La plus longue paralysie du gouvernement américain plonge le pays dans l’incertitude économique et sociale
La crise politique sans précédent qui paralyse le gouvernement fédéral américain, désormais la plus longue de l’histoire du pays, se fait sentir de manière dévastatrice aux quatre coins des États-Unis. Des millions de citoyens sont plongés dans l’incertitude, tandis que les craintes d’une récession économique grandissent.
Voyageurs et employés fédéraux pris au piège
Le secteur du transport aérien est particulièrement touché. Plus d’un millier de vols ont été annulés vendredi, et des milliers d’autres retardés, laissant des voyageurs frustrés et cherchant désespérément des alternatives. La Federal Aviation Administration (FAA) a ordonné une réduction de 4 % des vols intérieurs, entraînant l’annulation de plus d’un millier de départs dans 40 grands aéroports. Des réductions supplémentaires sont prévues pour le week-end en raison du manque de personnel au contrôle aérien.
À Washington, la situation est loin de s’améliorer. Le Congrès est dans une impasse politique totale. La majorité républicaine au Sénat peine à réunir les 60 voix nécessaires pour adopter une mesure de financement, tandis que la minorité démocrate maintient sa demande d’un financement accru pour l’assurance maladie. Les négociations entre les partis pour trouver un terrain d’entente ont échoué, selon le chef de la majorité au Sénat, John Thune. Les démocrates, par la voix de leur chef de file, Chuck Schumer, ont indiqué qu’ils ne cèderaient qu’en échange d’une année supplémentaire de subventions améliorées pour la loi sur les soins abordables (Affordable Care Act).
Pendant ce temps, les employés fédéraux, privés de salaire depuis des semaines, voient leurs factures s’accumuler et leurs options se réduire. Des témoignages poignants émergent, comme celui de cette infirmière travaillant dans une base militaire, qui s’inquiète de ne pas pouvoir payer son loyer, sa voiture, son assurance, son essence, sa nourriture, ou encore les factures de services publics, alors qu’elle n’a pas droit aux allocations de chômage puisqu’elle continue de travailler. Face à cette précarité, certains envisagent de chercher un nouvel emploi si la paralysie persiste.
L’aide alimentaire sous tension, les petites entreprises menacées
Les bénéficiaires de bons d’alimentation, un programme d’aide nutritionnelle destiné à plus de 40 millions d’Américains, sont également dans l’expectative. L’administration Trump a tenté de procéder à des paiements partiels pour le mois de novembre, une décision contestée devant les tribunaux. Un juge fédéral a initialement statué que l’administration devait verser l’intégralité des prestations, mais la Cour suprême a temporairement suspendu cette décision, ajoutant une couche supplémentaire d’incertitude.
« Les preuves montrent que des gens vont avoir faim, que les banques alimentaires seront débordées et que des souffrances inutiles surviendront », avait déclaré le juge de district John McConnell lors de l’audience. Les risques sont réels pour les personnes dépendantes de ces aides, comme Zacharie Martin, qui s’inquiète de savoir s’il pourra manger avant le dîner de Thanksgiving, ou Laura Bowles, mère de cinq enfants en Virginie-Occidentale, qui a déjà dû faire des choix difficiles pour nourrir sa famille.
Au-delà des individus, les petites épiceries indépendantes, qui dépendent souvent de l’aide alimentaire pour une part significative de leurs ventes, sont les plus vulnérables aux réductions ou retards de prestations. Selon les économistes et les commerçants, des milliers de ces établissements, souvent situés dans des zones rurales, risquent de souffrir considérablement des conséquences de cette crise.
Un impact économique inquiétant
L’incertitude quant à la fin de cette paralysie administrative suscite des inquiétudes croissantes quant aux dommages potentiels pour l’économie américaine dans son ensemble. « L’impact économique de cette fermeture est bien pire que ce que nous avions initialement prévu, précisément parce qu’elle dure depuis si longtemps », a alerté Kevin Hassett, directeur du Conseil économique national. « Si cela continue ainsi pendant environ un mois, qui sait à quel point l’économie pourrait être mauvaise ce trimestre », a-t-il mis en garde. Les dampak sur le moral des consommateurs et des entreprises, ainsi que les retards dans les projets gouvernementaux, pourraient bien creuser un déficit économique difficile à combler.