Home Accueil le journaliste irlandais dans la salle de Nuremberg – The Irish Times

le journaliste irlandais dans la salle de Nuremberg – The Irish Times

0 comments 147 views

Publié le 2025-11-07 14:01:00. Il y a 80 ans, le procès de Nuremberg marquait une étape décisive dans le droit pénal international, jugé pour la première fois des individus pour les crimes les plus atroces commis durant la Seconde Guerre mondiale. Retour sur cet événement historique à travers le regard d’un jeune journaliste irlandais et les échos de la salle d’audience 600.

  • Le 20 novembre 1945 débutait à Nuremberg le procès des principaux dirigeants nazis, considéré comme le « procès du siècle ».
  • Ce tribunal militaire international a jeté les bases du droit pénal international et défini la notion de crimes contre l’humanité.
  • Le procès, qui a duré près d’un an, a vu la condamnation de nombreux accusés, certains à la peine capitale, d’autres à des peines de prison.

Nuremberg, Allemagne. Il y a quatre-vingts ans, dans la grande salle d’audience 600 du Palais de justice, un jeune journaliste de Reuters, Seaghan Maynes, alors âgé de moins de 30 ans, observait les plus hauts dirigeants nazis comparaître devant le tribunal. Belfastais d’origine, Maynes avait quitté sa ville natale pour Londres et rejoint l’agence de presse avant de parcourir l’Europe avec la troisième armée américaine du général George Patton. Il avait déjà couvert des événements majeurs tels que le débarquement de Normandie, la libération de Paris aux côtés d’Ernest Hemingway, et la découverte du camp de concentration de Buchenwald.

Le procès de Nuremberg, pour lequel le tribunal militaire international fut créé, visait à juger pour la première fois des individus responsables des crimes les plus graves commis durant la Seconde Guerre mondiale, orchestrés par la machine de guerre du régime nazi. Aujourd’hui encore, ces procès sont reconnus comme le berceau du droit pénal international, ayant notamment défini et condamné les « crimes contre l’humanité ».

Dans la salle d’audience baignée d’une atmosphère solennelle, l’air, bien que sec, est chargé d’histoire. Des projections d’actualités en noir et blanc, datant de l’époque où le nazisme était jugé, se superposent aux boiseries et aux hauts plafonds actuels. À l’époque, l’atmosphère était différente : la salle était bondée, l’air lourd et chaud, amplifié par les puissants projecteurs nécessaires aux caméras de l’époque.

L’ampleur de l’acte d’accusation, long de 30 000 mots, avait marqué la journée d’ouverture. Les lecteurs de l’Irish Times, le lendemain, découvraient dans un article de Reuters que cette première journée avait été « dominée par l’ennui ». Cependant, l’atmosphère dans la salle était loin d’être uniforme. Joachim von Ribbentrop, ancien ambassadeur d’Allemagne à Londres, s’évanouit. Rudolf Hess, ancien proche d’Hitler, décharné et impassible, fut emporté par des crampes abdominales. Seul Hermann Göring, numéro deux du régime, semblait maître de lui, affichant un sourire aux journalistes et des regards « paternels » à ses codétenus. D’après les premiers rapports, il dégageait une confiance, réelle ou feinte.

Seaghan Maynes, qui a dirigé la couverture de Reuters pour l’ensemble du procès, a rappelé des années plus tard, dans son livre « Eyewitness at Nuremberg », l’ennui des premiers mois de déposition des procureurs. Cet ennui était parfois ponctué par la diffusion de musique jazz provenant des radios de la police militaire stationnée à l’extérieur. Les choses devinrent plus animées lors du contre-interrogatoire de Göring. Ce dernier, décrit comme « rusé », « très intelligent » et « extrêmement prompt à comprendre », se montra offensif, réduisant souvent le procureur américain Robert H. Jackson à « un état d’impuissance et de fureur ». Contrairement à d’autres accusés, Göring n’a pas cherché à se défausser. Son attitude était plutôt : « À quoi vous attendiez-vous ? Nous menions une guerre pour notre survie. » Il fut cependant décontenancé par la « politesse et la déférence » du procureur britannique Sir David Maxwell-Fyfe, répondant alors à toutes les questions posées.

Sur les 20 accusés principaux, 10 furent condamnés à mort, sept à des peines de prison (dont beaucoup furent libérées plus tôt par les tribunaux allemands) et trois furent acquittés. Hermann Göring échappa à la pendaison en se suicidant au cyanure après avoir été condamné à mort. D’autres procès suivirent à Nuremberg, jugeant des juges, des médecins, des diplomates et des industriels.

Aujourd’hui, l’ancienne tribune de la presse de Nuremberg abrite un musée interactif. La salle d’audience 600, avec ses boiseries et ses hauts plafonds, est conservée dans son état d’origine. Le complexe judiciaire de Nuremberg, construit en 1916 et en grande partie épargné par les bombardements, fut choisi par les Alliés pour son infrastructure adéquate, incluant une prison attenante et un aéroport. Le choix de la ville était également symbolique : Nuremberg fut le théâtre des grands rassemblements nazis, mais aussi le lieu où furent promulguées les lois raciales dix ans plus tôt, marquant le début de l’exclusion des Juifs et le déclin moral du pays.

Le musée met en lumière les innovations juridiques et procédurales de l’époque, comme l’accusation de crimes contre l’humanité et la logistique complexe de la traduction simultanée, qui mobilisa une équipe de 350 linguistes et techniciens. Des projections, montrant des images saisissantes des camps nazis – corps abandonnés, survivants décharnés – rappellent la barbarie jugée dans cette salle.

Le directeur du musée, Nina Lutz, espère que les 160 000 visiteurs annuels, dont une majorité d’étrangers, repartiront avec une meilleure compréhension des « principes de Nuremberg » et de la volonté internationale, après 1945, de « lutter contre les crimes par le droit et non par la vengeance ».

La Cour pénale internationale (CPI), créée en 2002, est considérée comme l’héritière de Nuremberg. Cependant, elle fait face à des pressions de la part de pays non membres, notamment les États-Unis et Israël. La récente émission d’un mandat d’arrêt par la CPI à l’encontre du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, soupçonné de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité suite à la réponse d’Israël aux attaques du Hamas le 7 octobre 2023, a ravivé les tensions.

« L’aspect politique des choses dépend des décisions des hommes politiques, mais d’un point de vue juridique, tous les membres de la CPI sont obligés d’exécuter les mandats d’arrêt », explique le Dr. Gurgen Petrussian, directeur de l’Académie internationale des principes de Nuremberg. Philippe Sands, professeur de droit international et auteur, reconnaît que le droit international traverse un « moment difficile » pour cet anniversaire, mais reste confiant : « Nous sommes actuellement confrontés à des obstacles, mais ils seront surmontés », affirme-t-il, soulignant que « personne n’a jamais dit que ce serait facile ou que la voie serait claire. »

Vers la fin de sa vie, Seaghan Maynes exprimait une vision nuancée de Nuremberg, le qualifiant à la fois de « procès de vengeance » entaché de procédures douteuses – « Ils ont porté une accusation correspondant à un crime, après que le crime ait été commis » – et de « pièce maîtresse » nécessaire pour démontrer le lien entre crime et châtiment. Il restait néanmoins sceptique quant à l’équité du procès pour les accusés allemands, comparant la possibilité pour eux de faire venir des témoins à « l’eau bénite dans une Loge Orange », une formule évoquant la rareté.

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.