Publié le 2024-02-29 14:35:00. Une étude clinique menée au Royaume-Uni n’a pas démontré que l’azathioprine, un immunosuppresseur, ralentisse la progression de la maladie de Parkinson à un stade précoce, bien que des signaux encourageants aient été observés chez les femmes participant à l’essai.
- L’azathioprine n’a pas eu d’effet significatif sur la marche ou la posture des patients atteints de la maladie de Parkinson au début de son développement.
- Des analyses plus approfondies suggèrent un potentiel bénéfice du traitement sur certains symptômes moteurs, particulièrement chez les femmes.
- Il s’agit de la première étude contrôlée randomisée évaluant un immunosuppresseur à large spectre dans le traitement de la maladie de Parkinson.
Les chercheurs ont exploré l’hypothèse que la maladie de Parkinson, au-delà de ses manifestations neurologiques, est associée à des anomalies du système immunitaire. Des études antérieures ont identifié des modifications dans différentes cellules immunitaires chez les personnes atteintes de cette maladie, mais il n’y avait pas de consensus sur le rôle précis de ces cellules ou sur la meilleure façon de les cibler thérapeutiquement. L’azathioprine, un médicament couramment utilisé pour supprimer l’activité du système immunitaire dans d’autres affections, a été choisie pour ses effets sur les globules blancs, sa facilité d’administration orale, son faible coût et son profil de sécurité bien établi.
L’essai clinique, de type validation de concept (phase 2), a été mené auprès de 78 patients récemment diagnostiqués avec la maladie de Parkinson (dans les trois ans suivant le diagnostic) et recrutés dans un centre spécialisé à Cambridge, au Royaume-Uni. Les participants ont été répartis aléatoirement pour recevoir soit de l’azathioprine (2 mg/kg par jour), soit un placebo pendant 12 mois. Le critère principal d’évaluation était l’évolution de la marche axiale, mesurée à l’aide de l’échelle MDS-UPDRS (Movement Disorder Society – Unified Parkinson’s Disease Rating Scale), sans l’utilisation de médicaments.
Les résultats, publiés dans The Lancet Neurology, n’ont pas révélé d’amélioration significative dans le groupe azathioprine par rapport au groupe placebo. La variation moyenne du score de marche axiale était de 0,54 point (écart type 2,43) dans le groupe azathioprine, contre 0,13 point (écart type 2,09) dans le groupe placebo (taille de l’effet : 0,44 ; intervalle de confiance à 95 % : -0,69 à 1,57 ; P = 0,78). Le traitement a été généralement bien toléré, avec un nombre similaire d’effets indésirables dans les deux groupes (159 événements dans le groupe azathioprine contre 156 dans le groupe placebo). Cependant, les événements indésirables graves ont été plus fréquents chez les patients recevant de l’azathioprine (24 %) que dans le groupe placebo (12 %). Les infections (61 % contre 76 %) et les troubles gastro-intestinaux (58 % contre 50 %) ont été les effets indésirables les plus courants.
Malgré l’absence d’amélioration significative du critère principal, des analyses exploratoires ont révélé des effets potentiels de l’azathioprine sur les biomarqueurs immunitaires, tant périphériques que centraux. De manière notable, ces effets semblaient plus prononcés chez les participantes. Les femmes traitées par azathioprine ont montré des améliorations plus importantes dans les scores moteurs rapportés par les patients, ainsi que dans les scores globaux de la maladie de Parkinson (MDS-UPDRS partie II et score total à 6 et 12 mois, et questionnaire sur la maladie de Parkinson – 39 à 12 mois).
« Il s’agit du premier essai contrôlé randomisé portant sur un immunosuppresseur périphérique à large action dans la maladie de Parkinson. »
Investigateur principal
Les chercheurs soulignent que ces résultats préliminaires justifient la poursuite des recherches sur la modulation du système immunitaire dans la maladie de Parkinson. Ils suggèrent que d’autres médicaments immunomodulateurs et anti-inflammatoires, ciblant des mécanismes d’action différents, pourraient être prometteurs. Ils insistent également sur la nécessité d’explorer les différences potentielles de réponse au traitement entre les hommes et les femmes, et de tenir compte du sexe dans la conception des futurs essais cliniques.