Publié le 11 juin 2025 à 11h05. Des chercheurs allemands ont découvert des modifications épigénétiques chez les enfants nés de mères diabétiques de type 1, suggérant un mécanisme de protection contre le développement futur de cette maladie auto-immune. Cette avancée, publiée dans Nature Metabolism, pourrait ouvrir de nouvelles perspectives pour la prévention du diabète de type 1 (DT1).
Une récente étude menée par Helmholtz Munich, en collaboration avec la Plateforme mondiale pour la prévention du diabète auto-immune (GPPAD) et l’Université technique de Dresde, révèle des pistes intéressantes concernant le diabète de type 1. Si les antécédents familiaux de la maladie augmentent significativement le risque pour les enfants, les descendants de mères atteintes de DT1 semblent paradoxalement moins exposés que ceux dont le père ou un frère ou une sœur est concerné. Cette observation a conduit les scientifiques à explorer le rôle de l’épigénétique, c’est-à-dire des modifications chimiques de l’ADN qui influencent l’expression des gènes sans altérer la séquence génétique elle-même.
Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune où le système immunitaire attaque et détruit les cellules bêta du pancréas, responsables de la production d’insuline. Les personnes atteintes dépendent alors d’injections d’insuline à vie. Bien que la prédisposition génétique au DT1 soit comparable entre les enfants de mères et de pères diabétiques, le risque de développer la maladie diffère. Les chercheurs soupçonnent depuis longtemps qu’un « programmage épigénétique précoce » pendant la grossesse pourrait expliquer cet effet protecteur observé chez les enfants dont la mère souffre de DT1.
Des facteurs environnementaux tels que le tabagisme maternel, le stress, l’alimentation ou certaines maladies peuvent modifier le schéma de méthylation de l’ADN, activant ou désactivant certains gènes. Ces changements, influencés par l’environnement utérin d’une mère diabétique, pourraient moduler le risque d’auto-immunité des îlots pancréatiques chez l’enfant.
« Nous avons observé des changements dans la méthylation de l’ADN au niveau de plusieurs gènes à risque de diabète de type 1 chez les enfants nés de mères atteintes de diabète de type 1 », explique le Professeur Sandra Hummel, chercheuse à l’Institut de recherche sur le diabète à Helmholtz Munich et auteure principale de l’étude. Son équipe a analysé l’épigénome complet d’enfants présentant un risque génétique élevé de DT1. Ils ont identifié des marqueurs spécifiques qui influencent l’expression de gènes clés du système immunitaire.
L’étude a porté sur 1 752 enfants d’environ deux ans issus des cohortes BABYDIAB, BABYDIÄT et POInT. En comparant les profils de méthylation de l’ADN de 790 enfants dont la mère avait un DT1 avec ceux de 962 enfants sans cette condition, les chercheurs ont mis en évidence des différences notables.
« Notre analyse montre des différences dans la méthylation de nombreuses régions génétiques chez les enfants de mères atteintes de diabète de type 1, en particulier dans le groupe de gènes dit HOXA et dans la région du CMH. La région du CMH est considérée comme le gène le plus important pour la susceptibilité et la protection contre le diabète de type 1. Nous avons également pu observer un lien entre les changements épigénétiques et l’expression de 15 gènes à risque chez ces enfants », précise le Dr Raffael Ott, scientifique principal à l’Institut de recherche sur le diabète et premier auteur de l’étude.
Pour valider leurs résultats, les chercheurs ont calculé un score de risque de méthylation basé sur 34 loci génétiques associés à un risque accru de DT1. Ils ont constaté que les enfants ayant déjà développé une auto-immunité des îlots présentaient des scores significativement plus bas, suggérant des modifications épigénétiques moins protectrices. Ces découvertes renforcent l’hypothèse que des facteurs environnementaux, via des changements épigénétiques sur des gènes de risque majeurs, pourraient jouer un rôle protecteur contre l’auto-immunité des îlots.
Un projet de suivi, financé à hauteur de plus de 550 000 dollars par le Leona M. and Harry B. Helmsley Charitable Trust, vise à approfondir la compréhension de cet effet protecteur. Les chercheurs étudieront quels gènes de risque sont épigénétiquement influencés par le diabète maternel et si des phénomènes similaires se produisent chez les enfants de mères atteintes de diabète gestationnel. Ils exploreront également les biomarqueurs potentiels (protéines et métabolites) liés à ces modifications épigénétiques et leur contribution à la protection contre l’auto-immunité des îlots.
Cette recherche s’inscrit dans les travaux de Helmholtz Munich, un centre de recherche biomédicale de premier plan axé sur les maladies d’origine environnementale, notamment le diabète. Les découvertes sont publiées dans la revue Nature Metabolism.