Publié le 18 octobre 2025. Une découverte astronomique vient de lever le voile sur l’origine de l’eau dans notre système solaire : de l’eau lourde a été détectée autour de la jeune étoile V883 Orionis, suggérant qu’elle est plus ancienne que l’étoile elle-même.
- L’eau présente dans le disque de formation planétaire de V883 Orionis contient une proportion significative d’eau lourde.
- Ce rapport élevé d’eau lourde prouve que l’eau existait avant la formation de l’étoile, provenant potentiellement du nuage moléculaire originel.
- Cette observation apporte un lien direct entre l’eau interstellaire et celle qui forme les planètes, y compris la Terre.
C’est grâce à l’observatoire ALMA (Atacama Large Millimeter/submillimeter Array), un ensemble de 66 radiotélescopes situé dans le désert d’Atacama au Chili, que cette observation a pu être réalisée. La jeune étoile V883 Orionis, localisée à environ 1 350 années-lumière de notre planète, fait partie de la célèbre Nébuleuse d’Orion.
Qu’est-ce que l’eau lourde ?
L’eau que nous connaissons est composée de deux atomes d’hydrogène et d’un atome d’oxygène. Dans le cas de l’eau lourde, les atomes d’hydrogène sont remplacés par du deutérium, un isotope de l’hydrogène qui possède un neutron supplémentaire dans son noyau. Cette particularité confère à l’eau lourde une masse légèrement supérieure à celle de l’eau ordinaire.
Dans notre propre système solaire, on retrouve de l’eau lourde notamment dans les comètes. Le ratio entre l’eau lourde et l’eau ordinaire dans ces corps célestes sert d’indice aux scientifiques pour reconstituer l’histoire de l’eau au sein des systèmes planétaires.
Une eau ancestrale
Jusqu’à présent, la question de l’origine de l’eau dans les comètes et les planètes restait ouverte : s’agissait-il d’eau formée récemment autour des jeunes étoiles, ou bien d’une eau ancienne issue des vastes nuages interstellaires ? John Tobin, de l’Observatoire national de radioastronomie (NRAO) aux États-Unis, résume cette interrogation : « Auparavant, nous ne savions pas si la majeure partie de l’eau des comètes et des planètes s’était formée récemment dans de jeunes disques comme celui de V883 Ori, ou s’il s’agissait d’eau pure provenant d’anciens nuages interstellaires. »
Les données recueillies par ALMA apportent désormais une réponse claire. Si l’eau lourde présente autour de V883 Orionis avait été soumise à une forte chaleur et s’était décomposée, son taux serait faible. Or, les observations révèlent un rapport d’eau lourde élevé, représentant le double de celui constaté dans notre système solaire.
« Cette détection démontre de manière irréfutable que l’eau dans le disque formant la planète est plus ancienne que l’étoile centrale. »
Margot Leemker, Université de Milan (directrice de l’étude)
Margot Leemker, de l’Université de Milan, qui a dirigé cette étude, souligne l’importance de cette découverte : « Cette détection démontre de manière irréfutable que l’eau dans le disque formant la planète est plus ancienne que l’étoile centrale. » Elle ajoute que cette avancée majeure éclaire le parcours de l’eau, depuis les nuages interstellaires jusqu’aux planètes en formation, ouvrant ainsi des perspectives sur la manière dont l’eau a pu arriver sur Terre.
L’étoile V883 Orionis, âgée d’environ 500 000 ans, est encore une étoile très jeune. L’eau détectée autour d’elle pourrait remonter à plusieurs milliards d’années, bien avant la naissance de l’étoile elle-même.
Cette observation constitue la première preuve directe reliant l’eau interstellaire à l’eau qui, ultimement, forme les planètes et les comètes. Un indice précieux pour comprendre les origines de l’eau dans l’ensemble des systèmes planétaires, y compris le nôtre.