Publié le 19 février 2026 18:56:00. L’administration américaine durcit sa politique à l’égard des réfugiés en autorisant l’arrestation et la détention indéfinie de ceux qui n’ont pas obtenu leur carte verte dans les délais, une mesure dénoncée par les organisations de défense des droits comme une violation des engagements légaux et moraux des États-Unis.
- Le ministère de la Sécurité intérieure (DHS) a ordonné aux agents fédéraux de l’immigration d’arrêter les réfugiés n’ayant pas régularisé leur statut avec une carte verte (résidence permanente).
- Cette nouvelle approche annule les pratiques antérieures et pourrait entraîner l’expulsion de dizaines de milliers de personnes ayant fui les persécutions.
- Des associations dénoncent une politique menée en secret, sans concertation, et craignent une « terreur » imposée aux communautés de réfugiés.
Une nouvelle directive du ministère de la Sécurité intérieure américaine (DHS) donne aux agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) et des services de citoyenneté et d’immigration (USCIS) le pouvoir d’arrêter et de détenir indéfiniment les réfugiés qui n’ont pas demandé de changement de statut dans l’année suivant leur arrivée aux États-Unis. Ce changement de politique, révélé par un mémorandum signé par Todd Lyons, directeur par intérim de l’ICE, et Joseph Edlow, directeur de l’USCIS, marque une rupture avec les pratiques antérieures et suscite de vives inquiétudes parmi les défenseurs des droits des migrants.
Selon le DHS, cette mesure vise à renforcer la sécurité nationale et à lutter contre la fraude. Le mémorandum justifie la détention des réfugiés par la nécessité de les « localiser, arrêter et placer en garde à vue » afin de procéder à une réévaluation de leur dossier. Cette initiative intervient dans le cadre d’un procès en cours intenté par plusieurs organisations contre la détention de réfugiés dans le Minnesota, suite à des opérations de l’ICE début janvier où des agents armés ont procédé à des arrestations domiciliaires dans la communauté somalienne de Minneapolis et ont transféré les personnes interpellées vers des centres de détention au Texas. Des témoignages recueillis par les défenseurs des réfugiés font état d’interrogatoires musclés sans accès à un avocat, suivis de libérations sommaires dans les rues du Texas, sans ressources ni papiers d’identité.
Le juge de district John Tunheim a temporairement suspendu ces détentions dans le Minnesota le 28 janvier, en attendant une audience prévue ce jeudi. La note du DHS précise que l’admission d’un réfugié aux États-Unis est conditionnelle et soumise à un examen obligatoire après un an. Cependant, les organisations de défense des réfugiés soulignent que la confusion liée aux procédures, les barrières linguistiques et les changements d’adresse peuvent rendre difficile le respect de ce délai.
Les réfugiés doivent prouver qu’ils ont été persécutés ou qu’ils craignent de l’être dans leur pays d’origine en raison de leur race, religion, nationalité, opinions politiques ou appartenance à un groupe social particulier. Le processus d’obtention du statut de réfugié est long et rigoureux, s’étalant généralement sur plusieurs années. Cette nouvelle politique s’inscrit dans la continuité de la politique migratoire restrictive menée par l’administration Trump, qui a initialement suspendu le programme de réfugiés et annulé des demandes déjà approuvées. L’administration a ensuite rouvert le programme aux agriculteurs blancs sud-africains, arguant qu’ils étaient victimes de persécutions raciales.
En 2024, environ 100 000 réfugiés sont arrivés aux États-Unis. Le plafond d’admission a été abaissé à 7 500 pour 2025, un niveau historiquement bas.
« Ce mémorandum s’inscrit dans une stratégie globale et délibérée visant à priver les réfugiés de leur statut légal et à les rendre expulsables. Cette administration ne reculera devant rien pour terroriser les communautés de réfugiés, et plus largement tous les immigrants, tout en bafouant nos droits constitutionnels. »
Laurie Ball Cooper, vice-présidente des programmes juridiques du Projet international d’assistance aux réfugiés (IRAP)
Le DHS justifie également cette nouvelle approche en soulignant les « échecs » des politiques précédentes concernant les réfugiés admis en provenance de l’hémisphère occidental. Selon l’USCIS, 10 % des 31 000 réfugiés admis entre 2021 et 2024 en provenance d’Équateur, du Salvador, du Guatemala, du Honduras et du Venezuela ont présenté des signes de problèmes de sécurité, notamment des liens avec des gangs, et seulement 47 % des dossiers contenaient des preuves solides d’un risque pour la sécurité.
Les organisations de défense des réfugiés mettent en garde contre les conséquences désastreuses de cette nouvelle politique.
« Ce mémorandum a été élaboré en secret, sans aucune concertation avec les organisations qui travaillent auprès des réfugiés. C’est une trahison de nos valeurs et de nos obligations légales, et cela causera des dommages immenses. »
Beth Oppenheim, directrice exécutive de HIAS
Elles exigent l’abrogation immédiate de cette mesure.