Publié le 25 octobre 2025. Des chercheurs de l’Université de Hong Kong ont dévoilé une découverte majeure : certains coronavirus, autrefois associés au MERS et pensés pour utiliser le récepteur DPP4, se lient en réalité à l’enzyme ACE2 pour infecter les cellules. Cette trouvaille, parue dans *Nature Microbiology*, bouleverse notre compréhension de l’évolution virale et de la transmission interespèces.
- Une famille de coronavirus, le clade HKU25, utilise l’enzyme ACE2, habituellement liée aux virus du type SARS, pour pénétrer dans les cellules hôtes.
- Cette découverte remet en cause la classification établie des coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) et suggère une plasticité plus grande que prévu dans le choix des récepteurs viraux.
- L’étude révèle un potentiel de transmission zoonotique accru, appelant à une surveillance renforcée des populations de chauves-souris et à une réévaluation des stratégies de lutte contre les pandémies.
Jusqu’à présent, la science distinguait clairement les coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) qui privilégient la protéine DPP4 (dipeptidyl peptidase 4) comme porte d’entrée cellulaire, des coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) qui ciblent l’ACE2 (enzyme de conversion de l’angiotensine 2). Or, une équipe de l’Université de Hong Kong, dirigée par Liu, Park et Ma, vient de démontrer que des coronavirus du clade HKU25, étroitement liés au MERS, exploitent paradoxalement l’ACE2. Cette observation fait figure de tournant dans l’étude de la phylogénie virale et des interactions hôte-pathogène.
Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont employé des méthodes de pointe. Ils ont utilisé des systèmes de pseudovirus imitant fidèlement les enveloppes virales naturelles, couplés à des analyses de liaison rigoureuses. La microscopie cryoélectronique (cryo-EM) et la résonance plasmonique de surface (SPR) ont permis de mettre en évidence la conformation du domaine de liaison au récepteur (RBD) de la protéine Spike (S) des virus HKU25. Cette structure s’avère remarquablement efficace pour se lier à l’ACE2, affichant une affinité comparable, voire supérieure, à celle observée chez certains coronavirus apparentés au SRAS.
Ces résultats impliquent que la spécificité des récepteurs chez les bêtacoronavirus est bien plus malléable qu’on ne le pensait. On peut ainsi envisager un continuum évolutif où différents coronavirus zoonotiques, malgré des liens de parenté, pourraient exploiter les voies d’entrée via l’ACE2. Les implications sont considérables, car le choix du récepteur influence directement la gamme d’hôtes potentiels et le potentiel pathogène d’un virus, impactant de fait les évaluations des risques de transmission de l’animal à l’homme.
L’analyse phylogénétique a révélé que le clade HKU25 occupe une niche particulière au sein des Merbecovirus, distincte des souches classiques de MERS-CoV. La protéine Spike de ces virus HKU25 présente des caractéristiques suggérant une adaptation aux chauves-souris et à d’autres orthologues de l’ACE2 chez les mammifères. Ce constat souligne la dynamique potentielle de transmission entre espèces, nécessitant une attention particulière.
Des études détaillées des interactions moléculaires ont mis en lumière des mutations subtiles mais déterminantes à l’interface de liaison entre le RBD de HKU25 et l’ACE2. Ces modifications améliorent l’affinité pour les variants d’ACE2 présents chez les chauves-souris, les primates non humains et même les humains. Cela suggère une menace zoonotique latente, susceptible de déclencher de futures épidémies en cas de franchissement de la barrière d’espèce.
Sur le plan biologique, ces découvertes remettent en question le dogme selon lequel les coronavirus proches du MERS se limitent à une entrée cellulaire médiatisée par le DPP4. Le répertoire des récepteurs pour cette lignée virale s’élargit, ouvrant la voie à des tropismes cellulaires et des pathogénèses distincts, influençant la spécificité tissulaire et les stratégies d’évasion immunitaire.
Du point de vue de la biologie structurale, les reconstructions en cryo-EM montrent une similitude frappante entre la configuration de liaison ACE2 du RBD de HKU25 et celle du SARS-CoV-2. Des résidus clés conservés établissent des interactions stables avec le récepteur. Ce mimétisme structurel pourrait être le résultat d’une évolution convergente optimisée pour l’interaction avec l’ACE2, offrant ainsi un modèle précieux pour le développement d’antiviraux ciblés.
D’un point de vue épidémiologique, l’identification de l’utilisation de l’ACE2 par les virus HKU25 renforce la nécessité d’une surveillance accrue dans les populations de chauves-souris, réservoirs naturels de nombreux coronavirus. La compatibilité de ces virus avec l’ACE2 humain constitue une menace tangible de transmission zoonotique.
Ces recherches ont également des implications importantes pour la préparation en matière de santé publique. Les stratégies thérapeutiques et les vaccins actuels se concentrent souvent sur les voies d’entrée spécifiques aux récepteurs connus. L’émergence de coronavirus liés au MERS exploitant l’ACE2 pourrait nécessiter une réévaluation de ces contre-mesures pour assurer leur efficacité face à un spectre viral plus large.
L’étude incite à reconsidérer les paradigmes de classification des coronavirus et la coévolution des récepteurs de l’hôte. La flexibilité observée dans l’utilisation des récepteurs suggère un paysage évolutif dynamique, où le changement ou la double utilisation des récepteurs peut faciliter l’adaptation à de nouveaux hôtes et environnements.
Cette découverte souligne l’importance capitale de combiner la biologie moléculaire, l’analyse structurelle et la virologie pour comprendre les mécanismes d’entrée virale. Ces approches intégrées sont essentielles pour anticiper l’émergence virale et concevoir des stratégies d’intervention robustes face aux futures pandémies.
De plus, l’identification des virus du clade HKU25 utilisant l’ACE2 met en évidence la nécessité d’améliorer les outils de diagnostic pour détecter une gamme plus étendue d’interactions avec les récepteurs de coronavirus. Cela permettrait une détection plus précoce des événements de transmission zoonotique et affinerait les stratégies d’atténuation des risques.
En conclusion, l’étude de Liu, Park, Ma et leurs collègues enrichit considérablement notre compréhension de la biologie des coronavirus. Elle remet en question des hypothèses établies et ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche sur l’évolution virale, la zoonose et la préparation pandémique. Leurs travaux invitent la communauté scientifique à considérer l’ACE2 non seulement comme un récepteur des virus du SRAS, mais aussi comme un acteur exploité par certains coronavirus liés au MERS, reflétant l’adaptabilité virale à un niveau moléculaire.
Alors que le monde continue de faire face aux conséquences des pandémies de coronavirus, les connaissances sur l’utilisation des récepteurs ouvrent des voies cruciales pour l’innovation thérapeutique, le développement de vaccins et la surveillance. L’inattendue flexibilité des récepteurs des virus HKU25 appelle à élargir les horizons de recherche et à encourager la collaboration interdisciplinaire pour prévenir la prochaine menace virale mondiale.