Cortina d’Ampezzo, Italie – Loin des plages ensoleillées de la Jamaïque, une nouvelle génération d’athlètes jamaïcains défie les attentes aux Jeux olympiques d’hiver de Milan Cortina 2026, perpétuant une histoire sportive aussi improbable qu’inspirante.
Shane Pitter, 26 ans, incarne cette nouvelle vague. Pilote de bob raideur, il jongle avec une autre passion : la pêche. « Nous avons beaucoup de jeunes athlètes dans l’équipe, et d’autres qui vont les rejoindre », explique Pitter. « C’est encore une phase de développement. Même si nous sommes jeunes, nous sommes les meilleurs athlètes que la Jamaïque ait jamais envoyés en bobsleigh. »
Lundi, Pitter et son coéquipier Junior Harris ont terminé 23e sur 26 en course de bob à deux, une performance modeste mais qui témoigne de la progression de l’équipe. Mica Moore, porte-drapeau de la Jamaïque, occupait quant à elle la 15e place avant les deux dernières manches de l’épreuve de monobob féminin.
Si les médailles olympiques restent un objectif lointain, l’histoire de la Jamaïque en bobsleigh ne se résume pas aux résultats. Elle est indissociable du film « Cool Runnings », sorti en 1993, qui a popularisé l’équipe jamaïcaine de Calgary 1988 dans le monde entier. « Les gens viennent souvent me poser des questions sur ‘Cool Runnings’ et sur l’histoire », raconte Harris. « C’est agréable d’interagir avec les fans. Je prends le temps de leur répondre. »
Le financement demeure un défi majeur pour l’équipe jamaïcaine. Mica Moore a révélé avoir dépensé plus de 40 000 livres sterling (environ 54 500 dollars américains) pour financer sa saison olympique, faute de soutien financier suffisant. « C’est un sport très coûteux », souligne-t-elle. « Nous avons le cœur et la motivation, et c’est ce qui nous permet d’avancer. »
Moore voit un potentiel immense chez Pitter. « Shane adore piloter des bobsleigh », observe-t-elle. « Dès qu’il a un jour de congé, il veut retourner sur la glace. Il s’investit pleinement, et tant que le programme pourra le soutenir, il réussira. »
Pitter, qui a remporté dix médailles cette saison sur le circuit de la Coupe nord-américaine, dont huit en or à Lake Placid, New York, pourrait bien être celui qui permettra au bobsleigh jamaïcain d’être reconnu pour plus que son histoire cinématographique. Chris Stokes, président de la fédération jamaïcaine de bobsleigh, l’avait d’ailleurs qualifié de « meilleur jeune pilote » qu’ils aient eu.
L’équipe jamaïcaine a également bénéficié du soutien inattendu de Snoop Dogg, ambassadeur olympique de NBC et de Team USA, qui a pris le temps de partager un repas avec les athlètes. « Junior cuisinait pour Snoop Dogg, et il a adoré le poulet jerk », s’amuse Pitter.
Après les Jeux, Pitter compte reprendre sa carrière de pêcheur et continuer à partager ses exploits à travers des vidéos en ligne, espérant que sa participation olympique lui permettra d’élargir son public. Il ne s’est jamais essayé à la pêche sur glace, mais il établit un parallèle entre les deux disciplines : la pêche au harpon lui confère une force dans le haut du corps qui l’aide à obtenir une meilleure poussée au début de la piste de bobsleigh.
« Pour nous, c’est la vraie vie », conclut Pitter. « Le film est une fiction, mais nous, nous sommes la vraie équipe. »