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Le lait des mères séropositives semble manquer d’un acide aminé important

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Publié le 2025-10-29 08:30:00. Des chercheurs ont identifié un manque d’acide aminé essentiel dans le lait maternel des mères séropositives, expliquant ainsi la susceptibilité accrue des nourrissons. Cette découverte, publiée dans *Nature Communications*, pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies de soutien pour ces enfants.

  • Le lait maternel des mères séropositives contient deux fois moins de tryptophane, un acide aminé crucial pour le système immunitaire et le développement cérébral des bébés.
  • Cette carence en tryptophane, observée aussi dans le sang des mères, pourrait être à l’origine des problèmes de santé plus fréquents et des retards de croissance chez les enfants nés de mères vivant avec le VIH.
  • Bien que prometteuse, la supplémentation en tryptophane nécessite des recherches approfondies pour garantir sa sécurité et son efficacité chez ces populations spécifiques.

Pendant des années, la science s’est interrogée sur la raison pour laquelle les enfants nés de mères séropositives, même s’ils ne sont pas eux-mêmes infectés par le VIH, présentent souvent un système immunitaire affaibli. Une nouvelle étude apporte un éclairage majeur en révélant une carence significative en tryptophane dans le lait maternel des femmes séropositives. Cet acide aminé est un pilier pour le bon fonctionnement du système immunitaire, ainsi que pour la croissance et le développement du cerveau des nourrissons.

Au niveau mondial, on estime que 1,3 million d’enfants naissent chaque année de mères séropositives. Malheureusement, le taux de mortalité dans ce groupe reste préoccupant, même lorsque des traitements préventifs sont mis en œuvre pour éviter la transmission du virus. Cette nouvelle recherche suggère qu’un facteur biologique clé pourrait expliquer cette vulnérabilité persistante : la diminution de la concentration de tryptophane dans le sang des mères séropositives, qui se répercute directement sur la composition du lait maternel. Les nouveau-nés reçoivent ainsi moins de cet acide aminé vital, se traduisant par une plus grande fréquence de maladies et des retards de développement.

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont analysé 1 426 échantillons de lait prélevés sur une période de 18 mois auprès de 326 femmes en Zambie, dont 288 étaient séropositives. Les échantillons ont été collectés à différents moments après l’accouchement, permettant une analyse fine de plus de 800 substances grâce à des techniques de pointe. Afin de confirmer la généralité de ces observations, une étude complémentaire a été menée en Haïti auprès de 47 mères ayant suivi un traitement anti-VIH. Dans les deux cohortes, une attention particulière a été portée à la mesure des niveaux de tryptophane, aussi bien dans le lait maternel que dans le plasma sanguin des mères.

Les résultats ont été sans équivoque : le lait maternel des mères séropositives contenait systématiquement environ deux fois moins de tryptophane que celui des femmes non séropositives. La présence réduite de cet acide aminé dans le sang des mères séropositives suggère une carence systémique dont les conséquences se font sentir jusqu’à l’enfant. Comme moins de tryptophane est disponible dans la circulation sanguine maternelle, une quantité moindre parvient in fine au nourrisson.

Bien que cette recherche établisse pour la première fois un lien tangible entre la séropositivité maternelle et la sensibilité accrue des enfants, l’équipe scientifique reste prudente quant aux recommandations thérapeutiques immédiates. Des investigations plus poussées sont nécessaires pour déterminer les stratégies nutritionnelles les plus sûres et efficaces. L’idée de suppléments de tryptophane semble évidente, mais il faut considérer que cet acide aminé peut, dans certaines conditions, être métabolisé en sous-produits potentiellement nocifs. De plus, les différences potentielles dans le métabolisme du tryptophane entre les mères séropositives, leurs enfants, et les familles non exposées au VIH nécessitent une étude approfondie.

« Nous savions depuis des années que les enfants nés de mères vivant avec le VIH rencontraient davantage de problèmes de santé, sans pour autant en comprendre toutes les raisons. Cette recherche met en lumière une carence en tryptophane comme une cause sous-jacente potentielle expliquant les différences observées en matière d’immunité, de croissance et de cognition chez ces enfants. »

Grace Aldrovandi, chercheuse principale et professeure de pédiatrie à l’École de médecine David Geffen (UCLA)

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