Publié le 2024-06-10 10:00:00. Une technologie issue d’un accident de laboratoire pourrait révolutionner la lutte contre le cancer. L’histotripsie, utilisant des ondes ultrasonores pour détruire les tumeurs avec une précision millimétrique, suscite un nouvel espoir thérapeutique.
- L’histotripsie, une méthode d’imagerie ultrasonore modifiée, offre une alternative non invasive à la chirurgie et à la radiothérapie.
- Approuvée aux États-Unis en 2023 pour les tumeurs hépatiques, elle a montré un taux de succès de 95 % dans des études préliminaires.
- Le Royaume-Uni a récemment lancé un programme pilote pour proposer cette technique douce, notamment aux patients jugés trop fragiles pour des interventions conventionnelles.
Ce qui n’était au départ qu’un simple accident de laboratoire pourrait bien changer la donne dans le domaine de la médecine oncologique. Les ultrasons à haute fréquence, dont l’usage se limitait principalement à l’imagerie médicale, sont désormais explorés comme une arme redoutable contre les tumeurs. Cette approche novatrice, baptisée histotripsie, parvient à détruire les tissus cancéreux avec une précision chirurgicale, sans recourir au scalpel, aux radiations ou à la chaleur.
L’origine de cette découverte remonte au début des années 2000, à l’Université du Michigan. L’ingénieur Zhen Xu menait des expériences sur l’utilisation des ultrasons pour éliminer les tissus malades sans intervention chirurgicale. Les premiers essais furent loin d’être concluant, générant un bruit si intense qu’il dérangea ses collègues. Pour atténuer cette nuisance sonore, Xu augmenta la fréquence des impulsions ultrasonores. Le résultat fut alors stupéfiant : en l’espace d’une minute, un trou apparut dans le tissu cardiaque d’un animal testé. Cette coïncidence fortuite donna naissance à l’histotripsie.
La méthode repose sur des impulsions ultrasoniques d’une durée extrêmement courte qui créent des bulles de gaz microscopiques. Ces « microbulles » se dilatent puis s’effondrent violemment, provoquant une rupture mécanique des cellules tumorales. Les débris cellulaires sont ensuite pris en charge et éliminés par le système immunitaire du patient.
Une alternative douce à la chirurgie
Depuis cette découverte, la technologie a connu un développement fulgurant. En 2023, elle a reçu sa première approbation aux États-Unis pour le traitement des tumeurs du foie. Une étude publiée a rapporté l’élimination complète du tissu tumoral dans 95 % des cas, la plupart des patients pouvant quitter l’hôpital le jour même. La Grande-Bretagne a emboîté le pas en juin 2024, le National Health Service (NHS) devenant le premier organisme européen à intégrer cette technique dans le cadre d’un programme pilote. L’objectif est de proposer un traitement plus doux aux personnes pour qui les opérations chirurgicales conventionnelles présentent un risque trop élevé.
Comment la tumeur éclate
Durant le traitement, un bras robotique cible avec une précision millimétrique la zone affectée à l’aide d’ondes sonores. La zone ciblée est d’une taille infime, comparable à la pointe d’un feutre. Les cellules tumorales se désagrègent en une fraction de seconde, sans affecter les tissus sains environnants. Contrairement à la radiothérapie traditionnelle, ce traitement ne provoque ni chaleur ni brûlures, et les patients peuvent généralement regagner leur domicile quelques heures après la séance.
Prometteur, mais avec des questions en suspens
Malgré les succès notables, la recherche en est encore à ses débuts. Les données à long terme sur la récidive des tumeurs après histotripsie font défaut. De plus, il reste à confirmer si la destruction des cellules cancéreuses pourrait entraîner une dissémination de celles-ci dans l’organisme. Toutefois, les études menées sur des modèles animaux suggèrent que ce risque est faible.
Tous les types de tumeurs ne sont pas compatibles avec ce traitement. Les os et les organes remplis d’air, tels que les poumons, peuvent entraver la propagation des ondes sonores. La méthode est actuellement à l’étude pour le traitement des cancers du rein et du pancréas.
L’échographie, un atout pour d’autres thérapies
En complément de l’histotripsie, les chercheurs explorent également les HIFU (High-Intensity Focused Ultrasound), une technique plus ancienne qui consiste à « cuire » les tumeurs par chaleur ciblée. Ces deux approches sont considérées comme non invasives et bien tolérées. L’échographie pourrait également, à l’avenir, optimiser d’autres formes de traitement. Des recherches indiquent que, combinée à de minuscules microbulles, elle pourrait permettre une administration plus ciblée de médicaments dans le cerveau ou les tissus tumoraux. L’immunothérapie et la radiothérapie pourraient ainsi gagner en efficacité et en tolérance.