Publié le 24 septembre 2025. Le Professeur Selidji Todagbe Agnandji de l’Institut de microbiologie médicale de l’Université de Münster voit ses recherches sur un vaccin antipaludique reconnues pour le « Papier du mois » de septembre 2025. Une étude publiée dans *The Lancet Infectious Diseases* révèle des résultats mitigés quant à son efficacité chez les enfants gabonais.
Le prix « Papier du mois » de la Faculté de Médecine de l’Université de Münster a été décerné au Professeur Selidji Todagbe Agnandji, de l’Institut de microbiologie médicale, pour sa publication de septembre 2025 dans *The Lancet Infectious Diseases*. L’étude, intitulée « Sécurité, tolérabilité et efficacité protectrice d’un vaccin antipaludique à sporozoïtes entiers radio-atténués chez les enfants au Gabon : un essai de phase 2 randomisé, en double aveugle, contrôlé par placebo », a été co-écrite avec J. Bok et B. Mordmüller.
Cette distinction souligne l’importance des travaux menés en collaboration multi-institutionnelle, avec le Professeur Agnandji en tant que premier auteur, ainsi que des partenaires à Lambaréné et Tübingen. L’étude a évalué un nouveau vaccin contre le paludisme chez des enfants au Gabon, se concentrant sur sa sécurité et son efficacité. Bien que le vaccin se soit avéré sûr, son efficacité contre les infections à Plasmodium falciparum n’a pas été clairement démontrée. Malgré ces résultats nuancés, la publication dans une revue de renom comme *The Lancet Infectious Diseases* témoigne de la pertinence de la recherche vaccinale, particulièrement face aux effets secondaires des traitements chimioprophylactiques. Ces recherches s’inscrivent dans une collaboration de plusieurs décennies avec l’institut du Professeur Kremsner.
Le vaccin étudié, basé sur des sporozoïtes de Plasmodium falciparum radio-atténués (PfSPZ), est en développement pour des populations naïves (européennes) et endémiques (Afrique subsaharienne). Un protocole de vaccination raccourci, administré à des jours 0, 7 et 28 avec une dose de 9,0 × 105 PfSPZ, avait auparavant montré une efficacité allant jusqu’à 100 % lors d’essais contrôlés sur des volontaires humains européens. L’étude actuelle a testé ce schéma vaccinal pour la première fois chez des enfants en zone d’endémie.
L’essai clinique a impliqué 200 enfants au Gabon, répartis aléatoirement en deux groupes : 134 ont reçu le vaccin PfSPZ et 66 ont reçu un placebo. Les résultats ont révélé une efficacité vaccinale de 9 % à la semaine 26 après la troisième dose (intervalle de confiance à 95 % : -75 à 53 ; p = 0,78). Au terme de la période d’étude de 104 semaines, le taux d’infection à Plasmodium falciparum était de 43 % (56 sur 129) chez les vaccinés, contre 49 % (31 sur 63) chez les receveurs de placebo, soit une efficacité vaccinale de 19 % (intervalle de confiance : -26 à 47 ; p = 0,35). Sur le plan immunologique, 93 % des 109 enfants vaccinés ont développé des anticorps IgG anti-PfCSP, contre seulement 9 % (cinq sur 53) chez les enfants du groupe placebo. Aucun événement indésirable grave n’a été rapporté.
Ces observations suggèrent que le vaccin PfSPZ n’est pas efficace dans les populations vivant en zone d’endémie palustre comme le Gabon. Ceci contraste avec sa haute efficacité démontrée précédemment chez des populations européennes naïves face au paludisme. Les chercheurs avancent l’hypothèse qu’une exposition intense et répétée aux infections dans ces régions pourrait moduler le système immunitaire de manière à altérer sa réponse à la vaccination, potentiellement par une réaction d’hyperréactivité.
Vous pouvez retrouver les précédents « Papers of the Month » récompensés ici.