Norwalk, Californie – La scène théâtrale de Los Angeles célèbre actuellement une nouvelle œuvre audacieuse : « The Little King of Norwalk », du dramaturge local Israel López Reyes. Cette pièce, qui explore avec humour et acuité les thèmes de l’identité chicano, du pouvoir et de la survie, est présentée en première mondiale dans le cadre de la saison du 40e anniversaire de la Latino Theatre Company (LTC), au Los Angeles Theatre Center.
« The Little King of Norwalk » plonge le public dans les travers d’un homme ordinaire confronté à une ascension inattendue dans les sphères du pouvoir local. La pièce, qui se déroule sur fond d’une interdiction controversée de certains commerces et refuges pour sans-abri à Norwalk en 2024, interroge la destinée d’un individu propulsé, par le mensonge et l’erreur, à une position de décision. Les représentations se poursuivent jusqu’au 4 novembre, avec des billets disponibles à partir de 10 dollars.
Un parcours nourri par la communauté et la collaboration
Israel López Reyes, un ancien élève du Downey High School (promotion 2006), fait partie du prestigieux Cercle des Imaginistas de la Latino Theatre Company. Ce groupe d’auteurs, sous la direction artistique de José Luis Valenzuela, rassemble des talents reconnus, tels que Luis Alfaro. Le développement de « The Little King of Norwalk » avec la compagnie s’est étalé sur deux années, une période exceptionnellement longue qui témoigne de l’importance accordée à cette création.
L’auteur attribue une part de son parcours à Sherri Stauffer, son ancienne professeure d’art dramatique au Downey High School. C’est elle qui lui aurait inculqué la vision du théâtre comme une forme d’art collaborative et un vecteur de questionnements sociétaux. Cette philosophie résonne particulièrement avec le travail de la Downey Arts Coalition en 2013, qui avait produit une série de lectures explorant l’absence des récits du sud-est du comté de Los Angeles dans le paysage culturel.
« The Little King of Norwalk » : satire et réalisme magique
La pièce s’inspire de « L’Inspecteur général » de Gogol, y ajoutant une touche de réalisme magique et une comédie débridée. L’intrigue suit Juan Pérez, un habitant de Norwalk, qui, après une arrestation pour conduite sous influence et une erreur d’aiguillage administrative, se retrouve pris pour un inspecteur d’État. Au lieu de révéler la supercherie, Juan Pérez se lance dans un engrenage de mensonges, de trahisons familiales et d’une quête de rédemption.
La pièce met en lumière la promesse faite par Juan à sa mère de veiller sur sa sœur jumelle, Wendy, une militante active. Mais ses actions, motivées par des raisons égoïstes, entraînent la perte de sa sœur – voiture, travail et logement. La mise en scène, assurée par Geoffrey Rivas, a été saluée par le public pour son énergie, son imagination et son humour mordant, particulièrement lors des références aux villes locales comme Norwalk, Downey et Cerritos.
Les personnages de la pièce dépeignent un échantillon coloré du microcosme politique local. Xavi Moreno incarne un Juan Pérez plein de fougue et d’émotion, tandis qu’Esperanza America brille dans le rôle de la militante Wendy. Richard Azurdia interprète « La Loi », ouvrant la voie à une galerie de personnages aux motivations parfois troubles : le maire Alvarado (Randy Vasquez), la directrice municipale Nancy Juarez (Ruth Livier), le directeur de l’école (J. Ed Araiza) et le chef de la police Ricky Ortiz (également interprété par Azurdia).
Un reflet des tensions sociales locales
La pièce aborde subtilement le scandale réel de 2024 à Norwalk, lorsque le conseil municipal a tenté d’interdire les refuges pour sans-abri, les laveries automatiques, les lave-autos, les prêteurs sur salaire et les magasins à bas prix, une mesure finalement annulée suite à une action en justice de l’État de Californie. L’histoire dépeint des fonctionnaires corrompus tentant de soudoyer le faux inspecteur, tandis qu’une campagne de « nettoyage » de la ville est lancée sous le slogan « loi et ordre ».
« Nous voulons que Norwalk soit en sécurité », clament les représentants municipaux dans la pièce, prônant un changement pour une « ville libérée » des sans-abri et des rues propres. Cette rhétorique souligne le contraste entre les idéaux affichés et les réalités complexes abordées par la pièce.