Publié le 9 février 2026 à 05h00. Une simple analyse sanguine, mesurant le rapport entre les neutrophiles et les lymphocytes, pourrait constituer un nouvel outil de dépistage du trouble dépressif, selon une vaste étude chinoise publiée dans une revue scientifique américaine.
- Un ratio neutrophiles/lymphocytes élevé est associé à un risque accru de dépression, et potentiellement de suicide.
- L’étude, basée sur l’analyse de 37 essais cliniques impliquant plus de 88 000 participants, confirme le rôle de l’inflammation systémique dans la physiopathologie de la dépression.
- Ce test sanguin, peu coûteux et facilement accessible, pourrait aider à mieux stratifier les risques et à personnaliser les traitements.
Des chercheurs de l’Université de médecine traditionnelle chinoise du Shandong, à Jinan, ont mené une méta-analyse exhaustive de données issues de plusieurs essais cliniques. Leur objectif : déterminer si le rapport entre les neutrophiles et les lymphocytes, mesurable grâce à une formule sanguine complète de routine, pouvait servir de marqueur prédictif et pronostique du trouble dépressif.
Les neutrophiles et les lymphocytes sont deux types de globules blancs essentiels au système immunitaire. Les neutrophiles, plus nombreux, agissent comme une première ligne de défense en éliminant les agents pathogènes, tandis que les lymphocytes assurent une réponse immunitaire plus spécifique et durable. Selon le Revue de psychiatrie de Harvard, des études antérieures suggèrent que des anomalies dans la réponse immunitaire, notamment une diminution de la réactivité des lymphocytes et une activité dérégulée des neutrophiles, sont souvent observées chez les personnes souffrant de dépression.
L’équipe du Dr Yongjun Chen a analysé 37 études, toutes publiées en anglais entre 2015 et 2024, et regroupant un total de 88 019 participants âgés de 13 à 83 ans. La qualité de ces études a été évaluée à l’aide de l’échelle de Newcastle-Ottawa, obtenant des scores élevés (entre sept et huit étoiles sur neuf). Les analyses ont révélé que les personnes présentant un rapport neutrophiles/lymphocytes élevé avaient un risque 57 % plus élevé de développer un trouble dépressif que celles ayant un ratio faible, bien que les résultats aient présenté une certaine hétérogénéité.
De manière plus préoccupante, l’analyse de deux études a suggéré que les patients atteints de dépression et présentant un ratio élevé avaient un risque de suicide 56 % plus élevé que ceux ayant un ratio faible. Ce résultat, bien que nécessitant des confirmations supplémentaires, souligne l’importance potentielle de ce marqueur dans l’identification des personnes les plus vulnérables.
Les chercheurs ont également constaté que le rapport neutrophiles/lymphocytes était significativement plus élevé chez les patients souffrant de dépression par rapport aux personnes ne présentant pas de trouble. Cette observation a été confirmée dans une analyse portant sur 33 études. Une analyse de sensibilité a confirmé que les résultats n’étaient pas influencés de manière significative par une étude particulière.
« Ces conclusions mettent en évidence la pertinence clinique de l’inflammation systémique dans la physiopathologie du trouble dépressif »,
Dr Yongjun Chen, Université de médecine traditionnelle chinoise du Shandong
L’équipe du Dr Chen souligne que ce ratio pourrait constituer un outil « rentable et accessible pour éclairer la stratification des risques et les stratégies de traitement personnalisées dans les soins psychiatriques ». Des recherches supplémentaires sont toutefois nécessaires pour déterminer comment ce marqueur peut être utilisé de manière optimale dans la pratique clinique.