Publié le 2025-10-22 07:28:00. Les relations entre la Corée du Sud et le Japon s’annoncent à un moment charnière avec la nomination de Sanae Takaichi à la tête du gouvernement nippon. Séoul et Tokyo ont échangé des messages allant dans le sens d’un dialogue constructif et d’une coopération future, malgré les appréhensions liées au positionnement politique de la nouvelle Première ministre japonaise.
- La Corée du Sud et le Japon appellent au renforcement de la coopération, malgré des divergences historiques potentielles.
- Un sommet bilatéral est prévu dans le cadre du prochain sommet de l’APEC (Coopération économique Asie-Pacifique) à Gyeongju.
- Les deux pays font face à des défis économiques communs, notamment dans le contexte des négociations commerciales avec les États-Unis.
La nomination de Sanae Takaichi à la primature japonaise suscite une attention particulière quant à l’avenir des relations bilatérales. Connue pour ses positions conservatrices, son administration pourrait adopter des mesures jugées controversées par la Corée du Sud, notamment en matière de commémoration du passé. Le président sud-coréen Lee Jae-myung, qui a toujours prôné une approche de « faire face au passé » dans les relations avec Tokyo, se trouve ainsi à un carrefour.
Dans un message de félicitations adressé à Sanae Takaichi, le président Lee Jae-myung a souligné l’importance d’ouvrir un nouveau chapitre dans les relations entre les deux pays, 60 ans après leur normalisation. Il a exprimé son impatience de renforcer une coopération « gagnant-gagnant » et orientée vers l’avenir. Le président Lee a également manifesté son souhait d’un dialogue constructif lors du prochain sommet de l’APEC à Gyeongju.
« Nous sommes maintenant à un tournant important où nous devons ouvrir une nouvelle période de 60 ans de relations entre la Corée et le Japon. J’ai hâte de renforcer davantage la coopération gagnant-gagnant orientée vers l’avenir entre les deux pays et les deux peuples avec le Premier ministre en cette période importante. »
Lee Jae-myung, président de la Corée du Sud
De son côté, la Première ministre japonaise a adressé un message empreint d’amitié, qualifiant la Corée de « voisin important ». Elle a manifesté son souhait de développer des relations stables et tournées vers l’avenir, tout en se disant désireuse de rencontrer le président Lee.
« Je souhaite développer les relations entre la Corée et le Japon d’une manière stable et orientée vers l’avenir, sur la base des relations entre le Japon et la Corée qui ont été établies jusqu’à présent entre les administrations. J’espère également rencontrer le président (Lee Jae-myung). »
Sanae Takaichi, Première ministre du Japon
Sanae Takaichi a par ailleurs insisté sur l’importance croissante de la coopération trilatérale entre la Corée du Sud, les États-Unis et le Japon, notamment pour faire face aux défis sécuritaires et économiques posés par la Corée du Nord. Interrogée sur d’éventuelles tensions futures, elle a illustré son propos par des exemples personnels de son appréciation de la culture coréenne, affirmant apprécier les algues coréennes, utiliser des produits cosmétiques et regarder des dramas coréens.
La rencontre entre les deux dirigeants devrait avoir lieu la semaine prochaine, dans le cadre du sommet de l’APEC. Sanae Takaichi est attendue en Corée du Sud le 30 octobre pour un séjour de trois jours et deux nuits. Des préparatifs diplomatiques ont été initiés, avec notamment un déplacement au Japon du directeur du Bureau de la sécurité nationale sud-coréen pour coordonner l’agenda du sommet bilatéral.
Il est à noter que la Première ministre Takaichi a reporté sa visite au sanctuaire Yasukuni, un lieu de mémoire controversé, lors du festival d’automne qui s’est tenu du 17 au 19 octobre. Cette décision, intervenue avant sa rencontre avec le président américain Donald Trump et le futur sommet Corée-Japon, pourrait indiquer une volonté de privilégier la stabilité diplomatique en ce début de mandat. L’administration Trump a également souligné la nécessité de relations amicales entre la Corée et le Japon.
L’année 2025 marque le 60ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Corée du Sud et le Japon, offrant une opportunité de consolider une relation tournée vers l’avenir. Le rétablissement de la diplomatie de navette, initié par l’administration précédente et poursuivi par le président Lee et l’ancien Premier ministre Shigeru Ishiba, a créé une dynamique positive qui pourrait être fragilisée par des déclarations controversées sur le passé.
Par ailleurs, les deux pays partagent des préoccupations économiques communes, notamment dans le contexte de la guerre tarifaire initiée par les États-Unis. Bien que des négociations aient été conclues entre les États-Unis et le Japon, des divergences subsistent quant aux modalités d’application et aux questions de dépenses de défense. La Corée du Sud est également en phase finale de négociations commerciales avec les États-Unis.
La situation politique intérieure des deux pays représente une variable clé. L’élection de Sanae Takaichi s’est faite dans le cadre d’une coalition, et le contexte politique japonais pourrait influencer ses décisions. Certains analystes estiment que, face à des difficultés politiques, le gouvernement japonais pourrait exploiter le sentiment anti-coréen ou adopter des mesures nationalistes pour consolider son soutien populaire.
Selon Kim Jae-cheon, professeur à l’École supérieure d’études internationales de l’Université Sogang, une période de « gestion et de réconciliation » pourrait durer au moins six mois. Il avertit cependant que si la situation politique se complique, des « commentaires audacieux » ou des « actions provocatrices » visant à susciter le nationalisme conservateur japonais ne sont pas à exclure.
Dans un tel scénario, le président Lee Jae-myung pourrait se retrouver dans une position délicate. Bien qu’il ait adopté une ligne ferme sur les questions historiques par le passé, son administration a cherché à normaliser les relations diplomatiques. Une réaction trop passive face à une provocation japonaise pourrait susciter le mécontentement de la base progressiste sud-coréenne, compliquant ainsi la gestion politique du président Lee.
Yang Ki-ho, professeur d’études japonaises à l’université de Sungkonghoe, estime que l’efficacité des mesures économiques du gouvernement Takaichi sera déterminante. Il suggère que, en l’absence de résultats probants, une stratégie de « dénigrement de la Corée » ou de la Chine pourrait être adoptée, rendant un conflit entre la Corée et le Japon quasi inévitable durant leur mandat.