Home Santé Le « gène sarde » qui protège du paludisme : la découverte du CNR et de l’Université de Sassari

Le « gène sarde » qui protège du paludisme : la découverte du CNR et de l’Université de Sassari

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Publié le 2024-02-29 10:00:00. Des chercheurs italiens ont identifié une variante génétique, particulièrement répandue en Sardaigne, qui freine le développement du parasite responsable du paludisme, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques contre cette maladie qui tue encore des centaines de milliers de personnes chaque année.

  • Une variante génétique, fréquente en Sardaigne, entrave la croissance du parasite du paludisme.
  • L’étude, publiée dans la revue Nature, détaille le mécanisme biologique de protection et suggère une nouvelle approche pour la création de médicaments.
  • Cette découverte s’appuie sur l’analyse de l’ADN de plus de 7 000 Sardes et révèle une adaptation évolutive à la maladie.

Une équipe de chercheurs de l’Institut de Recherche Génétique et Biomédicale du Conseil National de Recherches (CNR-IRGB) de Cagliari et de l’Université de Sassari a mis en évidence une mutation génétique capable de limiter la prolifération du parasite Plasmodium falciparum, principal agent du paludisme. Cette découverte, fruit d’une analyse approfondie du génome de la population sarde, pourrait révolutionner la lutte contre cette maladie tropicale qui affecte encore des millions de personnes à travers le monde.

Le paludisme cause encore plus de 600 000 décès chaque année, principalement dans les pays tropicaux. Cependant, la réaction à l’infection varie considérablement d’un individu à l’autre. Certains développent des formes sévères, tandis que d’autres présentent des symptômes légers. Comprendre ces différences est un enjeu majeur pour la médecine.

L’étude, intitulée « L’expression réduite de la cycline D3 dans les cellules érythroïdes protège contre le paludisme », publiée dans la prestigieuse revue Nature, s’inscrit dans le cadre du projet SardiNIA, une vaste étude génétique des populations sarde qui vise à comprendre comment le patrimoine génétique des habitants de l’île influence leur santé. Les chercheurs ont identifié une variante de l’ADN associée à des caractéristiques spécifiques des globules rouges, les cellules sanguines dans lesquelles le parasite du paludisme se développe.

« La variante réduit l’activité du gène CCND3, qui régule le développement des précurseurs des globules rouges, ce qui entraîne la production de globules rouges plus gros et présentant des caractéristiques particulières », explique Maria Giuseppina Marini, première auteure de l’étude, avec Maura Mingoia et Maristella Steri, toutes trois du CNR-IRGB. « Grâce à des expériences menées sur plusieurs années, nous avons détaillé les mécanismes moléculaires et biologiques qui sous-tendent ces observations. »

Selon Francesco Cucca, généticien de l’Université de Sassari et du CNR-IRGB, coordinateur de l’étude, « la génétique humaine conserve des traces de maladies passées. Cela nous permet d’identifier les adaptations biologiques sélectionnées par l’évolution. » Les analyses évolutives ont en effet montré que le variant est devenu fréquent en Sardaigne parce qu’il offrait un avantage en termes de survie. « Nous avons donc émis l’hypothèse que le paludisme, historiquement endémique en Sardaigne, pourrait être la pression évolutive qui a favorisé la propagation du variant », ajoute-t-il.

Des tests en laboratoire ont confirmé cette hypothèse. Lorsque les globules rouges d’individus porteurs de ce variant sont infectés par Plasmodium falciparum, le parasite ne parvient pas à se multiplier normalement. « Nous avons observé une forte inhibition de la croissance du parasite, jusqu’à sa mort », précise Antonella Pantaleo, de l’Université de Sassari, qui a coordonné les expériences d’infection. « Ce phénomène est lié à une augmentation du stress oxydatif dans les globules rouges, un mécanisme similaire à celui qui protège les personnes présentant un déficit en G6PD, créant un environnement hostile au parasite. »

Bien que ce variant soit aujourd’hui fréquent en Sardaigne, il est absent dans les régions du monde où le paludisme est encore répandu. Il serait probablement apparu en Europe après la sortie d’Homo sapiens d’Afrique. Pour les chercheurs, cette « expérience naturelle » offre une nouvelle piste thérapeutique. « La nature nous a montré un moyen efficace de bloquer le paludisme », conclut Francesco Cucca. « Le défi est désormais de reproduire pharmacologiquement l’effet protecteur du variant pour protéger les populations qui vivent actuellement avec la maladie. »

Cette étude fournit ainsi une base scientifique solide pour le développement de nouveaux médicaments ciblés, directement inspirés de l’évolution humaine.

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