Publié le 9 février 2024 15h00. L’éblouissement causé par les phares à diodes (LED) de plus en plus puissants suscite des inquiétudes croissantes en Colombie-Britannique, où des municipalités demandent une révision des normes de sécurité routière afin de protéger les conducteurs.
- Des villes comme Victoria et Vancouver ont adopté des motions demandant à Transports Canada de revoir les normes de luminosité des phares et la hauteur des camions.
- Une automobiliste de Saanich a évité une collision frontale, mais a endommagé sa voiture en heurtant un rocher à cause de l’éblouissement des phares d’un véhicule venant en sens inverse.
- Des experts soulignent que l’« éblouissement inconfortable » peut affecter la sécurité routière même sans aveugler complètement le conducteur.
Michelle Desreux rentrait chez elle depuis une soirée chez des amis à Saanich, en Colombie-Britannique, fin décembre dernier. Alors qu’elle abordait une côte sur une route non éclairée, un faisceau lumineux intense provenant d’un camion venant en sens inverse l’a aveuglée. La conductrice de 70 ans peine à décrire ce qu’elle a vu : ni la route devant elle, ni la position exacte du véhicule qui approchait.
« J’essayais d’éviter une collision et j’ai fini par heurter un rocher », raconte-t-elle. Sa BMW argentée de 2009 a échappé de peu au camion, mais a violemment percuté un rocher au bord de la route, invisible dans l’obscurité. Un mécanicien lui a ensuite confirmé que deux jantes et le bras de suspension avaient été endommagés.
Mme Desreux est convaincue que sans les phares à LED de l’autre véhicule, elle aurait pu continuer sa route sans incident. Son expérience illustre les préoccupations grandissantes concernant la luminosité excessive des phares, un problème qui prend de l’ampleur en Colombie-Britannique.
Ces dernières semaines, les conseils municipaux de Victoria et de Vancouver ont adopté des motions similaires, appelant Transports Canada à réexaminer les normes nationales de sécurité des véhicules, notamment en ce qui concerne la luminosité des phares et la hauteur des camions.
David Thompson, un conseiller municipal à Victoria, a souligné que des normes plus strictes en matière de luminosité des phares pourraient améliorer la sécurité de tous les usagers de la route.
« Il existe suffisamment de données pour affirmer que des changements sont nécessaires. Je laisse aux experts du gouvernement fédéral le soin de déterminer lesquels, mais nous voulons absolument les inciter à agir. »
David Thompson, conseiller municipal à Victoria
CBC News a sollicité Transports Canada pour obtenir des données sur les accidents de véhicules liés aux phares et pour savoir si une révision des normes de sécurité était envisagée, mais n’a reçu aucune réponse.
Daniel Stern, chercheur spécialisé dans l’éclairage automobile et rédacteur en chef de Driving Vision News, explique que ce type de luminosité, qu’il qualifie d’« éblouissement inconfortable », peut compromettre la sécurité routière même si la vision du conducteur n’est pas totalement obstruée.
« Fondamentalement, si un conducteur a l’impression de ne pas voir – même s’il n’est pas complètement aveuglé – ce n’est pas sûr. »
Daniel Stern, chercheur en éclairage automobile et rédacteur en chef de Driving Vision News
M. Stern se montre toutefois prudent quant à la possibilité que ces demandes des municipalités se traduisent par des changements au niveau fédéral.
« Je compare l’éblouissement des phares à la pollution de l’air. C’est un fléau sociétal, et rien ne se fait tant qu’une volonté politique ne se manifeste. »
Daniel Stern, chercheur en éclairage automobile et rédacteur en chef de Driving Vision News

Mme Desreux espère qu’une sensibilisation accrue à ces risques incitera à des changements pour prévenir de futurs accidents. Elle s’était déjà inquiétée de cette question bien avant son propre incident. Il y a trois ans, elle avait envoyé une lettre à l’ancien ministre des Transports, Omar Alghabra, pour lui demander de renforcer la réglementation sur l’éclairage des véhicules lourds.
« En vous écrivant aujourd’hui, j’espère que cette question ne restera pas… ‘dans le noir’ »
Michelle Desreux, automobiliste
Quoi qu’il en soit, il est désormais trop tard pour Mme Desreux et sa BMW. Selon un conseiller de l’Association des automobiles de la Colombie-Britannique (BCAA), les réparations de sa voiture coûteront plus cher que sa valeur, et elle recevra donc un règlement.
« Ironiquement, c’est la fin de ma petite voiture adorée », déplore-t-elle.