Publié le 2025-11-05 14:00:00. Le cancer du larynx, bien que moins médiatisé que d’autres formes, révèle une dynamique épidémiologique complexe, marquée par une augmentation des cas et une répartition géographique inégale. Les avancées scientifiques explorent désormais son lien potentiel avec des éléments rétroviraux endogènes.
- L’incidence mondiale du cancer du larynx a connu une hausse significative entre 1990 et 2021, atteignant plus de 200 000 cas.
- Ce cancer touche davantage les hommes et est particulièrement prévalent dans les régions défavorisées, souvent liées à des facteurs de risque comme le tabagisme et la consommation d’alcool.
- De nouvelles recherches s’intéressent au rôle potentiel des rétrovirus endogènes humains (HERV) dans le développement de ce cancer.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le cancer du larynx, qui se classait en 2022 au 20ème rang des cancers les plus fréquents au niveau mondial, voit son incidence augmenter. Entre 1990 et 2021, le nombre de cas est passé de 125 175 à 208 083. Chez les hommes, cette pathologie occupe le 14ème rang des cancers les plus communs, une prévalence que les experts attribuent en grande partie à une consommation accrue d’alcool et au tabagisme.
L’Observatoire mondial du cancer, piloté par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), met en lumière une répartition géographique frappante. L’incidence et la mortalité liées au cancer du larynx sont particulièrement élevées dans les zones à faible statut socio-économique, notamment en Europe de l’Est, en Amérique du Sud et en Asie du Sud. Cette corrélation suggère que les facteurs de risque comportementaux, tels que le tabagisme et la consommation d’alcool, y sont plus marqués, augmentant ainsi le risque de développer cette forme de cancer. D’autres facteurs de risque viennent s’ajouter à ce tableau, tels qu’une alimentation déséquilibrée, des conditions de santé chroniques comme l’hypertension, et l’infection par le virus du papillome humain (VPH), ce dernier étant de plus en plus associé aux cancers de l’oropharynx, y compris dans les pays développés.
Le développement du cancer du larynx est un processus complexe, résultant de l’accumulation de mutations génétiques et d’altérations chromosomiques. Les chercheurs ont identifié des modifications fréquentes dans certaines régions des chromosomes (3p, 9p, 17p), qui semblent liées à la progression tumorale. Les gènes suppresseurs de tumeurs, tels que RB1 et CDKN2A, essentiels au contrôle du cycle cellulaire, sont souvent mutés. Cette dérégulation conduit à une prolifération cellulaire incontrôlée, un mécanisme clé dans l’apparition du cancer du larynx.
Plus récemment, l’attention scientifique se tourne vers les rétrovirus endogènes humains (HERV). Vestiges d’anciennes infections virales intégrées dans notre ADN, ces éléments, qui constituent environ 8 % de notre génome, étaient longtemps considérés comme des « déchets » génétiques. Cependant, des recherches suggèrent désormais leur implication dans divers processus biologiques, y compris le développement de cancers. L’activation des HERV pourrait, par exemple, agir comme des « interrupteurs » pour des oncogènes, favorisant ainsi la croissance tumorale. Des études sur d’autres cancers, comme le cancer colorectal, ont montré comment certains éléments HERV peuvent réguler l’expression de gènes impliqués dans la réponse aux dommages de l’ADN ou dans les mécanismes d’autophagie. Bien que les mécanismes précis soient encore à élucider, l’activation des HERV semble impliquer des modifications épigénétiques et la modulation de voies de signalisation cellulaires spécifiques. Ces éléments viraux endogènes jouent un rôle ambivalent : ils peuvent contribuer à l’oncogenèse tout en stimulant la réponse immunitaire innée, un paradoxe qui nécessite des investigations approfondies.
Parmi les nombreuses familles HERV, le HERV-K (et plus particulièrement son sous-groupe HML-2) est le plus récemment actif, avec des intégrations datant de moins de 5 millions d’années. L’expression de ses protéines a été observée dans des maladies comme la sclérose latérale amyotrophique (SLA) et divers types de cancers. Une autre famille, HERV-H, intégrée il y a environ 35 millions d’années, se distingue par une activité transcriptionnelle élevée dans les cellules souches. Ces HERV codent pour des protéines structurelles (Gag, Pol, Env) et accessoires (Rec, Np9 pour HERV-K). La protéine Rec agit de manière similaire à Rev du VIH-1, pouvant interagir avec des gènes suppresseurs de tumeurs et induire une carcinogenèse. Quant à Np9, elle interagit avec des facteurs de transcription et des proto-oncogènes, amplifiant ainsi les voies de signalisation oncogènes. Les protéines Env, Np9 et Rec du HERV-K ont démontré leur capacité à favoriser la croissance, la survie et l’invasion des cellules tumorales dans plusieurs cancers (sein, mélanome, prostate, etc.). En théorie, une expression accrue du gène pol du HERV-H pourrait amplifier les phénomènes de rétrotranscription et d’intégration, contribuant à l’instabilité génomique, une caractéristique de la progression cancéreuse.
À ce jour, peu de recherches se sont spécifiquement penchées sur le rôle de HERV-K ou HERV-H dans le cancer du larynx. Néanmoins, des études sur les carcinomes épidermoïdes de la tête et du cou, qui englobent le cancer du larynx, ont déjà mis en évidence des différences d’expression des locus HERV entre les tissus tumoraux et sains. Ces observations suggèrent que l’activation des HERV et leurs conséquences sur la régulation génique, la réponse immunitaire et la signalisation oncogène pourraient bien jouer un rôle dans le développement du cancer du larynx, à l’instar de ce qui est observé pour d’autres cancers. C’est dans ce contexte que la présente recherche vise à évaluer l’expression différentielle des gènes HERV-K (Env, Np9, Rec) et HERV-H (pol) dans des échantillons de carcinome épidermoïde du larynx (LSCC) comparativement à des polypes laryngés.