Home Santé Les consommateurs de cannabis peuvent être plus à risque de diabète : la raison surprenante

Les consommateurs de cannabis peuvent être plus à risque de diabète : la raison surprenante

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Publié le 2 novembre 2025 à 15h10. Une étude présentée à Vienne établit un lien inquiétant entre la consommation de cannabis et un risque accru de diabète de type 2. Les chercheurs explorent les mécanismes possibles, biologiques et comportementaux, derrière cette corrélation.

  • Une étude à grande échelle révèle que les consommateurs de cannabis ont près de quatre fois plus de risques de développer un diabète de type 2.
  • Deux hypothèses principales sont avancées pour expliquer ce lien : une résistance accrue à l’insuline et des changements dans les habitudes alimentaires, notamment des envies de nourriture accrues.
  • La communauté scientifique souligne la complexité du sujet et la nécessité de recherches supplémentaires pour confirmer ces résultats, la littérature existante étant encore contradictoire.

Alors que l’usage du cannabis, y compris à des fins médicinales, gagne du terrain à l’échelle mondiale, les investigations scientifiques continuent de sonder ses implications sur la santé. Une recherche d’envergure, dévoilée lors de la réunion annuelle de l’Association européenne pour l’étude du diabète (EASD) 2025 à Vienne, met en lumière une association préoccupante : une consommation régulière de cannabis pourrait significativement augmenter le risque de développer un diabète de type 2.

Menée par le Dr Ibrahim Kamel du Boston Medical Center (Massachusetts), l’étude a scruté les données médicales de près de 96 800 individus diagnostiqués pour consommation de cannabis, issus de 54 centres médicaux aux États-Unis et en Europe. Ce groupe a été comparé à une cohorte de plus de 4,16 millions de personnes sans antécédents de ce type de consommation.

Après une période de suivi de cinq ans, l’analyse a révélé une incidence de diabète de type 2 de 2,2 % chez les consommateurs de cannabis, contre seulement 0,6 % dans le groupe de contrôle. Une fois ajustés les facteurs de risque connus tels que l’hypertension, le cholestérol élevé, la consommation d’alcool ou de cocaïne, et les maladies cardiovasculaires, il est apparu que les consommateurs de cannabis étaient près de quatre fois plus susceptibles de développer la maladie.

Le Dr Kamel a lui-même qualifié l’ampleur de ce lien de « surprenante, car nous ne sommes pas encore certains du mécanisme exact ». Il a toutefois précisé que cette étude établit une corrélation et non une causalité directe.

Pour élucider cette relation, les chercheurs privilégient deux pistes principales. La première concerne un mécanisme biologique direct lié à la résistance à l’insuline. Il est suggéré que le cannabis pourrait favoriser le développement du diabète par une surstimulation du système endocannabinoïde, notamment par l’activation du récepteur CB1. Cette action pourrait entraîner une accumulation de graisse viscérale et hépatique, un facteur clé dans l’apparition de la résistance à l’insuline. Le Dr Kamel évoque également la possibilité d’une légère inflammation, d’un stress oxydatif et d’un dysfonctionnement des cellules bêta, qui perturbent l’équilibre glycémique.

La seconde hypothèse met l’accent sur les aspects comportementaux, en particulier les habitudes alimentaires. Des données expérimentales et épidémiologiques indiquent que la consommation de cannabis peut accroître la quantité et la qualité des aliments ingérés, un phénomène souvent qualifié de « fringales » ou « munchies ». L’activation du récepteur CB1 semble ainsi renforcer la valeur récompensatrice des aliments appétissants. Ces modifications de l’alimentation, en entraînant une surcharge calorique et un stress glycémique, favoriseraient l’émergence du diabète de type 2.

Malgré cette association significative, le Dr Jason Ng, endocrinologue non impliqué dans l’étude, rappelle que la littérature scientifique sur le sujet reste mitigée. Certaines recherches antérieures, parues dans la revue *Diabetes Care* en 2024, avaient même suggéré des bénéfices potentiels, tels qu’une meilleure sensibilité à l’insuline ou un impact neutre sur la prise de poids chez les patients diabétiques consommateurs de cannabis. Ces observations soulignent la complexité de l’interaction entre le cannabis et le métabolisme.

En l’absence de données convergentes, les résultats présentés à l’EASD 2025, bien qu’importants, doivent être considérés comme préliminaires en attendant leur publication officielle dans une revue à comité de lecture.

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