Une lueur d’espoir se profile pour les patients atteints de sarcoïdose cutanée, une maladie rare et invalidante caractérisée par des éruptions cutanées parfois défigurantes. Les premiers résultats d’une étude clinique prometteuse suggèrent qu’un nouveau médicament, le brépocitinib, pourrait offrir une amélioration significative de l’état de la peau et une meilleure qualité de vie pour ceux qui souffrent de cette affection jusqu’alors difficile à traiter.
Priovant Therapeutics, une filiale de Roivant Sciences, a annoncé vendredi des résultats préliminaires encourageants issus d’un essai de phase 2. L’étude, menée sur 31 adultes, a révélé que les patients ayant reçu la dose élevée de brépocitinib ont constaté une amélioration moyenne de 22,3 points sur une échelle d’évaluation de la gravité de la maladie, contre seulement 0,7 point pour le groupe recevant un placebo. Cette différence statistiquement significative a été observée dès la quatrième semaine de traitement et s’est maintenue tout au long de l’étude.
Selon les données présentées, tous les patients ayant bénéficié de la dose élevée ont enregistré une amélioration d’au moins 10 points sur l’échelle d’évaluation, et 62 % d’entre eux ont atteint une rémission fonctionnelle, contrairement à aucun patient du groupe placebo. « Ce sont le genre de données dont on rêve lorsqu’on examine les résultats d’un essai clinique, et je dirais que c’est un moment décisif pour la sarcoïdose », a déclaré le Dr Misha Rosenbach, directeur du programme de sarcoïdose cutanée à l’hôpital de l’Université de Pennsylvanie et chercheur principal de l’étude.
La sarcoïdose cutanée est une maladie inflammatoire d’origine inconnue qui affecte les tissus corporels. On estime que 40 000 personnes sont touchées aux États-Unis. À ce jour, il n’existe aucun traitement approuvé par l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) pour cette maladie, obligeant les patients à recourir à des traitements hors AMM tels que les corticostéroïdes, les immunosuppresseurs et les médicaments biologiques, souvent avec une efficacité limitée et des effets secondaires importants.
Le brépocitinib est une petite molécule conçue pour inhiber deux protéines clés impliquées dans les processus inflammatoires, TYK2 et JAK1. En bloquant ces deux cibles avec un seul médicament, les chercheurs espèrent obtenir une efficacité supérieure à celle obtenue en inhibant l’une ou l’autre seule. Bien que les inhibiteurs de JAK soient déjà utilisés en immunologie, des préoccupations concernant les risques cardiovasculaires et de cancer associés à certains de ces médicaments ont conduit la FDA à émettre des avertissements en 2021.
Roivant Sciences, la société mère de Priovant, a adopté une stratégie consistant à acquérir et à développer des actifs prometteurs abandonnés par d’autres entreprises pharmaceutiques. Matt Gline, PDG de Roivant, a souligné que l’entreprise est convaincue du potentiel des inhibiteurs de JAK pour traiter les maladies rares graves, où le rapport bénéfice-risque peut être plus favorable. « Nous allons travailler sur ces médicaments pour traiter les maladies orphelines graves, pour lesquelles il n’existe pas d’autres options », a-t-il affirmé lors d’une conférence en janvier.
Priovant prévoit de discuter avec la FDA de la conception d’un essai clinique de phase 3 sur le brépocitinib dans le traitement de la sarcoïdose cutanée, avec l’objectif de lancer cette étude d’ici la fin de l’année. Par ailleurs, le brépocitinib est déjà en phase de développement pour d’autres maladies rares, notamment la dermatomyosite et l’uvéite non infectieuse, et pourrait potentiellement arriver sur le marché plus rapidement pour ces indications.
Pfizer détient 25 % de Priovant et conserve les droits du brépocitinib pour tous les pays du monde à l’exception des États-Unis et du Japon. Une demande d’autorisation de mise sur le marché du brépocitinib a déjà été soumise à la FDA pour le traitement de la dermatomyosite, une maladie cutanée inflammatoire rare qui touche environ 70 000 patients.