Publié le 20 février 2026 à 20h28. Une étude scientifique révèle que les femmes souffrent de douleurs chroniques plus longtemps que les hommes, en raison de différences dans l’activité de certaines cellules immunitaires régulées par les hormones.
- Les femmes présentent une activité réduite de monocytes, des cellules immunitaires qui libèrent une molécule capable de réduire la douleur.
- Cette différence d’activité est liée aux niveaux d’hormones sexuelles, notamment la testostérone, plus élevés chez les hommes.
- Les chercheurs espèrent que ces découvertes pourront mener à de nouvelles thérapies non opioïdes pour soulager la douleur chronique.
La douleur chronique, un problème de santé publique majeur, affecte des millions de personnes à travers le monde. Si l’expérience de la douleur est subjective, une nouvelle étude menée par des chercheurs de la Michigan State University (MSU) suggère qu’il existe une base biologique à la différence observée dans sa durée entre les hommes et les femmes. Publiée dans la revue Science Immunology, cette recherche met en lumière le rôle crucial des monocytes, des cellules immunitaires influencées par les hormones, dans la régulation de la douleur.
L’équipe de Geoffroy Laumet, professeur agrégé de physiologie à la MSU, a découvert qu’un sous-ensemble de monocytes libère une molécule, l’interleukine-10 (IL-10), qui agit comme un « interrupteur » pour atténuer la douleur. Or, ces cellules se montrent plus actives chez les hommes, en raison de niveaux plus élevés d’hormones sexuelles comme la testostérone. Les femmes, en revanche, présentent une activité réduite de ces monocytes, ce qui se traduit par une douleur plus persistante et une récupération plus lente.
Les chercheurs ont observé ce schéma tant sur des modèles murins que chez des patients humains. En utilisant une technique de pointe appelée cytométrie spectrale en flux de haute dimension, ils ont confirmé que les monocytes jouent un rôle direct dans la communication avec les neurones sensibles à la douleur via la production d’IL-10. Ils ont également démontré que le blocage des hormones sexuelles mâles inverse cet effet chez les animaux.
« La différence de douleur entre les hommes et les femmes a une base biologique. Ce n’est pas psychologique, et ce n’est pas qu’ils soient faibles. C’est dans votre système immunitaire »,
Geoffroy Laumet, professeur agrégé de physiologie à MSU
Actuellement, l’évaluation de la douleur repose principalement sur l’auto-évaluation des patients, sur une échelle de 1 à 10. Cette méthode subjective peut être source d’incompréhension, notamment lorsque les femmes se plaignent plus fréquemment de douleurs chroniques, ce qui est parfois attribué à une simple différence de perception ou de signalement.
Les résultats de cette étude ouvrent la voie à une nouvelle approche thérapeutique, axée sur la modulation du système immunitaire pour améliorer la résolution de la douleur. L’objectif est de développer des traitements non opioïdes capables d’augmenter la production d’IL-10 et de soulager ainsi la douleur chronique avant qu’elle ne s’installe. Science, la revue qui a publié l’étude, propose une analyse plus approfondie des mécanismes en jeu.
« Cela ouvre de nouvelles voies pour les thérapies non opioïdes visant à prévenir la douleur chronique avant qu’elle ne s’installe », conclut Geoffroy Laumet, soulignant l’importance de ces découvertes pour améliorer la prise en charge de la douleur chez les femmes et les hommes.