OpenAI lance ChatGPT Atlas, son navigateur web dopé à l’intelligence artificielle, une intégration profonde de son chatbot dans l’expérience de navigation. Cependant, malgré les ambitions affichées, cette première incursion dans un marché déjà concurrentiel peine à convaincre face aux solutions existantes.
Après des mois de spéculations, le géant de l’IA OpenAI a dévoilé cette semaine ChatGPT Atlas, un navigateur conçu pour placer son célèbre chatbot au cœur de l’expérience utilisateur sur Internet. Ce lancement positionne la société face à des concurrents déjà établis comme Perplexity et Google Gemini, intégré à Chrome. OpenAI mise sur la popularité de ChatGPT pour attirer les utilisateurs, mais les premières impressions révèlent une expérience globalement moins aboutie que celle de ses rivaux.
Actuellement disponible exclusivement pour macOS, ChatGPT Atlas, basé sur Chrome, propose une interface épurée. Sur la gauche, un volet rétractable regroupe l’historique des conversations ChatGPT. Au centre, la barre d’adresse permet d’effectuer des recherches directement via le chatbot. Un bouton « Demander à ChatGPT » sur la droite offre la possibilité d’interagir spécifiquement avec le contenu de la page consultée.
Pour les abonnés aux formules ChatGPT Plus, Business et Pro, une fonctionnalité baptisée « mode agent » permet d’automatiser certaines tâches, comme l’ajout d’articles à un panier d’achat en ligne. La page d’accueil de ChatGPT Atlas se veut simple, suggérant des requêtes comme « Trouver les meilleurs restaurants près de chez moi ». Elle évolue avec le temps, proposant des recommandations basées sur les recherches antérieures, bien que la logique de suggestion ne soit pas toujours transparente. Par exemple, des suggestions de costumes d’Halloween sont apparues après des requêtes répétées sur des idées pour ChatGPT, sans lien apparent avec des recherches préalables de restaurants.
L’utilisateur peut rapidement regretter l’absence d’un fil d’actualités quotidien ou d’une météo personnalisable, fonctionnalités présentes sur des navigateurs comme Microsoft Edge. La page « Découvrir » de Perplexity Comet, bien que générant des extraits d’informations via l’IA, offre une personnalisation plus poussée des actualités récentes, soulevant toutefois des questions sur la fiabilité des sources.
Dès les premières utilisations, un défaut majeur apparaît : ChatGPT ne semble pas être un portail optimal pour le web. Une requête initiale génère une réponse de ChatGPT, suivie d’une option pour la transformer en une recherche web classique avec des liens bleus. Cependant, la pertinence des résultats n’est pas garantie. Une recherche pour « actualités près de chez moi » a bien renvoyé une réponse pertinente de ChatGPT, mais la page de résultats proposait des liens pour des zones géographiques diverses et éloignées de la localisation de l’utilisateur.
À l’instar de Google, ChatGPT Atlas affiche une carte pour les recherches d’entreprises ou d’attractions locales, incluant des descriptions succinctes, horaires, gammes de prix et notes. Néanmoins, il est impossible de consulter les avis utilisateurs ou de connaître leur provenance. Ce manque de profondeur place OpenAI en retrait par rapport à Comet, qui propose une intégration TripAdvisor pour un accès à des informations plus détaillées et des résumés d’avis par l’IA.
Pour d’autres types de recherches, comme « comment appliquer de l’engrais sur une orchidée » ou « les meilleurs restaurants de Las Vegas », les résultats web se sont avérés plus pertinents. Cependant, ChatGPT Atlas limite l’affichage à dix liens par requête, sans possibilité d’élargir la recherche. Les résultats de recherches successives au sein d’un même fil de discussion s’empilent, rendant la navigation parfois confuse. La distinction entre les différents sujets est peu marquée, séparée par une simple ligne grise et un texte discret.
OpenAI enregistre les recherches au même endroit que les conversations ChatGPT, ce qui peut rapidement encombrer l’historique. Ce manque d’organisation est peut-être la raison pour laquelle un lien vers Google est systématiquement affiché en haut à droite de chaque page de résultats.
Au-delà de la recherche web, ChatGPT Atlas propose des options pour rechercher des images, des vidéos et des actualités. La fonctionnalité « mémoires du navigateur » personnalise les réponses et suggestions en fonction des requêtes récentes. Le navigateur peut également réorganiser et fermer les onglets, avec une option de regroupement.
La véritable promesse des navigateurs IA réside dans leur capacité à contextualiser et à synthétiser l’information. Avec ChatGPT Atlas, il est possible de surligner du texte sur une page web et de demander à ChatGPT des informations supplémentaires ou des résumés. Le bouton « Demander à ChatGPT » permet d’obtenir des informations connexes sans avoir à ouvrir un nouvel onglet. Cette fonctionnalité, similaire à Gemini dans Chrome et à l’assistant de Perplexity dans Comet, semble bien fonctionner après des tests initiaux.
Le « mode agent », réservé aux utilisateurs payants, va plus loin en automatisant des tâches complexes comme la prise de rendez-vous ou la réservation de voyages. Cependant, son exécution peut s’avérer lente et nécessite une sélection manuelle préalable du bouton « mode agent ». Lors d’un test, l’ajout de trois articles à un panier Amazon a pris dix minutes, ChatGPT devant naviguer dans l’interface et gérer des problèmes de chargement de page. Comet, en comparaison, a ajouté les mêmes articles en environ deux minutes.
Malgré ces lenteurs, ChatGPT Atlas a démontré sa capacité à composer et envoyer un e-mail dans Gmail en environ 30 secondes, ainsi qu’à créer un événement dans Google Agenda dans un délai similaire. La recherche des meilleurs restaurants près de chez soi et la préparation d’une réservation ont été effectuées en quelques minutes, bien qu’une erreur de planification ait conduit à programmer la réservation pour « vendredi prochain » plutôt que pour « vendredi prochain » (la semaine suivante).
Face aux solutions déjà présentes sur le marché, ChatGPT Atlas constitue un début mitigé pour OpenAI, dont l’ambition est de créer un écosystème d’applications interconnectées formant un système d’exploitation IA. La société propose déjà des applications intégrées à ChatGPT interagissant avec des services comme Zillow, Spotify et Canva, ainsi que des options d’achat sur Walmart et Etsy, sans nécessiter de navigateur dédié. Si l’IA est indéniablement l’avenir de la recherche, ChatGPT Atlas doit encore faire ses preuves pour détourner les utilisateurs des navigateurs traditionnels.