Publié le 15 février 2026. Un nouveau rapport du Centre mondial pour l’adaptation (GCA) alerte sur le lien croissant entre dérèglements climatiques et instabilité sécuritaire au Sahel et dans la Corne de l’Afrique, appelant à intégrer l’adaptation climatique dans les stratégies de sécurité internationales.
- Les sécheresses, les inondations et le stress hydrique exacerbent les conflits au Sahel et dans la Corne de l’Afrique.
- Le rapport plaide pour une réorientation des dépenses liées à la sécurité mondiale vers des investissements dans l’adaptation climatique en Afrique.
- Des initiatives locales d’adaptation démontrent des résultats positifs en termes de cohésion sociale et de réduction des tensions.
Munich, 15 février 2026 – Le Centre mondial pour l’adaptation (GCA) a présenté aujourd’hui un rapport alarmant en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité. Le document souligne que les phénomènes climatiques extrêmes, tels que les sécheresses et les inondations, contribuent à déstabiliser les régions déjà fragiles du Sahel et de la Corne de l’Afrique, avec des conséquences directes sur la paix et la sécurité à l’échelle internationale.
Intitulé Adaptation au climat et sécurité au Sahel et dans la Corne de l’Afrique, l’étude, réalisée avec Bodhi Global Analysis, met en évidence une corrélation statistique entre les aléas climatiques, une gouvernance déficiente et une vulnérabilité accrue, d’une part, et l’augmentation des conflits dans ces régions, d’autre part. Le rapport démontre que des investissements ciblés dans l’adaptation climatique peuvent réduire l’insécurité en renforçant la résilience des populations, en stabilisant leurs moyens de subsistance et en consolidant les institutions locales.
L’analyse, basée sur des données pluriannuelles, une cartographie précise et une modélisation statistique, identifie les inondations et les sécheresses comme les facteurs climatiques les plus étroitement liés aux incidents de conflit. Les zones les plus touchées sont celles où la population est nombreuse, majoritairement rurale et dispose de capacités d’adaptation limitées. À l’inverse, des projets d’adaptation – tels que des infrastructures résilientes, des pratiques agricoles durables et une gestion optimisée des ressources en eau – peuvent significativement diminuer les risques d’instabilité.
Des exemples concrets issus de la Mauritanie, du Niger, du Kenya et de la Somalie illustrent les bénéfices de l’adaptation climatique lorsqu’elle est inclusive et ancrée dans les communautés locales. Ces initiatives, axées sur la cohésion sociale, offrent des modèles prometteurs pour une action climatique qui favorise la paix.
« L’insécurité hydrique et la fragilité climatique ne sont plus de simples préoccupations environnementales : elles définissent les défis de sécurité de notre époque. Dans tout le Sahel et la Corne de l’Afrique, les communautés sont en première ligne face à la sécheresse, aux déplacements et à l’instabilité aggravée par le risque climatique. Ce rapport indique clairement une chose : investir dans l’adaptation au climat, c’est investir dans la paix et la sécurité. Soutenir l’Afrique dans son adaptation renforce la stabilité bien au-delà de notre continent. »
Macky Sall, président du GCA et ancien président du Sénégal
« Les preuves sont claires : l’adaptation fonctionne. Elle réduit les risques de conflit, renforce les institutions et protège les acquis de développement durement acquis. Dans les régions fragiles, l’adaptation climatique n’est pas une charité, mais une gestion stratégique des risques. Chaque dollar investi dans la résilience aujourd’hui réduit les coûts de demain. Si nous prenons au sérieux la sécurité mondiale, l’adaptation doit passer des marges au centre de la prise de décision stratégique. Dans les régions en développement sujettes aux conflits comme le Sahel et la Corne de l’Afrique, l’adaptation est un investissement de sécurité évident. »
Patrick V. Verkooijen, président-directeur général du GCA
Le rapport met en garde contre les conséquences d’un sous-investissement dans l’adaptation en Afrique, qui pourrait amplifier les menaces à la sécurité internationale, notamment l’augmentation des déplacements de population, la compétition accrue pour les ressources naturelles, la perturbation des routes commerciales et l’expansion des zones non gouvernées, vulnérables aux groupes extrémistes. Près de 300 millions de personnes dans le monde ont besoin d’une aide humanitaire en raison des conflits et des chocs climatiques, dont plus de 65 millions en Afrique de l’Ouest et centrale.
Des exemples précis illustrent le potentiel de l’adaptation en tant que mesure préventive. En Mauritanie et au Niger, les systèmes communautaires de gestion de l’eau ont permis de réduire les tensions locales. En Somalie, les investissements dans le contrôle des inondations et la gouvernance de l’eau, dans le cadre du programme de stockage hors cours d’eau de Jowhar, ont créé des « couloirs de paix ». Au Kenya, la cogestion des pâturages dans le comté de Laikipia a diminué les vols de bétail. Enfin, les initiatives d’adaptation menées par des femmes et des jeunes au Mali, en Mauritanie et dans le bassin du lac Tchad ont renforcé les moyens de subsistance et limité le recrutement dans les groupes armés.
Le rapport conclut en proposant cinq actions prioritaires : intégrer la gouvernance et la stabilité dans la planification et l’évaluation de l’adaptation ; financer les systèmes locaux de coordination et de gouvernance en parallèle des infrastructures ; intensifier l’adaptation menée au niveau local pour renforcer la cohésion sociale ; investir dans des systèmes régionaux d’alerte précoce et des corridors de résilience transfrontaliers ; et développer de nouveaux outils pour mesurer les bénéfices de l’adaptation en termes de paix et de gouvernance.
À propos du Centre mondial pour l’adaptation : Le Centre mondial pour l’adaptation (GCA) est une organisation internationale qui promeut l’adaptation aux impacts du changement climatique. Il œuvre pour un développement résilient en encourageant des réformes politiques et en influençant les investissements des institutions financières internationales et du secteur privé. Fondée en 2018, le GCA est la première organisation internationale à avoir un double siège, à Rotterdam (Pays-Bas) et à Nairobi (Kenya), soulignant l’importance d’un partenariat équitable entre les régions et la conviction que les solutions d’adaptation climatique doivent être conçues et mises en œuvre conjointement. Ses centres régionaux à Abidjan, Dhaka et Pékin mettent à profit l’expertise locale pour piloter et étendre des approches adaptées à chaque contexte, favorisant ainsi un échange continu de connaissances et de bonnes pratiques pour une croissance inclusive et résiliente à l’échelle mondiale.