Publié le 11 février 2024 à 14h29. Sous la pression de Washington, l’Ukraine envisagerait d’organiser des élections présidentielles et un référendum sur un éventuel accord de paix avec la Russie avant le 15 mai, une initiative perçue par certains comme une tentative de déstabilisation par Moscou.
- L’administration américaine, selon des sources ukrainiennes, souhaiterait une résolution du conflit avant l’été, potentiellement en raison de l’élection présidentielle américaine de novembre.
- Kiev conditionne la tenue de ces élections à des garanties de sécurité, compte tenu de la situation militaire actuelle.
- La Russie, qui exige des concessions territoriales de l’Ukraine, pourrait chercher à exploiter le processus électoral pour affaiblir davantage le pays.
L’Ukraine serait en train d’étudier la possibilité d’organiser des élections présidentielles et un référendum sur un accord de paix avec la Russie avant le 15 mai, a révélé le Financial Times. Cette initiative intervient alors que l’administration américaine exercerait des pressions sur Kiev pour trouver une issue au conflit, selon des responsables ukrainiens et occidentaux cités par le quotidien britannique. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky envisagerait d’annoncer ces projets le 24 février, date anniversaire du début de l’invasion russe à grande échelle.
Selon plusieurs sources, Washington souhaiterait parvenir à une négociation de paix entre l’Ukraine et la Russie au printemps, et conditionnerait les futures garanties de sécurité américaines à l’organisation d’élections. Volodymyr Zelensky a d’ailleurs déclaré le vendredi dernier que les États-Unis proposaient de mettre fin à la guerre avant le début de l’été.
L’organisation d’élections en temps de guerre constitue une exigence de Moscou depuis le début des négociations avec la nouvelle administration américaine. De nombreux observateurs politiques ukrainiens et européens craignent que la Russie ne cherche à déstabiliser l’Ukraine de l’intérieur en exploitant le processus électoral.
La tenue d’élections serait un compromis majeur de la part de Zelensky, qui a à plusieurs reprises affirmé que cela était impossible en raison de la loi martiale en vigueur, du déplacement de millions d’Ukrainiens et de l’occupation russe d’environ 20 % du territoire national. Une source au sein du bureau du président ukrainien a souligné que la sécurité était une condition préalable à toute annonce concernant des élections :
« Tant qu’il n’y aura pas de sécurité, il n’y aura pas d’annonces concernant les élections. »
Source au sein du bureau du président ukrainien
L’agence de presse ukrainienne Ukrinform a également rapporté les propos d’une source au sein du PO (Plateforme d’action européenne – Solidarité), soulignant l’incompatibilité entre la poursuite des combats et l’organisation d’un scrutin :
« Si les Russes tuent tous les jours, comment peut-on annoncer ou sérieusement envisager des élections dans les semaines à venir ? Personne n’est contre les élections, mais il faut la sécurité. »
Source au sein du PO
Les experts estiment que la mise en œuvre de ce projet est hautement improbable, en raison de la multitude de facteurs à prendre en compte, notamment la volonté de Vladimir Poutine de parvenir à un accord de paix. La Russie a réaffirmé à plusieurs reprises qu’elle annexerait par la force le reste de la région de Donetsk si l’Ukraine ne cédait pas à ses exigences, et continue de progresser sur le terrain, bien qu’avec de lourdes pertes.
Selon des sources proches de l’équipe présidentielle ukrainienne, Zelensky a fait comprendre à l’administration américaine que Kiev était prête à agir rapidement, malgré les difficultés liées à l’organisation d’élections en temps de guerre.
Des changements législatifs seraient examinés par la Verkhovna Rada (Parlement ukrainien) en mars et avril pour permettre la tenue d’élections, la législation actuelle interdisant les scrutins sous loi martiale. Cependant, même si cette interdiction était levée, l’organisation d’élections complètes resterait un défi majeur, compte tenu de la mobilisation de centaines de milliers de soldats et de l’exil de millions de réfugiés.
Olga Aivazovska, experte électorale de l’organisation OPORA Civil Network, a souligné que la Russie pourrait perturber le vote en l’absence d’un cessez-le-feu :
« [Les drones russes] constituera une menace pour les bureaux de vote dans toute l’Ukraine. »
Olga Aivazovska, experte électorale, OPORA Civil Network
Analyse de Sviatoslav Khomenko, correspondant de la BBC en Ukraine : La perspective d’élections en Ukraine, évoquée par Volodymyr Zelensky, rappelle un adage : « Méfiez-vous des apparences ». Dans le contexte actuel, marqué par les sirènes d’alerte aérienne quotidiennes, les coupures d’électricité et l’exode de millions de personnes, l’organisation d’un scrutin transparent et démocratique semble illusoire. Les experts s’accordent à dire que des élections crédibles ne pourraient avoir lieu qu’après un cessez-le-feu complet et la levée de la loi martiale. Le commentaire du bureau du président ukrainien, soulignant la nécessité d’une situation sécurisée, apparaît donc plus réaliste que les spéculations du Financial Times. La volonté de Washington de mettre fin rapidement au conflit est connue, mais les précédents délais fixés par l’administration américaine se sont avérés infructueux.