne pouvais pas aller travailler pour gagner mon pain quotidien », ajoute-t-elle, illustrant la précarité de la situation pour de nombreux citoyens.
Les stations-service ont rouvert, entraînant de longues files d’attente dans une atmosphère marquée par la flambée des prix. Des tuk-tuks et des motos privées tentent de pallier l’insuffisance des transports publics, qui reprennent tout juste leur service. Les réseaux sociaux, bien que de nouveau accessibles par intermittence, auraient diffusé des images troublantes des manifestations, dont la vérification indépendante s’avère impossible à ce stade. Un message de la police, diffusé lundi, menace de sanctions toute diffusion d’images susceptibles de semer la panique ou d’humilier des individus en ligne.
Derrière le relatif calme apparent, des chiffres alarmants émergent. Une source diplomatique fait état d’informations crédibles rapportant des centaines, voire des milliers de décès enregistrés dans les hôpitaux et centres de santé à travers la Tanzanie. Le parti d’opposition Chadema affirme avoir recensé « pas moins de 800 » décès depuis samedi, des chiffres qui, là encore, n’ont pu être vérifiés de manière indépendante.
Lors de son discours de remerciement, la présidente Hassan a exprimé sa tristesse face aux « incidents de violence qui ont entraîné des pertes de vies humaines », promettant une enquête de la part des forces de sécurité et de défense. Cependant, la source diplomatique souligne des « informations préoccupantes » suggérant que la coupure d’Internet aurait pu servir à la police pour gagner du temps dans sa « traque aux membres de l’opposition et aux manifestants susceptibles de détenir des vidéos » d’atrocités commises la semaine passée. Une habitante de Dar es Salaam a témoigné auprès de Human Rights Watch qu’un homme en civil avait abattu son voisin, qui ne participait pas aux manifestations, devant son domicile le 30 octobre.