Ora Washington a marqué l’histoire du sport américain en dominant simultanément le tennis et le basketball durant les premières décennies du XXe siècle, bien que son talent soit longtemps resté occulté par les préjugés raciaux de l’époque.
Surnommée « Queen Ora » ou la « Reine des deux terrains » par la presse noire, l’athlète a établi un palmarès exceptionnel dans les années 1930. Au tennis, elle a remporté huit des neuf titres nationaux simples dames de l’American Tennis Association (ATA) entre 1929 et 1937. Sa supériorité était telle que le journal Chicago Defender affirmait, après son troisième titre consécutif, ne pas se souvenir qu’elle ait jamais perdu un set.
Parallèlement, Washington a exercé une domination similaire sur les parquets. Elle a conduit deux équipes — les Germantown Hornets et les Philadelphia Tribune Girls — à remporter 11 championnats du monde consécutifs pour femmes de couleur (Colored Women’s World Championships). Au sein de la formation des Tribune, elle cumulait les rôles de pivot, meilleure marqueuse et entraîneure.
« la première femme noire à dominer un sport »
Arthur Ashe
Malgré ces exploits, la reconnaissance officielle a été entravée par l’ignorance et le racisme systémique. Alors que la presse afro-américaine documentait ses succès, les médias blancs l’ignoraient totalement. Arthur Ashe a d’ailleurs souligné dans un commentaire publié en 1988 que le monde sportif avait manqué l’occasion de découvrir une femme qui était peut-être la meilleure athlète de tous les temps.
Le parcours d’Ora Washington s’inscrit dans le contexte de la Grande Migration. Née vers 1898 ou 1899 dans la communauté agricole de File, dans le comté de Caroline en Virginie, elle a grandi au sein d’une famille de propriétaires terriens. Vers le milieu des années 1910, elle a rejoint sa tante installée à Germantown, dans le quartier de Philadelphie, pour chercher de meilleures opportunités économiques.
L’oubli entourant sa carrière a conduit à une situation tragique en mars 1976. Lors d’une cérémonie du Black Athletes Hall of Fame à New York, une chaise vide a été installée sur scène pour honorer Washington, les organisateurs n’ayant pas réussi à la localiser pour lui remettre ses prix. En réalité, l’athlète était décédée cinq ans plus tôt, le 21 décembre 1971.
C’est seulement bien plus tard que son héritage a été pleinement intégré aux institutions sportives. Ora Washington a été intronisée au Women’s Basketball Hall of Fame en 2009, puis au Naismith Memorial Basketball Hall of Fame en 2018.