Home Santé Les aliments ultra-transformés peuvent augmenter le risque de problèmes de santé mentale – Dr Lim Poh Khuen

Les aliments ultra-transformés peuvent augmenter le risque de problèmes de santé mentale – Dr Lim Poh Khuen

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Publié le 2024-02-29 10:30:00. L’élargissement du programme d’aide alimentaire SARA en Malaisie soulève des inquiétudes quant à une contradiction politique : alors que les aliments ultra-transformés sont bannis des cantines scolaires, ils sont désormais subventionnés pour les familles à faible revenu, avec des conséquences potentielles sur la santé mentale et le développement neurologique.

  • Le programme SARA, conçu pour aider les familles, pourrait paradoxalement encourager la consommation d’aliments néfastes pour la santé.
  • Les aliments ultra-transformés (AUP) ont un impact sur l’axe intestin-cerveau, pouvant favoriser l’inflammation et augmenter le risque d’anxiété et de dépression.
  • La Malaisie fait face à un triple fardeau nutritionnel, et l’exposition précoce aux AUP pourrait compromettre le développement cognitif des jeunes générations.

L’extension du programme Sumbangan Asas Rahmah (SARA) – un dispositif d’aide alimentaire destiné aux populations vulnérables – a rouvert un débat délicat en Malaisie. Si l’objectif affiché est d’assurer un accès plus large à une alimentation de base, la composition même des produits subventionnés est remise en question. Récemment, le ministère de l’Éducation a interdit la présence de produits ultra-transformés tels que les nuggets, les saucisses et les nouilles instantanées dans les cantines scolaires, considérés comme peu favorables à la santé des élèves. Or, des produits similaires sont désormais accessibles, et même encouragés, grâce aux subventions du programme SARA.

Au-delà des préoccupations traditionnelles liées à l’obésité, au diabète, aux maladies cardiovasculaires et au cancer, les experts s’alarment des conséquences à long terme de ces régimes alimentaires riches en aliments ultra-transformés (AUP) sur le développement neurologique et la santé mentale. La psychiatrie moderne reconnaît que le cerveau, organe le plus énergivore du corps (consommant environ 20 % des ressources métaboliques totales), est particulièrement sensible à la qualité de son « carburant » et aux signaux inflammatoires émis par l’organisme.

L’axe intestin-cerveau, véritable « autoroute » biologique bidirectionnelle entre le système digestif et le système nerveux central, joue un rôle crucial dans cette interaction. Les AUP agissent comme un perturbateur persistant de ce système délicat. Si l’on sait que la majorité de la sérotonine, hormone du bien-être, est synthétisée dans l’intestin, l’impact réel des AUP réside dans la modification des signaux transmis de l’intestin au cerveau. Une alimentation dominée par des produits industriels déclenche un état d’inflammation chronique, et une consommation prolongée d’AUP est associée à des changements structurels et fonctionnels cérébraux pouvant précéder la neurodégénérescence.

Les implications de cette situation sont particulièrement préoccupantes pour les enfants et les adolescents. La Malaisie est confrontée à un « triple fardeau » de malnutrition : retard de croissance, obésité et carences en micronutriments. L’enfance et l’adolescence constituent des périodes critiques pour la maturation neuronale, et les carences nutritionnelles peuvent altérer la fonction exécutive et entraîner des troubles du développement. L’exposition précoce aux AUP pourrait également augmenter le risque de troubles de santé mentale. En rendant les aliments les plus caloriques et les plus transformés les plus abordables, les politiques publiques ne façonnent pas seulement le poids des individus, mais aussi leur architecture cognitive.

L’argument économique souvent avancé en faveur des AUP – leur stabilité de conservation et leur faible coût immédiat – est en réalité un pari risqué. En Malaisie, les problèmes de santé mentale représentent déjà une perte de productivité estimée à plus de 14 milliards de RM. Si les habitudes alimentaires favorisant l’inflammation contribuent, même marginalement, à la demande croissante de soins en santé mentale, les coûts à long terme dépasseront largement les économies réalisées grâce aux subventions alimentaires.

Il est donc impératif d’aligner les politiques fiscales sur les objectifs de santé publique. Cela passe par une révision des critères d’éligibilité des programmes d’aide comme SARA, en privilégiant les « aliments cérébraux » riches en nutriments – légumes verts à feuilles, baies, protéines peu transformées – plutôt que les produits industriels ultra-transformés. L’éducation du public doit également être renforcée, en mettant l’accent sur l’impact des habitudes alimentaires sur la résilience cognitive, la concentration et la stabilité émotionnelle. Enfin, la mise en place d’un système de classification clair et accessible des aliments, indiquant leur niveau de transformation au moment de l’achat, permettrait aux consommateurs de faire des choix éclairés.

Alors que la Malaisie est confrontée à une demande croissante de services de santé mentale, il est essentiel de veiller à ce que les politiques alimentaires ne financent pas involontairement la crise qu’elle s’efforce de résoudre. L’abordabilité immédiate ne doit pas compromettre la santé cognitive à long terme. Il est impératif d’évaluer la politique alimentaire non seulement en termes de calories et de coût, mais aussi en fonction de son impact durable sur l’esprit malaisien, étape fondamentale pour construire une nation plus saine et plus résiliente.

L’auteur est psychiatre consultant invité au Sunway Medical Center Damansara.

  • Il s’agit de l’opinion personnelle de l’auteur ou de la publication et ne représente pas nécessairement le point de vue de CodeBleu.

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