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Le palais de gonflement rêvé de Donald Trump

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Le président américain Donald Trump semble consolider son contrôle sur la narration médiatique, privilégiant les éloges à la critique, comme en témoignent des interactions récentes avec le journaliste Brian Glenn et une tendance plus large à marginaliser les voix dissidentes.

Lors d’une récente conférence de presse, le président Donald Trump a interrogé le journaliste Brian Glenn : « Avez-vous déjà pensé que j’allais être appelé l’artisan de la paix ? ». La réponse de Glenn fut affirmative, rappelant une promesse d’Alyssa Farah, ancienne collaboratrice de la Maison Blanche et aujourd’hui critique acerbe de Trump, de porter une casquette « Make America Great Again » à l’antenne si des otages israéliens étaient libérés de Gaza. À l’issue de cette explication, la question de Glenn à Trump se résumait à deux mots : « Votre réponse ? »

Un jour plus tard, lors d’une autre conférence de presse aux côtés du directeur du FBI, Kash Patel, où Trump dénonçait les enquêtes sur ses opposants et confirmait des ordres secrets à la CIA pour des opérations au Venezuela, Brian Glenn a tenté de ramener le débat sur un sujet cher au président : les « élections truquées » de 2020. « Au fait, vous avez gagné la Géorgie trois fois », a-t-il lancé, provoquant une moue d’exaspération chez Ed O’Keefe de CBS News.

C’est cependant la réponse de Trump à Glenn qui a particulièrement retenu l’attention : « Oui, je suis d’accord. Êtes-vous d’accord avec moi ? » Une fois que Glenn eut répondu positivement, le président s’est empressé de déclarer : « Et c’est les médias ! C’est les médias ! »

Cette rhétorique suggère une stratégie délibérée visant à éroder la tradition du journalisme indépendant auprès de la Maison Blanche. Si, sous l’administration Trump, il ne suffit plus de qualifier les informations véridiques de « fausses nouvelles », l’inverse semble désormais se produire : des « fausses nouvelles » remplacent les journalistes pour se faire passer pour la vérité. Trump semble ainsi s’arroger le droit de se faire confirmer ses affirmations, qu’il s’agisse de fraudes électorales ou d’autres mensonges, par ce qu’il désigne comme « les médias ».

La question de savoir si la « kermlinisation » du pool de presse de la Maison Blanche a une réelle importance face à d’autres crises est légitime. De même, on pourrait argumenter que les journalistes se plaignent de voir leurs privilèges remis en cause, ou que le président n’a aucune obligation de répondre à leurs questions. Ce sont des points valables.

Cependant, l’attention portée à la couverture médiatique de la présidence est cruciale car elle semble être une préoccupation majeure pour Trump. Aucun président n’a jamais montré une telle obsession pour les médias, ni une telle importance accordée à l’approbation d’autrui, même si celle-ci repose sur des propos manifestement faux. Il est connu pour passer des heures chaque jour à regarder les reportages télévisés le concernant.

Cette semaine encore, Trump a réagi vivement sur les réseaux sociaux à un article du magazine Time sur sa diplomatie au Moyen-Orient, pourtant intitulé « Son triomphe ». Son mécontentement ne portait pas sur le contenu élogieux, mais sur la photo le représentant, qu’il a qualifiée de « la pire de tous les temps ». Ce détail illustre l’impossibilité de satisfaire un dirigeant dont le besoin de validation semble insatiable.

Le second mandat de Trump se caractérise par une Maison Blanche de plus en plus exempte de contraintes et de critiques. Les conseillers modérateurs du premier mandat, tels que John Kelly ou Jim Mattis, ont laissé place à un entourage composé de « béni-oui-oui » et de flatteurs, en concurrence pour offrir les compliments les plus outranciers. Le week-end dernier, lors d’un rassemblement à Tel-Aviv célébrant un accord négocié par Trump pour la libération d’otages israéliens, Steve Witkoff, négociateur américain au Moyen-Orient, l’a proclamé « le plus grand président de l’histoire américaine ».

Dans ce contexte, il est facile d’imaginer l’impact de tels éloges sur un ego tel que celui de Trump. Les questions des journalistes pourraient bientôt constituer la dernière limite le reliant à une forme de réalité.

L’issue semble prévisible : Trump se construit un palais imaginaire, un espace doré et sûr où les questions difficiles, les journalistes importuns et les demandes d’informations non désirées n’auront plus leur place. Pour un président qui estime déjà avoir le pouvoir constitutionnel de « faire ce que je veux », un tel environnement ne ferait qu’accroître son sentiment de toute-puissance. La récente décision du Pentagone d’interdire de fait le journalisme dans ses locaux n’est pas une exception, mais un avant-goût de cette tendance.

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