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Le Sénat s’est prononcé sur le nouveau régime pénal pour mineurs qui abaisse l’âge d’imputabilité à 14 ans

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Publié le 19 février 2024 à 20h08. Le Sénat argentin s’apprête à abaisser l’âge de la responsabilité pénale à 14 ans pour certains crimes graves, une mesure controversée qui suscite l’émotion des familles de victimes et un débat passionné sur la justice des mineurs.

  • Le projet de loi, déjà adopté par la Chambre des députés, prévoit une peine maximale de 15 ans de prison pour les crimes les plus graves commis par des adolescents.
  • Des sanctions alternatives, telles que le travail d’intérêt général et la surveillance électronique, sont également prévues pour les infractions moins graves.
  • Le débat a été marqué par les témoignages poignants de familles endeuillées, réclamant une réponse plus ferme face à la délinquance juvénile.

La commission conjointe Justice et Budget du Sénat s’est prononcée ce jeudi sur le nouveau régime pénal pour mineurs, ouvrant la voie à un vote final la semaine prochaine. L’initiative, portée par le parti au pouvoir, vise à renforcer la lutte contre la criminalité juvénile en abaissant l’âge de la responsabilité pénale de 16 à 14 ans pour les crimes les plus graves, tels que les homicides, les vols avec violence, les agressions sexuelles et les enlèvements.

La séance a débuté par un incident procédural : le sénateur libertaire Juan Carlos Pagotto (La Rioja) a quitté la présidence de la commission Justice, laissant la place à Gonzalo Guzmán Coraita (Salta). Le budget reste, pour l’instant, sous la responsabilité d’Ézéchiel Atauche (Jujuy).

Le nouveau régime pénal prévoit également une série de sanctions alternatives pour les infractions passibles de moins de 10 ans de prison, incluant le blâme, l’interdiction de s’approcher de la victime, le travail d’intérêt général, la surveillance électronique, la réparation intégrale des dommages, l’interdiction de fréquenter certains lieux et le retrait du permis de conduire.

Parallèlement, le projet de loi insiste sur la création d’établissements spécialisés pour les mineurs condamnés, garantissant leur droit à l’éducation, aux soins médicaux et à la prise en charge des éventuelles addictions. Le personnel de ces centres devra être spécifiquement formé à la prise en charge des adolescents, et toute cohabitation avec des détenus adultes sera interdite.

L’initiative permettra également la suspension de la procédure de probation et de la médiation pénale juvénile pour les infractions mineures, sous réserve de l’accord de toutes les parties et du consentement explicite de la victime.

Un volet important du projet est la reconnaissance des droits des victimes dans le cadre de la procédure pénale pour mineurs. La loi garantit leur droit à être informées, entendues, assistées par un avocat, soutenues psychologiquement et de participer aux différentes étapes du processus, y compris aux mécanismes de réparation.

Gonzalo Guzmán Coraita a souligné que cette question remonte à 1980, date de la dernière dictature militaire, et qu’elle a fait l’objet de nombreuses tentatives législatives pour aboutir à une loi conforme aux normes constitutionnelles.

La sénatrice Juliana di Tullio (Buenos Aires) a critiqué Patricia Bullrich, dirigeante de La Libertad Avanza, pour ne pas avoir été invitée à la séance plénière, tout en soulignant qu’elle n’avait pas non plus fait d’opposition à la présence des familles de victimes. Guzmán a tenté d’apaiser la situation en expliquant que la décision avait été prise « à la dernière minute ».

Les témoignages entendus en plénière ont été particulièrement bouleversants. Laura Fernández, mère de Lara – assassinée le 1er janvier 2022 au Parque Barón, dans le district de Lomas de Zamora – a déclaré :

« On ne m’a pas donné la chance de lui dire au revoir, de faire don de ses organes. »

Elle a ensuite expliqué que le criminel, âgé de 15 ans, s’était évadé à deux reprises de l’établissement pour mineurs et qu’il bénéficiera d’une réduction de peine à l’âge de 16 ans. Elle a ajouté :

« Tout cela aurait pu être évité. Nous savons que ce n’est pas rétroactif pour nous, mais nous voulons éviter que d’autres vivent ce que nous vivons. Nous n’avons pas d’anniversaires, de Noël, de Nouvel An. Ils ont ruiné nos vies. »

Nicolas Sabo, fils du marchand de journaux Roberto Sabo – abattu de sang-froid en novembre 2021 – a affirmé qu’« un enfant qui s’empare d’une arme à feu cesse d’être un enfant ». Karina Albarenga, grand-mère de Lautaro Padín, décédé après une agression de groupe en dehors d’une fête, a également témoigné.

Quelques minutes avant 16 heures, le parti au pouvoir et ses alliés ont rassemblé les signatures nécessaires dans les deux commissions, obtenant ainsi une opinion favorable.

Eduardo Vischi (UCR, Corrientes) a critiqué le kirchnérisme pour son manque de dialogue et sa vision « excessivement garantiste », estimant que la loi protège davantage l’auteur du crime que la victime, face à une société qui réclame une réponse plus ferme.

Vischi a souligné :

« Le droit pénal arrive malheureusement trop tard. C’est une punition et non une prévention. »

Il a soutenu le texte issu de la Chambre des députés, tout en demandant à la commission Population d’analyser un projet visant à promouvoir une approche globale de la protection de l’enfance et de l’adolescence.

Patricia Bullrich a conclu en affirmant qu’« il n’est pas la même chose qu’un mineur qui tue, qui assassine, qui détruit la vie d’autrui, rentre chez lui comme si de rien n’était ». Elle a ajouté :

« Il n’y a rien de pire que l’impunité de constater qu’un crime n’est pas puni. C’est vivre dans une société de jungle, où la vie et les principes fondamentaux n’ont aucune valeur. »

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