Publié le 2025-11-06 17:43:00. Les communautés urbaines, en première ligne des crises climatiques et du logement, réclament une action concertée des gouvernements nationaux pour faire face à leurs vulnérabilités croissantes et aux inégalités. Des exemples concrets montrent comment des partenariats inclusifs peuvent transformer les villes.
- Plus de 1,1 milliard de citadins vivent dans des quartiers précaires, exposés aux impacts du changement climatique.
- Le secteur informel urbain, vital pour l’emploi dans le Sud, est souvent exclu des plans climatiques nationaux.
- L’implication des communautés et des villes est essentielle pour une adaptation climatique juste et efficace.
Les récentes inondations au Kenya, qui ont ravagé les quartiers les plus pauvres de Nairobi, illustrent la vulnérabilité extrême des populations vivant dans des habitations précaires. Ces événements tragiques, survenus l’an dernier dans une ville où plus de 3 millions d’habitants résident dans des logements fragiles en bois, tôle et béton, souvent situés en zones inondables, soulignent l’urgence d’agir. Les crises mondiales du logement et du climat sont indissociables, engendrant des catastrophes et redessinant le paysage urbain à l’échelle planétaire, des inondations dévastatrices au Mexique aux vagues de chaleur record en Inde.
Les villes, pôles d’innovation et moteurs de l’économie mondiale (80 % du PIB mondial actuel et près des deux tiers de la population d’ici 2050), se retrouvent en première ligne face aux aléas climatiques. Pourtant, elles ne peuvent résoudre seules ces défis complexes. Un constat s’impose : la collaboration entre gouvernements nationaux et villes est indispensable pour aborder simultanément les crises du logement et du climat. Le manque de logements décents dans des zones à haut risque, conjugué à un accès limité aux services de base, crée un cercle vicieux aux répercussions économiques majeures, tant au niveau urbain que national.
Certains pays comme le Brésil, la Colombie et l’Indonésie ont déjà reconnu le rôle de premier plan que les villes peuvent jouer dans la lutte contre le changement climatique. La prochaine COP30, qui se tiendra au Brésil, représente une opportunité majeure pour réinventer le leadership urbain et engager des actions audacieuses et inclusives. En agissant ainsi, les nations peuvent libérer le potentiel des villes comme moteurs d’une croissance économique résiliente au climat.
Dans les pays à faible revenu, plus de 60 % des citadins, soit plus de 1,1 milliard de personnes, résident dans des quartiers informels, tels que des bidonvilles. Ces populations, privées de logements résilients et d’infrastructures adéquates, sont particulièrement exposées aux impacts du changement climatique. Le secteur informel, souvent négligé, constitue pourtant le pilier de nombreuses économies urbaines, représentant entre 50 % et 80 % de l’emploi dans le Sud. Ces entreprises et services, comme les opérateurs de minibus ou les distributeurs d’eau, comblent les lacunes des services municipaux formels.
Face aux vagues de chaleur, glissements de terrain et inondations, ces quartiers sont souvent à l’avant-garde de la résilience, développant des innovations ingénieuses. À Kibera, Nairobi, des espaces publics gérés par la communauté servent de centres de secours, gèrent les crues et fournissent des services essentiels. Cependant, ces initiatives locales sont rarement intégrées dans les plans climatiques nationaux. Seulement 16 pays ont mentionné les établissements informels dans leurs précédentes contributions déterminées au niveau national (CDN).
À l’approche des nouvelles CDN, les pays doivent définir des objectifs et des ressources spécifiques pour améliorer ces quartiers, en garantissant des logements décents, la sécurité foncière, l’accès aux services de base et la création d’emplois. Ces actions permettront de réduire la pauvreté et les inégalités, tout en renforçant la sécurité des populations face aux catastrophes climatiques.
L’implication des communautés dans les plans climatiques nationaux peut débloquer des financements supplémentaires pour des priorités locales. La Coalition pour des partenariats multi-niveaux à haute ambition (CHAMP) a vu le gouvernement kényan collaborer avec les régions sur son dernier plan climatique, priorisant la lutte contre les inondations dans les quartiers informels. Un mécanisme a été mis en place pour canaliser les ressources d’adaptation climatique vers les communautés vulnérables. 77 pays se sont désormais engagés dans cette voie.
Les Nations Unies ont un rôle crucial à jouer en mettant l’accent sur l’action urbaine et les établissements informels dans les futurs bilans mondiaux, afin d’inciter les gouvernements nationaux à combler le fossé de l’équité urbaine. La table ronde ministérielle sur le logement et les établissements informels, prévue lors de la COP30, constitue une étape clé pour orienter les ressources vers ce domaine négligé.
Une fois ces fondations établies, les villes seront mieux armées pour renforcer leur résilience climatique tout en soutenant les millions de personnes qui contribuent à leurs économies. En collaboration avec les associations de quartiers, elles pourront améliorer la qualité des logements et les moyens de subsistance, en partenariat avec les gouvernements nationaux.
La ville d’Iloilo, aux Philippines, offre un exemple concret. Suite au typhon Fengshen, le gouvernement local et des ONG ont collaboré pour fournir des terrains, organiser des groupes d’épargne et financer de nouveaux projets de logement. Près des deux tiers des familles pauvres ont bénéficié de logements améliorés sans expulsion forcée. Des projets similaires ont depuis émergé dans une douzaine de villes philippines.
Le Brésil, hôte de la COP30 et confronté à plus de 16 millions de personnes vivant dans des quartiers informels, propose également un modèle. Son nouveau programme fédéral « Périphéries vivantes » offre financement et assistance technique pour l’amélioration des établissements informels. Le plan climatique du Brésil s’engage explicitement en faveur du « fédéralisme climatique » et de la réponse aux besoins climatiques des villes.
La voie vers une action climatique bénéfique pour les populations et la planète passe par nos villes. Les nations doivent prioriser des logements décents et sûrs pour les communautés qui font fonctionner les économies urbaines.