Publié le 2025-10-18 07:00:00. Une vague de cambriolages violents orchestrée par des gangs irlandais, s’étendant jusqu’en Australie et aux États-Unis, pousse la police irlandaise et Europol à adopter des stratégies similaires à celles employées contre les cartels de la drogue.
- Des réseaux criminels irlandais ciblent des propriétés luxueuses à l’étranger, réalisant des vols considérables en quelques jours.
- Les forces de l’ordre irlandaises intensifient leur coopération internationale, partageant des renseignements via Europol pour démanteler ces organisations.
- La violence potentielle lors des interpellations et la sophistication des opérations soulèvent des inquiétudes majeures.
Les forces de l’ordre irlandaises, sous l’impulsion du Garda Síochána (la police nationale irlandaise) et avec le soutien d’Europol, l’agence européenne de coopération policière, déploient des tactiques d’envergure. Ces méthodes, auparavant réservées à la lutte contre les cartels internationaux de stupéfiants, sont désormais mises en œuvre face à une série de cambriolages audacieux menés par des gangs irlandais bien organisés. Si la coopération avec le Service de police d’Irlande du Nord (PSNI) est une constante, ces groupes ont étendu leurs activités bien au-delà des frontières, ciblant de grandes villes britanniques, mais aussi des propriétés en Australie et aux États-Unis.
Ces bandes criminelles démontrent une planification méticuleuse, s’installant dans des régions ciblées, collectant des informations précises sur leurs proies avant de passer à l’action. Le Bureau de la criminalité organisée du Garda a identifié sept groupes principaux, dont la plupart des dirigeants sont basés dans les comtés de Dublin, Kildare et Limerick, avec des membres disséminés à travers le pays. Les renseignements partagés via Europol font état d’un gang originaire de Limerick impliqué dans des cambriolages et des escroqueries dans le secteur de la construction en Italie, en Belgique, en Allemagne, au Portugal, en Norvège, en Afrique du Sud, ainsi qu’en Colombie et au Chili.
Ces opérations, souvent qualifiées de « cambriolages express » (« fly-in-fly-out »), permettent aux malfaiteurs de dérober en quelques jours des sommes importantes en liquide et des objets de valeur, parfois dépassant les 200 000 € pour un seul cambriolage. En 2022, un antiquaire du nord du pays a ainsi été victime d’un vol de bijoux estimé à 250 000 €.
Le Bureau de la criminalité organisée compile actuellement des dossiers détaillés sur ces gangs, incluant leur profil, leurs modes opératoires, leurs déplacements et leurs projets futurs. Ces informations sont transmises à Europol pour diffusion aux forces de l’ordre internationales. Cette approche stratégique s’inspire de la lutte menée contre les réseaux de trafic de drogue irlandais qui ont également étendu leur emprise à l’international, s’implantant en Espagne, aux Pays-Bas ou encore à Dubaï.
« Quand la pression augmente ici, ils traversent la frontière. Nous sommes donc en contact permanent avec le PSNI et les polices britanniques », confie une source proche des enquêtes. « Nous avons vu certains de ces individus dévaliser des quartiers entiers à Londres, puis se rendre en Écosse avant de revenir. Leur préparation est toujours irréprochable lorsqu’ils ciblent une zone. » Les gangs privilégient les pays anglophones, bien que des incursions en Europe continentale aient été signalées.
Les autorités s’inquiètent non seulement de l’ampleur des vols, mais aussi de la violence que ces gangs pourraient employer, notamment en cas de tentative de fuite ou de confrontation avec les propriétaires. Le Bureau des avoirs criminels (CAB) a déjà mis en lumière des opérations financières internationales d’envergure. Dans un cas toujours en cours, un gang basé en Australie aurait rapatrié l’équivalent d’un million de dollars australiens (environ 550 000 €) en Irlande via des virements sur une longue période.
En Australie, trois suspects irlandais ont été arrêtés l’année dernière, suspectés d’avoir dérobé 612 000 € lors de cambriolages. À Melbourne, d’autres individus sont accusés d’avoir dérobé 300 000 € en espèces, bijoux et articles de luxe au cours d’une série de méfaits. Aux États-Unis, des membres de gangs irlandais ont été identifiés, certains expulsés. D’autres étaient impliqués dans des escroqueries, facturant des réparations inexistantes ou frauduleuses sur des propriétés, des activités lucratives qui pourraient être liées à leur participation au sein de gangs de cambriolages organisés.
Si la structure des gangs de cambriolages irlandais est généralement stable, elle peut évoluer en fonction des besoins en soutien pour commettre des crimes, dissimuler ou blanchir des fonds. Ces réseaux se montrent particulièrement actifs dans certaines villes britanniques comme Londres, Manchester et Liverpool, où ils peuvent s’établir pour de longues périodes. Un gang aurait ainsi « nettoyé » des propriétés dans une banlieue londonienne avant de réapparaître sur le sol irlandais.