Publié le 19 février 2026 10h00. L’obésité, souvent perçue comme un manque de volonté, serait en réalité largement déterminée par le cerveau et la génétique, selon les recherches d’un neuroendocrinologue de l’université de Cambridge.
- Le neuroendocrinologue Giles Yeo affirme que l’obésité doit être considérée comme une maladie cérébrale, et non comme un simple problème de discipline personnelle.
- Des signaux biologiques complexes influencent notre comportement alimentaire et rendent la perte de poids difficile pour certaines personnes.
- L’Organisation Mondiale de la Santé reconnaît l’obésité comme une maladie, définissant l’excès de graisse comme problématique lorsqu’il affecte la santé.
La lutte contre la prise de poids est traditionnellement abordée sous l’angle de la discipline et des choix individuels. Cependant, de nouvelles recherches menées par des laboratoires de l’université de Cambridge suggèrent que le cerveau et la génétique jouent un rôle bien plus important que ce que l’on pensait dans la régulation de l’appétit et du stockage de l’énergie.
Le neuroendocrinologue britannique Giles Yeo, fort de plus de trente années d’étude de l’obésité, soutient que réduire ce problème à une simple question de volonté est une simplification excessive. Il estime que l’obésité est une maladie à part entière, une maladie du cerveau, comme il l’a expliqué dans une interview publiée par The Times.
« Je considère l’obésité comme une maladie, une maladie cérébrale. »
Giles Yeo, neuroendocrinologue
Cette perspective rejoint celle de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui classe l’obésité parmi les maladies. L’OMS définit l’obésité comme un excès de graisse qui commence à affecter la santé.
Le travail de Giles Yeo se concentre sur la manière dont le cerveau interprète les informations énergétiques provenant du corps. Pour réguler la consommation alimentaire, le cerveau a besoin de données précises sur les réserves de graisse et sur ce qui est consommé à chaque repas. Ces informations lui parviennent par deux voies : des signaux à court terme provenant de l’intestin et des signaux à long terme provenant du tissu adipeux. Le cerveau intègre ces informations et influence ensuite nos choix alimentaires.
Le neuroendocrinologue souligne que toutes les personnes en surpoids ne développent pas d’altérations métaboliques, tandis que certaines personnes d’apparence mince peuvent souffrir de diabète de type 2. Tout dépend, selon lui, de la quantité de graisse que chaque individu peut stocker en toute sécurité.
Un déséquilibre peut survenir lorsque la perception du corps ne correspond pas à la réalité physiologique. Par exemple, si une personne accumule 20 kilos de graisse, mais que son cerveau n’en détecte que 18, une impulsion est générée pour manger davantage afin d’atteindre le niveau considéré comme adéquat. Ce désalignement peut entraîner une prise de poids supplémentaire.
Des phénomènes similaires se produisent lorsque la perception calorique après un repas est inférieure à la quantité réellement ingérée, ce qui explique pourquoi deux personnes consommant la même chose peuvent ressentir des niveaux de satiété différents.
Les recherches de Giles Yeo portent également sur les médicaments à base de GLP-1, qui modifient les signaux intestinaux liés à la faim et à la satiété. Il a déclaré avoir encouragé son fils de 24 ans à suivre ce type de traitement après avoir pris près de 23 kilos à l’université.
Il a toutefois souligné l’importance d’accompagner la médication de changements durables dans le mode de vie. Il a mis en garde contre l’utilisation isolée de ces médicaments, affirmant qu’une simple injection ne suffit pas à améliorer la santé.
Il a également ajouté que la perte de poids n’implique pas nécessairement une amélioration globale si le régime alimentaire n’est pas adapté. L’exercice physique, quant à lui, devient crucial une fois le poids réduit, car il facilite le mouvement et aide à maintenir les résultats.
Un autre concept clé dans son analyse est ce qu’il appelle la « plage de poids établie », un intervalle dans lequel le corps a tendance à se stabiliser. Selon lui, chaque individu possède une fourchette de poids avec laquelle il se sent relativement à l’aise. Lorsque le poids descend en dessous de ce seuil, le cerveau active des mécanismes de défense : il augmente l’appétit et ralentit le métabolisme.
« Dès que cela se produit, votre cerveau commence à vous donner faim et ralentit votre métabolisme. Cela vous ramène immédiatement à ce poids. »
Giles Yeo, neuroendocrinologue
Ce phénomène permet de comprendre pourquoi maintenir une perte de poids est plus complexe que d’en perdre initialement.
Sur le plan nutritionnel, Giles Yeo recommande une consommation modérée de protéines. Il rappelle que, contrairement aux graisses et aux glucides, il n’existe pas de réserve inactive de protéines dans notre corps. Toutes les protéines de notre organisme sont actives. Un excès de protéines se transforme en graisse et nécessite l’élimination de l’azote par les reins, ce qui peut les surcharger. Pour la plupart des adultes, il estime que le ratio approprié se situe autour de 16 % de l’apport énergétique quotidien.
Les fibres alimentaires occupent également une place importante dans ses recommandations. En ralentissant la digestion, elles prolongent la sensation de satiété. Plus d’informations sur l’obésité.
« Plus quelque chose met de temps à être digéré, plus il se déplace dans l’intestin, et plus il se déplace dans l’intestin, plus vous vous sentirez rassasié. »
Giles Yeo, neuroendocrinologue
Les déclarations de ce spécialiste, rapportées par The Times, replacent le débat sur le poids corporel dans le domaine de la biologie et des signaux cérébraux, où la génétique et la régulation interne conditionnent le comportement alimentaire bien au-delà de la simple volonté individuelle.