Les usagers du pont Richmond-San Rafael s’apprêtent à vivre un changement significatif dans leurs trajets quotidiens dès la semaine prochaine. Après près de six ans d’indisponibilité, la voie cyclable et piétonne aménagée sur l’accotement droit du tablier supérieur en direction ouest sera temporairement fermée pour les besoins du trafic automobile.
À partir du lundi matin, la barrière mobile qui protège cette piste sera repoussée, rouvrant ainsi l’accotement comme voie d’urgence et de dépannage pour les véhicules. L’accès au chemin sera toutefois rétabli pour les cyclistes et piétons durant les week-ends.
Ce projet pilote, mené par Caltrans et la Metropolitan Transportation Commission-Bay Area Toll Authority (MTC), vise à améliorer la fluidité du trafic en cas d’incident. « Nous attendons ce changement avec impatience », a déclaré Rollie Katz, directeur exécutif de la Marin Association of Public Employees. Il a rappelé qu’un récent incident de panne sur le pont avait considérablement rallongé les trajets, certains membres du syndicat voyant leur temps de parcours passer d’une heure à plus de deux. « Si cela se reproduit à l’avenir, les équipes d’urgence pourront déplacer le véhicule en panne sur l’accotement et éviter ces embouteillages », a-t-il ajouté. Actuellement, les véhicules d’urgence doivent se faufiler dans la circulation, une situation qui rendra les interventions plus rapides.
Cette décision fait suite à une session de six heures tenue en août dernier par la Commission pour la conservation et le développement de la baie de San Francisco (BCDC). Celle-ci a approuvé un projet visant à réduire l’accès au chemin du pont, dans le cadre de l’étude d’une potentielle voie de covoiturage sur la travée. Cette approbation met un terme à un débat pluriannuel concernant le devenir de ce chemin, initialement lancé comme projet d’essai de quatre ans en novembre 2019.
« Après avoir reçu l’approbation du permis de la BCDC, la MTC a agi rapidement pour mettre en place ces changements cet automne », a commenté Stephanie Moulton-Peters, superviseure du comté de Marin et vice-présidente de la MTC. Elle a également souligné la collaboration avec la communauté cycliste pour adapter le système de navette et de remorquage aux différents usagers et types de vélos, se réjouissant du lancement de ce projet pilote le 27 octobre.
Dans le cadre de ce projet pilote dit « modifié », les équipes devront déplacer la barrière deux fois par semaine pour permettre un accès partiel à la piste durant les week-ends. La MTC estime que cette opération de déplacement de la barrière, qui coûte actuellement environ 500 000 dollars par an, verra ses dépenses annuelles doubler avec le nouveau calendrier.
La piste sera fermée du dimanche soir à 23h jusqu’au jeudi après-midi à 14h, moment où la barrière sera déplacée pour rétablir l’accès d’urgence sur l’accotement. L’accès sera ensuite garanti pour le reste de la semaine. Le chemin sera également accessible certains jours fériés pendant la durée de l’essai de trois ans, notamment le Memorial Day, le Jour de l’Indépendance (si célébré un lundi), la Fête du Travail, la semaine de Thanksgiving (du mercredi après-midi au dimanche soir), ainsi que la période de Noël au Nouvel An.
Des panneaux signalant les nouveaux horaires ont été installés aux abords du pont pour informer les cyclistes et piétons.
Les jours de fermeture de la piste, une navette gratuite avec remorque pour vélos sera mise en service de 6h à 20h. Le point de départ et d’arrivée pour l’East Bay se situera au terminus des bus AC Transit sur Tewksbury Avenue, dans le quartier de Point Richmond. Côté Marin, l’arrêt sera situé au parking Vista Point, près de l’intersection de Francisco Street East et Main Street à San Rafael.
Malgré ces aménagements, la Marin County Bicycle Coalition (MCBC) exprime sa déception quant à l’approbation de la BCDC, estimant que cette décision « réduit l’accès aux zones côtières et va à l’encontre de la mission de l’agence », selon Warren Wells, directeur des politiques et de la planification de l’organisation. « Une navette ne remplace pas les 6,5 kilomètres de sentier riverain, et nous nous attendons à ce que moins de personnes utilisent la navette que le sentier actuel », a-t-il précisé. Néanmoins, la MCBC collabore étroitement avec la MTC pour s’assurer que le service réponde aux besoins du plus grand nombre, y compris ceux dont les vélos ne rentrent pas dans la remorque.
Parmi les conditions d’approbation de la BCDC figure la recommandation d’utiliser 10 millions de dollars issus des péages du pont, provenant de la Mesure Régionale 3, pour des projets visant à améliorer la connectivité des vélos et des piétons entre Richmond et le pont. Caltrans et la MTC ne peuvent toutefois garantir ce financement avant que Richmond ne finalise la planification et la documentation environnementale du projet.
Une autre condition stipule que les agences devront étudier l’impact du projet pilote sur la sécurité, la circulation sur le pont et les communautés vulnérables. Au terme de trois ans, Caltrans et la MTC devront présenter leurs conclusions et une proposition de plan à long terme à la BCDC, avec pour objectif l’instauration d’une voie de covoiturage et de transport en commun à temps partiel.
« Nous espérons qu’il ne faudra pas trois ans pour déterminer si cela est réalisable », a confié Katz, pour qui une telle issue représenterait un « grand soulagement ».
L’Autorité des transports de Marin (Transportation Authority of Marin) avait déjà étudié la possibilité d’ajouter une troisième voie pour véhicules sur le pont. Cette étude révélait un coût de 70 à 90 millions de dollars pour des améliorations adaptées à un tel changement, auxquels s’ajouteraient 220 millions de dollars supplémentaires pour créer un connecteur entre l’Interstate 580 et l’autoroute 101 en direction ouest, capable de gérer le trafic additionnel.
« À l’époque, nous n’envisagions pas une voie réservée aux bus et au covoiturage à temps partiel », a précisé Anne Richman, directrice exécutive de la Transportation Authority of Marin. « Nous visions simplement une troisième voie de circulation, les configurations pourraient donc différer entre ces deux options. » Mme Richman a indiqué que son agence suivrait attentivement l’évolution du projet, « surtout pour voir si un bon équilibre est trouvé entre les différents utilisateurs du pont ».