Publié le 07 octobre 2025. Une nouvelle approche de thérapie génique pourrait révolutionner la lutte contre le VIH. Des chercheurs de l’Université de Miami ont identifié une méthode prometteuse pour administrer durablement des anticorps largement neutralisants (BNAB) aux patients, ouvrant la voie à un traitement potentiellement plus efficace et économique.
- La livraison efficace et durable d’anticorps ciblant le VIH, appelés BNAB, restait un défi majeur.
- Une nouvelle étude explore l’utilisation de la rapamycine pour permettre une administration à long terme de ces anticorps via des vecteurs viraux.
- Les premiers résultats suggèrent que cette méthode pourrait offrir une prévention et un traitement du VIH plus durables et rentables.
La recherche sur le VIH a progressé significativement, notamment grâce au développement des anticorps largement neutralisants (BNAB). Ces molécules ont la capacité de neutraliser un large spectre de souches virales. Cependant, leur administration aux patients de manière efficace et sur le long terme représentait jusqu’à présent une impasse notable.
Une étude publiée dans la revue *Nature Communications* par une équipe de l’école de médecine Miller de l’Université de Miami, dirigée par le professeur Ronald Desrosiers, propose une solution innovante. Les chercheurs ont étudié l’impact d’un traitement temporaire avec la rapamycine, un médicament immunomodulateur, pour faciliter l’administration à long terme de BNAB anti-VIH. Cette administration se ferait à l’aide de vecteurs dérivés de virus adéno-associés (AAV), une technologie déjà explorée en thérapie génique.

Vers une thérapie génique améliorée
La thérapie génique, en particulier celle médiatisée par les AAV, offre la perspective d’une administration unique pour une production d’anticorps potentiellement à vie. Cette approche évite la nécessité de perfusions répétées, améliorant ainsi l’observance thérapeutique par les patients.

Malgré ce potentiel, cette stratégie a été freinée par les réponses immunitaires de l’hôte. Celles-ci peuvent entraîner le développement d’anticorps anti-médicaments (ADA) qui neutralisent les BNAB administrés, limitant ainsi leur efficacité thérapeutique. Les tentatives antérieures pour réduire l’immunogénicité, comme l’ingénierie des vecteurs ou la tolérisation des antigènes, n’ont abouti que des succès partiels.
L’étude visait donc à déterminer si un traitement transitoire par rapamycine pourrait prévenir la formation d’ADA et permettre une administration continue et durable des BNAB anti-VIH, en utilisant des modèles animaux.
Méthodologie de l’étude
La recherche s’est déroulée en deux phases distinctes:
- Phase 1 : Dix souris aux systèmes immunitaires fonctionnels ont été réparties en deux groupes. Cinq souris ont reçu de la rapamycine, tandis que les cinq autres ont servi de groupe témoin. La rapamycine a été administrée par voie intrapéritonéale, trois fois par semaine, à partir d’une semaine avant l’injection des vecteurs AAV et pendant 11 semaines. Toutes les souris ont reçu des vecteurs AAV9 codant pour le BNAB immunogène C-RH 3BNC117. Les taux plasmatiques de BNAB et d’ADA ont été suivis sur une période de 28 semaines.
- Phase 2 : Cinq macaques rhésus ont reçu des injections quotidiennes de rapamycine pendant deux semaines avant l’administration des vecteurs AAV, puis trois fois par semaine pendant 12 semaines. Chaque singe a reçu trois vecteurs AAV9 codant pour différents BNAB : C-RH 3BNC117, C-RH 10-1074 et C-RH PGT145. Les taux sériques de BNAB et les réponses ADA ont été surveillés pendant plus d’un an.
Résultats clés : une absence d’anticorps indésirables
Chez les souris traitées à la rapamycine, aucun ADA n’a été détecté pendant et après le traitement. À l’inverse, les souris du groupe témoin ont développé des réponses ADA significatives. Le groupe traité a maintenu des taux plasmatiques de BNAB considérablement plus élevés, signe d’une administration à long terme réussie.
Chez les singes, 12 des 15 tentatives d’administration de BNAB ont abouti à des niveaux thérapeutiques d’anticorps soutenus et à une formation minimale d’ADA. Il est important de noter que les réponses ADA n’ont émergé que chez les animaux dont les taux de rapamycine étaient sous-thérapeutiques, soulignant ainsi l’importance d’un dosage adéquat.
L’importance de cette avancée
Cette recherche constitue une avancée majeure vers la création d’une thérapie génique à base d’anticorps viable pour la prévention et le traitement du VIH. En contournant les réponses immunitaires indésirables, le traitement transitoire par rapamycine pourrait permettre une administration à long terme et constante d’anticorps thérapeutiques, le tout à partir d’une seule administration. Cette approche pourrait potentiellement :
- Réduire la charge des perfusions répétées et améliorer l’adhésion des patients au traitement.
- Diminuer les coûts des soins de santé en réduisant le besoin de production continue d’anticorps.
- Améliorer la durabilité et l’efficacité de la prophylaxie et de la thérapie contre le VIH, particulièrement dans les contextes à ressources limitées.
Le traitement transitoire par rapamycine offre ainsi des preuves concrètes et un espoir pour une prévention et un traitement durables et rentables du VIH, une conclusion particulièrement gratifiante pour le Dr Desrosiers.
« J’ai apporté plusieurs contributions scientifiques importantes au cours de ma carrière, y compris la découverte initiale du SIV, le parent proche du VIH. Mais ces contributions sont toutes à un niveau fondamental et théorique. C’est la première fois dans ma carrière que je contribue à quelque chose qui s’applique directement à l’utilisation humaine. »
Dr Ronald Desrosiers, professeur de pathologie et médecine de laboratoire, vice-président de la recherche fondamentale à l’école de médecine Miller de l’Université de Miami
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