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L’ASEAN mène la réponse à la menace de désordre économique mondial

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Publié le 2025-10-29 15:28:00. Face à la montée du protectionnisme mondial, la Malaisie et l’ASEAN démontrent un leadership stratégique en vue du Partenariat économique régional global (RCEP), tout en naviguant les pressions américaines et les risques pour la stabilité économique.

  • L’ASEAN, par le biais d’une action coordonnée et d’une stratégie claire, résiste aux mesures protectionnistes tout en renforçant sa coopération interne.
  • La mise en œuvre du RCEP est présentée comme un outil essentiel pour stabiliser le commerce régional et mondial face à la menace des tarifs douaniers.
  • La coordination entre les politiques économiques et étrangères de l’ASEAN est jugée cruciale pour relever les défis actuels, un principe mis en avant par la Malaisie.

Alors que le spectre du protectionnisme plane sur l’économie mondiale, la Malaisie, à la tête de l’ASEAN, orchestre une réponse exemplaire. La convocation d’une réunion des dirigeants pour le Partenariat économique régional global (RCEP) le 27 octobre 2025 marque une étape clé dans cette stratégie visant à préserver la prospérité et la sécurité régionales et mondiales.

Cette démarche intervient dans un contexte tendu, marqué par les tarifs douaniers imposés par les États-Unis le 2 avril 2025, qualifiés de « Jour de la Libération ». Ces mesures pénalisent de manière disproportionnée les membres de l’ASEAN et assombrissent les perspectives économiques globales. Des pays comme la Malaisie ont fait l’objet de pressions pour signer des accords bilatéraux, tel que l’accord sur les tarifs réciproques initié par le président américain, susceptibles de saper les principes fondamentaux de coopération et de traitement de la nation la plus favorisée qui sous-tendent l’ASEAN et l’ordre économique international.

Cependant, l’ASEAN, grâce à ses institutions et à une reconnaissance claire des menaces qui pèsent sur sa sécurité économique et politique, a su adopter une stratégie proactive. Plutôt que de céder à la tentation des représailles, les principaux acteurs économiques de l’ASEAN ont opté pour une réponse coordonnée et mesurée, choisissant d’approfondir leurs réformes et d’accroître leur ouverture. Cette approche s’est manifestée dès février 2025 avec la création d’un groupe de travail géoéconomique, coprésidé par l’Indonésie et la Malaisie, destiné à suivre l’évolution de la situation et à harmoniser les réponses collectives face à la détérioration de l’environnement économique.

Le 10 avril, les ministres de l’économie de l’ASEAN ont publiquement dénoncé les tarifs américains et réaffirmé leur engagement envers un système commercial multilatéral régi par des règles et centré sur l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Cette prise de position souligne une conscience aigüe de l’interdépendance entre les sphères économique et sécuritaire. Comme l’a souligné le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim le 9 juillet, lors de la 58e réunion des ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN, un alignement plus étroit entre les réponses de politique étrangère et économique est indispensable, car « les défis auxquels nous sommes confrontés ne respectent pas les fiefs bureaucratiques. Nos réponses non plus ». Une coordination explicite entre les piliers économique et sécuritaire politique de l’ASEAN est désormais à l’ordre du jour.

Les institutions et le leadership politique de l’ASEAN ont une nouvelle fois prouvé leur capacité à agir de manière décisive en temps de crise. La réponse de l’ASEAN, menée notamment par la Malaisie et l’Indonésie, est motivée par une compréhension claire des enjeux : les ambitions de développement, la prospérité et la sécurité politique de la région. Des estimations indiquent que les tarifs « Jour de la Libération » pourraient réduire le PIB de l’Asie du Sud-Est de 2,3 % et l’emploi de 5,9 %. Une escalade de la guerre commerciale, avec une augmentation des droits de douane de 15 %, aurait des conséquences désastreuses, diminuant le PIB de 11,1 % et l’emploi de 25 %, portant un coup sévère à une région dont le développement dépend de son intégration dans l’économie mondiale.

Dans ce contexte, le maintien d’une ASEAN ouverte et engagée en faveur du multilatéralisme agit comme un stabilisateur pour le système commercial mondial. Cela renforce également des efforts régionaux plus larges visant à maintenir l’ouverture de l’Asie du Nord-Est, notamment dans le cadre du RCEP. Ce dernier, représentant environ 30 % du PIB mondial, est perçu comme une force potentiellement stabilisatrice majeure si ses engagements sont pleinement mis en œuvre.

La modélisation suggère que si les économies du RCEP respectent leurs engagements et résistent aux représailles, elles pourraient connaître une croissance du PIB de 1,9 % et de l’emploi de 2,1 %, même en cas de contagion tarifaire mondiale. Cela représente une différence substantielle par rapport à une chute de 11,1 % du PIB en cas de participation à la contagion ou de maintien du protectionnisme. La mise en œuvre du RCEP et l’approfondissement de l’intégration régionale offrent donc une alternative prometteuse.

Le RCEP permet à l’ASEAN de défendre ses intérêts multilatéraux à travers sa plateforme politique, favorisant ainsi un commerce régional ouvert et en croissance. C’est dans cette optique que la Malaisie et l’Indonésie ont pris l’initiative de convoquer la première réunion des dirigeants du RCEP depuis l’entrée en vigueur de l’accord. Les principes de neutralité stratégique et de multilatéralisme de l’ASEAN peuvent également guider les négociations avec les États-Unis, afin d’éviter les concessions discriminatoires qui pourraient exacerber la fragmentation mondiale.

La participation du président Trump au sommet de l’Asie de l’Est était conditionnée à la signature d’accords commerciaux réciproques. Si la Malaisie et le Cambodge ont signé, et la Thaïlande accepté un accord-cadre, ces accords bilatéraux risquent de compromettre les progrès réalisés par l’ASEAN et de freiner la coopération régionale. Un accord explicite entre les membres de l’ASEAN et leurs partenaires pour éviter les politiques du chacun pour soi est donc essentiel.

L’ASEAN a beaucoup à perdre face au régime tarifaire du « Jour de la Libération ». Maintenir ses économies ouvertes et engagées envers le multilatéralisme est une stratégie clé pour ancrer les résultats de la coopération régionale. Les bénéfices des réformes du RCEP, bien que nécessitant du temps, enverront un signal fort au reste du monde et renforceront la confiance.

La convocation d’un sommet des dirigeants du RCEP envoie justement ce signal. C’est une opportunité de définir une direction stratégique pour la région et d’affirmer le rôle du RCEP comme plateforme de coordination pour la protection du système commercial multilatéral. Les grands accords régionaux comme le RCEP pourraient également travailler de concert avec l’Union européenne, non pas en fusionnant les accords, mais en cherchant à établir un consensus pour une convergence et un soutien à une action multilatérale renforcée, cruciale pour un monde qui a désespérément besoin d’un ordre économique fondé sur des règles pour éviter de sombrer dans une logique de rapports de force.

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