Washington a ouvert un canal de communication informel pour les médecins allemands confrontés à des poursuites pénales liées à la pandémie de Covid-19, intensifiant ainsi un différend avec Berlin sur la gestion de la crise sanitaire. L’initiative américaine intervient après des accusations publiques du secrétaire à la Santé américain Robert F. Kennedy Jr. concernant le traitement réservé aux médecins allemands.
Selon des informations obtenues par la Neue Zürcher Zeitung, le ministère américain de la Santé a mis en place une plateforme permettant aux médecins allemands de signaler ce qu’ils considèrent comme un traitement injuste de la part des autorités allemandes. Ce centre de signalement est dirigé par Bethany Kozma, responsable des affaires mondiales au sein du ministère américain.
Le cœur du litige concerne les poursuites engagées contre des médecins ayant délivré des certificats d’exemption du port du masque ou de la vaccination. Plusieurs centaines de dossiers sont encore en cours, mais plus d’un millier ont déjà été clos par des juges qui ont infligé des amendes allant jusqu’à 25 000 euros, des interdictions professionnelles et, dans certains cas, des peines de prison.
Ce conflit fait suite à une lettre adressée début janvier par Robert F. Kennedy Jr. à son homologue allemande, Nina Warken, dans laquelle il dénonçait ces poursuites pénales. Kennedy Jr. avait alors affirmé que le gouvernement allemand ne respectait pas l’autonomie des patients, déclarant : « Lorsqu’un gouvernement criminalise les médecins qui conseillent leurs patients, il franchit une ligne que les sociétés libres ont toujours considérée comme sacro-sainte. » Il avait également accusé Berlin de vouloir faire des médecins de simples « exécuteurs de la politique de l’État ».
Nina Warken avait immédiatement rejeté ces accusations, les qualifiant de « sans fondement » et de « factuellement incorrectes ». Elle avait même proposé d’expliquer personnellement la situation à son homologue américain, une offre que Washington a ignorée en lançant cette initiative discrète.
Deux réunions virtuelles ont déjà eu lieu entre des médecins allemands et Bethany Kozma. Lors de ces échanges, les médecins ont exposé les détails de leurs procédures judiciaires et les conséquences professionnelles et personnelles qu’elles entraînent. Kozma a manifesté de l’intérêt et de la compassion, selon les participants. D’autres réunions sont prévues, avec une cinquantaine de participants à chaque fois.
Ni les États-Unis ni le ministère allemand de la Santé n’ont souhaité commenter ces rencontres.
L’intervention américaine intervient alors que la question des certificats d’exemption du port du masque reste sensible en Allemagne. En avril 2020, le port du masque était obligatoire, mais des exceptions étaient prévues pour les personnes présentant des problèmes de santé. Les certificats d’exemption devaient être délivrés sous certaines conditions, et ceux établis sans examen médical préalable étaient considérés comme non valides.
Le ministre allemand de la Santé a affirmé que les poursuites pénales n’avaient lieu qu’en cas de fraude ou de falsification de documents, comme la création de faux certificats de vaccination ou d’exemption du port du masque. Cette affirmation a été contestée par certains médecins, qui se sentent personnellement discrédités et ont engagé des actions en justice.
L’avocat Markus Haintz souligne que « de nombreux médecins concernés ont été condamnés uniquement pour avoir délivré des certificats de santé incorrects. Cette infraction pénale est passible d’une peine nettement inférieure à celle de la fraude ou de la contrefaçon ». L’avocat constitutionnel Volker Boehme-Nessler estime quant à lui que les condamnations prononcées pour des certificats de masque incorrects sont « inacceptables du point de vue de la justice », arguant que l’obligation du port du masque était en grande partie inutile et donc inconstitutionnelle.
Boehme-Nessler plaide pour une amnistie des infractions liées à la pandémie, à l’instar de ce qui a été fait en Espagne, où plus de 92 000 amendes ont été annulées en 2025 et où plus d’un million de demandes de remboursement sont attendues. En Allemagne, une telle amnistie soulèverait des questions complexes, avec 354 condamnations prononcées en Saxe et 805 dans le Bade-Wurtemberg à la fin de 2025, contre un nombre beaucoup plus faible dans d’autres Länder.